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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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25 août 2023 5 25 /08 /août /2023 11:21

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


Entre nous, tout avait vraiment commencé par un appel téléphonique à 2h00 du matin. Tu m’avais appelé de Taiwan, via ton PC, en te trompant d’un chiffre dans ton numéro. Il y avait quelque chose dans ta voix, derrière la fatigue et la tristesse, qui m’avait interpelé. Bien sûr tu t’étais excusée et avais raccroché. Mais après beaucoup d’hésitation, c’est moi qui t’avais recontactée une heure après, te demandant simplement si tu avais besoin de parler.

Ce que nous fîmes tout le reste de ma nuit, et une bonne partie du samedi. Tu te confiais comme si nous étions amis depuis l’enfance. Comme si ta vie en dépendait, aussi, et même si tu ne l’as jamais avoué, je me demande si ce n’était pas précisément le cas.

Tu étais là-bas pour le travail, c’était extrêmement bien payé par rapport à l’Europe, ton travail était extrêmement apprécié et valorisé par tes employeurs, mais il devait toujours être présenté ou confirmé par un homme lors des réunions, tu ne pouvais pas t’exprimer seule ou parler directement aux responsables. La place de la femme dans les sociétés asiatiques restait délicate. Et si ce n’était pas la raison principale de ton mal être, cela n’aidait pas.

Tu te sentais extrêmement seule, loin de ta famille, sans aucun ami ici ou là-bas. Ton but premier en allant travailler là-bas était de rejoindre ton copain, mais sa famille n’avait pas apprécié qu’il leur présente une occidentale. Il t’avait abandonnée, du jour au lendemain.

Le seul contact qu’il te restait était ton père, travaillant en horaire de soirée, et généralement disponible vers 2h00 du matin, quand il rentrait du travail. C’était le seul horaire susceptible de vous convenir à tous les deux, et ça ne pouvait pas durer longtemps.

J’appris aussi que tu étais malade, ce que personne ne savait. Tu l’avais découvert lors d’un test de routine. C’était une maladie orpheline, c’est tout ce que tu acceptas de m’en dire. Aucun traitement, il fallait vivre avec, et accepter qu’un jour elle t’emporterait.

 

Tu avais malgré tout cela une force de vie, une rage bien perceptible, que les conditions n’avaient pas encore réussi à briser.

Tu m’impressionnais beaucoup.

Je te parlai de moi aussi, même s’il n’y avait pas grand-chose à en dire par comparaison, simple auteur auto publié tirant le diable par la queue, d’une foire du livre à une séance de lecture semi improvisée, et survivant en rédigeant des articles publicitaires pour de grandes marques sur internet.

 Au fil de nos conversations, nous dérivions du cinéma aux livres, de la musique à la politique, pour revenir à ton travail et mes écrits toujours anonymes. Nous riions beaucoup.

Je ne savais pas à quoi tu ressemblais, et inversement. Aucun de nous ne ressentait le besoin d’y changer quoi que ce soit. Nous étions les amis du bout du monde, nous dansions sur le fil de ton premier appel accidentel.

Cela dura deux ans ainsi.

 

Et puis un jour tu décidas de rentrer au pays. Ton travail était achevé, on te proposait un autre contrat ici, après une période de repos dont tu disais avoir besoin.

Ta maladie avait beaucoup progressé les derniers temps, mais tu préférais comme toujours parler de tout et de rien, sauf de cela.

 

Nous continuions à nous appeler comme si tu n’étais pas maintenant à 45 kms de distance. Nous ne voulions pas banaliser ce que nous avions, détruire la part d’inconnu qui nous permettait de rêver (c’était tes mots pour le dire).

 

Mais depuis une semaine je n’avais plus de nouvelles. Tu n’étais plus connectée sur messenger, et je n’avais pas de numéro de téléphone local pour te joindre – nous n’en avions plus eu besoin - . Je ne pus qu’attendre, et espérer.

Jusqu’à cet appel, au milieu de la nuit, d’un numéro que je ne connaissais pas, mais dont le préfixe était celui de ta région. Et qui scella la fin de notre relation si particulière.

 

Aujourd’hui je te parle, chère amie, un bouquet de fleurs à la main, hésitant encore à le poser sur la tombe de cette jeune femme si belle sur la photo que ton père a choisie, cette jeune femme que je n’ai pas connue.

Même quand il a fallu t’hospitaliser, à la toute fin, tu n’as pas voulu me contacter. Il ne pouvait pas être question de parler de ça entre nous, tu ne le souhaitais pas. Tu ne concevais pas non plus de devoir dire au revoir. Ce que tu préférais dans mes écrits, c’était tout ce que pouvait préserver de simples points de suspension. Toujours la même volonté de rêver au-delà, que tout reste possible, hors du carcan de la réalité trop crue.

Ainsi tu as choisi de partir sur des points de suspension. Moi devant ta tombe, les fleurs à la main en forme de point final, ça ne t’aurait vraiment pas plu. Mais je le dois bien aux rêves que nous avions tous les deux, que tu m’as confié au fil de ces années et que j’emporterai avec moi en repartant d’ici. Une sorte de passage de témoin, avant de continuer à les rêver pour toi.

 

A te garder bien vivante à travers eux, et t’entendre rire encore, pour tout le reste de ma vie.

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24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 09:11

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


Nous avions été appelés au petit matin. Un hélicoptère de surveillance qui survolait l’autoroute à la poursuite d’un « go fast » avait signalé un cercle parfait au plein cœur de la forêt, et comme il ne pouvait pas se dérouter de sa mission, nous n’en savions pas plus.

Mais là, après une bonne heure à nous orienter comme nous le pouvions, tous les instruments de repérage (électroniques ou non) semblant devenus fous, nous arrivâmes en vue de la trouée.

Nous étions venus avec une équipe canine, c’était la procédure quand nous nous enfoncions ainsi dans les bois. Mais à l’approche de la « clairière », ils semblèrent devenus comme fous, aboyant furieusement et refusant d’avancer. C’est sans eux que nous avons donc parcouru les derniers mètres.

 

Au moment de déboucher au soleil, Francis, mon collègue, me rattrapa par le bras, me tirant vers l’arrière. L’autre gendarme à ma droite s’engagea … et des éclairs bleus sortant du sol le carbonisèrent instantanément !

Ce qu’il resta de son corps aurait dû retomber au sol mais sembla rester en suspens, oscillant entre 5 et 20 cm au-dessus, des éclairs le reliant à la terre. Celle-ci semblait également comme brûlée, aucune végétation n’y était présente.

En observant les pourtours de la clairière, que nous mesurâmes sans nous y engager à environ 50 mètres de diamètre, nous observâmes que les arbres qui la bordaient avaient été comme coupés, avec beaucoup de précisions et des traces évidentes de brûlure, n’en laissant que là les deux tiers, là encore la moitié, debout. En hauteur, nulle trace de la moindre branche ou feuille qui aurait surplombé la trouée.

Comme un tir de laser depuis l’espace, pensais-je alors, en ricanant intérieurement.

Mais le phénomène « électrique » ne collait pas avec cette théorie.

D’ailleurs il ne collait pas non plus avec les incidents précédents qui nous avaient été rapportés, un peu partout sur la planète, et récemment à moins de 10 kms d’ici. C’était la première fois où un phénomène se produisait dans la même zone qu’un précédent.

Nous avions fini nos observations sur le périmètre, et on nous fit savoir que les équipes de fouille dans la forêt n’avait strictement rien repéré d’anormal. Là encore, c’était conforme aux autres occurrences. Il n’avait jamais été possible de trouver le moindre élément, l’ombre d’un début de piste.

Il fallait néanmoins continuer à suivre la procédure, et donc nous devions maintenant prélever des échantillons à analyser.

 

Nous en étions à nous interroger sur la façon de procéder pour ne pas finir comme notre collègue, quand son corps fut secoué par une gerbe d’étincelles presque plus intense que celle qui l’avait tué … puis retomba au sol brutalement, sans plus la moindre trace d’éclairs.

C’est au même moment que nos appareils électroniques semblèrent se souvenir de leurs fonctions, et nous pûmes continuer les relevés, en progressant d’abord prudemment, tâtant le sol de la clairière avec des bâtons avant d’y poser le pied.

Nous prîmes le plus de photo et d’échantillons qu’il fut possible. D’autres équipes y retourneraient si les scientifiques le jugeaient nécessaire.

Bien sûr, les analyses ne donneraient rien, j’en aurais mis ma main à couper. Ce qui avait taillé et brûlé les arbres et le sol, dans une forme parfaitement circulaire, au plein cœur de la forêt pendant une nuit paisible, ne serait pas expliqué par un chercheur dans un laboratoire.

Des sortes de cristaux, qui vibraient légèrement au toucher, furent par contre découvert mélangés à la terre. Peut-être le premier indice sérieux que nous pourrions avoir, pensais-je.

 

Mon travail ici était terminé, et je repartis avec l’équipe.

 

Quelques jours plus tard, je fus convoqué à la préfecture. Parmi les personnes présentes, je ne connaissais que mon supérieur direct. Personne ne jugea bon de faire les présentations.

On me dit qu’une erreur s’était glissée dans mon rapport de l’examen des lieux, et que pour le bien de tout le monde, mais surtout le mien, il allait falloir que j’en signe une version amendée. Qu’il fallait que tout soit bien exact, que c’était trop important. On ne me répondit pas quand je demandai de quelle erreur il s’agissait, et c’est à peine si on me laissa le temps de parcourir la nouvelle version du rapport. Où ne figurait plus la mention des cristaux.

Je choisis de ne pas poser de questions à ce sujet, et je signai.

Il y avait une autre page ajoutée à la fin du rapport, qu’on me dit de lire attentivement avant de la signer également. C’était un accord de confidentialité. Je n’avais pas le droit de dire quoi que ce soit de ce que j’avais vu dans la forêt, ni même que je m’y étais rendu, ou qu’il s’y serait passé quelque chose d’étrange. Officiellement, ce jour-là, ni moi ni mon unité n’étions de service.

 

Aucun des autres évènements, même les autres cas en France, n’avaient fait l’objet d’un tel « effacement ». C’est donc qu’il devait y avoir quelque chose de différent, cette fois.

Mais de toute ma carrière, je ne sus jamais de quoi il s’agissait.

De nombreux autres évènements furent signalés partout autour du monde. Je soupçonnais qu’il y en avait bien plus que ce qu’on laissait filtrer aux actualités. Et que nous devions en savoir bien plus sur le sujet, également.

Je ne cessai d’espérer une explication de mon vivant.

 

Mais cela fait 10 ans maintenant que j’ai pris ma retraite. Et au fond de mon lit, dans l’hôpital militaire où on m’avait admis pour la 3ème fois en 2 mois, avec le médecin qui m’expliquait que je ne sortirais pas cette fois, que c’était une question d’heure, de jours peut être, et qu’il n’avait jamais vu un cas comme le mien de toute sa carrière, je sus que je n’aurais jamais l’explication.

 

Mais les petits éclairs bleus qui dansaient au bout de mes doigts me disaient, je suppose, tout ce que j’avais passé ma vie à attendre.

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23 août 2023 3 23 /08 /août /2023 22:01

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


La couleur n’était plus la même. Le monument improvisé – 3 morceaux de bois disposés grossièrement en pyramide, et calés par des pierres – accusait les années écoulées. L’humidité avait fait son œuvre, et si la mousse qui avait colonisé l’ensemble ne l’avait pas renforcée, les craquelures bien visibles auraient sûrement fait tomber la structure.

Dix ans que je n’étais pas revenu ici, depuis ce jour où mes frères et moi avions enterrés notre compagnon d’aventures sous cette « dalle » digne de lui.

Sur la face avant de la pyramide, la figurine que nous avions collé à la super glu tenait encore, par un miracle incompréhensible. Au-dessus, nous avions écrit le nom de notre ami à 4 pattes.

Sphinx.

C’était un chat errant que nous avions croisé le premier été que nous avions passé dans ces bois. Le premier jour, nous avions fait une randonnée, et il était là, assis derrière un tronc d’arbre, à nous observer stoïquement quand nous passâmes à sa hauteur. Puis nous le retrouvâmes, de loin en loin, sans jamais l’avoir vu se lever pour nous suivre, toujours dans la même position. Assis, à nous regarder.

Son nom nous sembla aller de soi.  

Notre père accepta de le garder.

A partir de ce jour, quoi que nous fassions, nous emmenions Sphinx avec nous, et le prenions en photo, toujours assis, le regard pénétrant, à coté de nos découvertes du jour (qu’il s’agisse d’une pierre taillée trop précisément pour que ce soit l’œuvre de la nature, d’une empreinte étrange prétexte à un jeu de piste, ou d’un chevreuil que nous réussîmes à ne pas faire fuir, suffisamment longtemps pour prendre la photo).

 

Le dernier jour des vacances, au moment de partir, nous l’avons cherché partout.

Mais au bout de deux heures, il fallut bien partir sans lui.


Aussi incroyable que cela puisse paraître, à notre arrivée l’année d’après, il nous attendait, assis devant la porte du chalet. C’était bien lui, avec son regard si pénétrant, et le collier que nous lui avions trouvé et auquel ma mère avait accroché une médaille.

 

Et le rituel se répéta, années après années. Sphinx nous attendait à notre arrivée, et disparaissait le jour de notre départ. Par habitude, nous ne le cherchions même plus.

Le dernier été pourtant, j’eu la sensation que quelque chose était différent, et pour en avoir le cœur net, je fis le tour du chalet puis je suivis notre sentier favori sur une centaine de mètre.

Il était là, recroquevillé contre le même arbre où il nous attendait, bien des années avant. Mort depuis des heures, semblait-il. Nous n’avions jamais su quel âge il avait à notre première rencontre, mais cela faisait 10 étés que nous passions ici avec lui, et les derniers temps il avait arrêté de nous suivre, préférant se trouver un endroit tranquille pour dormir en attendant que nous revenions lui montrer nos trouvailles, qu’il observait toujours du même regard.

 

Nous l’avons enterré au pied de cet arbre, le grand bouleau qui marquait la limite au-delà de laquelle on ne nous voyait plus de la maison. Le début de l’aventure. En achevant la pyramide par-dessus, nous savions tous qu’aujourd’hui en était la fin.

Nous n’eûmes jamais le cœur de revenir.

 

Mais 10 ans après, par nostalgie sans doute, j’étais de retour au chalet. Lui aussi avait connu des jours meilleurs. Malgré le gardien qui venait périodiquement l’entretenir, ce n’était plus comme dans mes souvenirs.

J’aurais aimé que mes frères soient là eux aussi, mais ils avaient décliné. L’un était « trop occupé » - ceci dit d’une voix soudain stressée et gênée, la respiration courte, l’autre ne voulait pas y repenser.

 

Pour eux non plus, la couleur n’était plus la même sans doute. Notre enfance était morte le dernier jour de l’été cette année-là, et reposait ici, sous le regard de sphinx. Et le temps qui avait passé nous avait changé autant que cette tombe. De notre enfance heureuse, c’est cette tristesse qui était restée la plus vive.

 

Je restai accroupi un long moment, à observer la figurine qui me regardait, et à tenter de me remémorer le bonheur d’avant.

Puis, je repartis d’un pas hésitant, perdu dans mes pensées, en direction du chalet.

J’eu la certitude que j’arpentais ce sentier pour la dernière fois.

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22 août 2023 2 22 /08 /août /2023 17:29

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


L’enfant sur le siège passager s’étira et regarda la route.

- Dis, on est encore loin tu crois ?

- Je n’en ai aucune idée.

- Mais tu avais dit qu’on y serait vite !

- « Vite », c’est relatif.

Le petit ne devait pas savoir ce que voulait dire ce mot. Il avait maximum 5 ans. Mais il ne réagit pas pourtant, comme s’il n’avait pas entendu, ou bien qu’il n’écoutait pas vraiment la réponse. Cela m’arrangeait.

Au bout d’un moment pourtant, il me regarda l’air inquiet.

Tu es sûr que c’était la bonne route ? Vraiment sûr ?

Bah oui ! Et puis ça a été tout droit depuis le début, pas de sorties, où tu aurais voulu que j’aille ?

Je ne sais pas moi ! Tu avais promis qu’on allait bien s’amuser, et là je m’ennuie. Elle est triste et longue, cette route !

- Mais non attends, tu vas voir. On va bientôt arriver à la prochaine étape, et je te jure que tu auras plein de gens avec qui parler, manger des glaces et t’amuser !

- Je veux Maman !

J’en eu le cœur brisé à nouveau, un instant.

- Maman avait besoin de se reposer, tu sais. Je t’ai expliqué.

- Mais elle revient quand ?

- …

Heureusement, le petit aperçut le panneau indiquant le prochain arrêt et n’insista pas, tout à sa joie.

Mais il fallut bien se rendre à l’évidence : ce n’était rien de plus qu’une aire de repos, avec une pompe à essence en self service, un pauvre distributeur de bonbons heureusement approvisionné aux ¾ … et personne.

J’avais eu peur d’une crise de larmes, mais l’enfant se murait dans le silence. Je me reposai quelques minutes, puis nous reprîmes la route.

Elle semblait sans fin, et les souvenirs m’assaillaient. Mais nous étions partis justement pour construire quelque chose de nouveau, pas pour ressasser. Alors je chassai mes pensées.

- Si j’avais su que ça serait comme ça, je ne t’aurais jamais suivi. On serait restés à la maison à jouer à cache-cache ou à la balançoire !

- C’était bien pour toi, mais moi je n’avais plus l’âge pour ça, je ne pouvais pas rester. Tu aurais voulu que je t’abandonne ?

Soudain, le petit sembla vieillir d’un coup. C’était maintenant un adolescent morose, au regard chargé de reproches.

- J’étais bien moi là-bas. Avec Sally on faisait plein de projets. Tu as tout gâché !

- Elle rêvait d’une vie de star. Moi j’ai bien dû travailler pour ne pas mourir de faim. Elle est partie, ce n’était pas ma faute.

- Tu gâches toujours tout, tais-toi !

Et puis je veux Maman maintenant ! Fais demi-tour !
 

C’était de nouveau le petit, et comme je tentais de lui expliquer qu’on ne pouvait pas faire demi-tour sur une route à sens unique, il se mit à me frapper violemment. Je fis une embardée et m’arrêtai sur le bas-côté. Nous étions tous les deux en larmes.

 

Je pris quelques minutes pour lui expliquer encore, et lui laisser le temps de retrouver son calme. Il commençait à s’apaiser, quand soudain, j’entendis le mugissement du vent derrière moi.

Quand je me retournai, la tornade était là, à moins d’un kilomètre, fonçant dans notre direction.

Nous redémarrâmes le plus vite possible et, le pied sur l’accélérateur, je fis mon maximum pour échapper aux vents dévastateurs. Ce n’était pas la première fois, et jusqu’ici nous nous en étions toujours sorti.

Mais là j’étais fatigué, et je me demandais vraiment quel était le sens de tout cela. Lancé dans un voyage sans but apparent, sur une route déserte, sans autre choix possible que de continuer ou de m’arrêter là et d’accepter que tout ce que j’avais voulu laisser derrière moi serait toujours plus rapide …

 

 

Je me réveillai, en pleine crise d’angoisse, ne parvenant pas à reprendre mon souffle. Je tâtonnai frénétiquement pour trouver mes médicaments, et m’étranglai presque en en prenant un.

Toujours le même foutu cauchemar.

Depuis la mort de maman et mon départ – pour trouver une belle vie ailleurs, le bonheur, mais où, quand ? -, il ne me quittait pas. Et mes émotions me rattrapaient toujours à la fin, quoi que je fasse pour les fuir.

 

Il faudrait que j’appelle mon psy ce matin.

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21 août 2023 1 21 /08 /août /2023 10:09

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


« Et alors, Michael, tu comptes me le rendre un jour ce papier, ou bien je dois te forer le crâne pour l’extraire moi-même ? »

Colin, le rédac’chef comme on l’aurait appelé avant – mais le titre était peut-être déjà passé de mode à sa naissance, tellement il paraissait jeune – se tenait penché devant mon bureau, ses deux mains posées, l’air extrêmement … « tendu ». D’un autre côté, nous ne l’avions jamais vu autrement, au point que pour son anniversaire, on avait sérieusement envisagé de lui offrir une boîte de laxatif.

Mais ce genre d’humour était également d’une autre époque.

- Pas fini. Je n’arrive pas à trouver la moindre source crédible.

-Mais je t’ai filé le dossier d’Andrew, y avait tout dedans, y avait plus qu’à recontacter tout le monde et à rédiger ! Qu’est ce que t’as foutu depuis une semaine ?

- Bah j’ai recontacté tout le monde. Pour me faire répondre que soit ils n’ont jamais dit ça (preuve à l’appui, certains ont enregistré leur entretien avec Andrew), soit ils l’ont dit mais sorti de son contexte et Andrew a modifié comme ça l’arrangeait.
Colin soupira.

- Et les enregistrements qui étaient dans le dossier ?

- Tu les as écouté au moins, Colin, avant de me les filer ? y a rien là-dedans, il s’est enregistré lui-même, résumant à sa façon les interviews !

- Tu te fous de ma gueule ?

- J’aimerais bien … mais le pire, tu sais ce que c’est ? Certaines de ses sources n’ existent même pas ! 

Soit il s’agit de gens décédés, ou qu’il n’a pas réussi à joindre… ou qui n’ont même peut être jamais existé, qu’est-ce que j’en sais ? mais comme d’autres personnes lui en avaient parlé, il les a ajoutés au dossier !

Le rédac’chef était blanc comme un linge. La situation était catastrophique. Cela faisait un mois que tout le journal était sur la brèche pour révéler les preuves du dernier complot en date impliquant l’ancien président. Le dossier du procureur était accablant, et nous avions enchainé nous même papiers sur papiers pour étayer par notre propre enquête. Et depuis plusieurs jours, nous annoncions une nouvelle salve de révélations.

S’il s’avérait maintenant que le journaliste responsable de l’enquête avait bidonné ses sources pour se faire mousser, même si bien sûr ça ne remettait pas les preuves du procureur en cause … aux yeux de l’opinion publique, ce serait la preuve qu’il y avait bien une cabale pour faire condamner l’accusé avant qu’il puisse de nouveau être candidat.

Et plus aucun jury, même de ses détracteurs, n’oserait prendre le risque de le condamner sur base de ces accusations. Le dossier serait simplement devenu « radioactif ».

Colin prit une profonde inspiration

- Bon … tu crois qu’il y a assez de « vraie » matière dans les interviews qu’il a réalisé pour quand même écrire quelque chose, n’importe quoi ?

- Ca va être difficile. Y a bien un ou deux éléments qu’il n’a pas creusé, quelques personnes que je pourrais contacter pour en savoir plus, quelques sources qui seraient disposées à ce que je les réinterroge car d’autres éléments leur sont revenus après réflexion.

- Bref, tu me dis qu’il faut quasiment recommencer toute l’enquête.

Il était peut-être très jeune pour son poste, mais il avait oublié d’être con, pensais-je alors

J’allais tenter de répondre quelque chose d’intelligent pour atténuer le choc, quand soudain, sur le grand écran du bureau toujours allumé sur CNN, nous apprîmes en direct l’inculpation officielle de l’ancien président, pour une liste de charges assez conséquentes.

Et l’idée me vint alors que nous pourrions simplement nous draper dans notre « éthique journalistique » - encore un concept d’un autre temps – et annoncer la suspension de notre enquête, dont les derniers éléments recoupaient ceux déjà recueillis par le procureur, afin de laisser celui-ci préparer sereinement le procès, ayant désormais suffisamment d’éléments probants à sa disposition.

Colin retrouva le sourire. Je rédigeai un court article en un petit quart d’heure et il le valida tel quel. Nous nous en sortions bien.

 

 

Nous apprendrions plus tard qu’Andrew était payé par un cercle de réflexion (think tank) ultra-conservateur afin de saboter notre enquête, et ainsi semer le doute sur toutes les accusations lancées contre l’ancien président. Heureusement, toutes les infos ayant jusque là été vérifiées par plusieurs personnes, il n’avait pas pu faire de dégâts importants. Mais s’il n’était pas tombé malade – ce nouveau COVID auquel il n’avait jamais cru et qui avait fini, des années après la pandémie initiale, par le rattraper –, et avait pu lui-même écrire le papier …

Le journal intenta des poursuites contre lui.

On le retrouva chez lui deux jours plus tard, mort. Les voisins avaient entendu une détonation. Il avait toujours l’arme en main.

Colin me confia l’enquête, et le soin de révéler les agissements du cercle de réflexion. Mais celui-ci fut dissous avant que je ne puisse même commencer réellement mon travail. Les personnes disparurent sans laisser de traces (sauf une ou deux, retrouvées pendues ou mortes dans des accidents de voiture). Les locaux du cercle brûlèrent, avec toutes les archives.

Nous étions assaillis de lettres de menace, anonyme bien sûr. Le FBI identifia certains auteurs mais ne pu prouver l’intention réelle de nuire.

 

Rien ne fut finalement publié sur le sujet.

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