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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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16 août 2023 3 16 /08 /août /2023 09:41

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


« Vous êtes tout à fait charmant, jeune homme, et vous avez de bonnes idées ! Il faudrait que nous trouvions le temps de discuter plus en détails de vos projets d’avenir. Je vous recontacte, d’accord ? »

Encore une fin de non-recevoir. Cette charmante dame l’avait appelé « Patrick » pendant toute la conversation, sourde à ce qu’il disait. Et elle n’avait même pas pris sa carte. Par contre, le passage obligé ne manqua pas de se présenter quand elle ajouta

« Mais que vois-je ? Vous n’avez plus rien à boire ! Garçon, un verre de bulles !!! »

Ayant passé la soirée à refuser poliment tous les verres que l’on me proposait, vu que je ne touche pas à l’alcool, j’en avais retenu une leçon, forgée sous les regards d’incrédulité et l’insistance souriante (« Allons allons, ce n’est pas un verre qui va vous tuer ! » : il valait encore mieux que je m’esquive discrètement pendant que la personne avait la tête tournée vers le serveur.
 

Evidemment, ce n’était pas l’idéal pour laisser une bonne impression, alors que j’étais là pour nouer des contacts professionnels. Mais de toute façon, personne ne m’écoutait vraiment. Et l’homme pour lequel nous étions tous là, le mystérieux PDG de la société, M. J. Randall, seul capable de décider de l’avenir des gens présents, ne se montrerait pas plus cette fois que chaque année. Il aimait cultiver le mystère, cela avait contribué à sa légende. On ne connaissait de lui que son succès dans les affaires et cela semblait lui suffire.

Mais ce n’était pas pratique quand on avait un projet à lui soumettre.

 

Les serveurs semblaient s’être lancés dans une traque pour me mettre de force un verre en main, et je commençais à avoir très chaud, et la tête qui tournait, à force de voir tous ces gens en train de boire, les bulles crevant la surface des coupes qu’ils portaient à leur lèvre, le goût fantastique que devait avoir ce champagne hors de prix qui était servi …

C’est donc presque en m’enfuyant que j’arrivai sur la terrasse. Enfin un peu d’air.

 

« Alors, on s’évade ? »

Je me retournai, surpris, pour découvrir le regard perçant et la moue amusée d’une jeune femme d’environ 22 ans.

- J’avais besoin d’air. Et vous ? 

- Je préfère encore le silence et l’obscurité à toutes ces personnes et ces conversations creuses.

« Au fait, je m’appelle Maxine » ajouta-t-elle dans un sourire, avant de finir son verre, et de m’en proposer un, avant que je ne puisse me présenter à mon tour. Je soupirai, et elle éclata de rire. « Pas de panique, ce n’est que de l’eau ! » précisa-t-elle finalement, savourant manifestement mon embarras.

- Ce n’est pas bien, je ne devrais pas vous taquiner ainsi. Vous faites de gros efforts depuis le début de la soirée, et j’imagine comme cela doit être inconfortable.

- Vous m’avez observé ?

- J’aime bien savoir qui est qui. Déformation professionnelle.

- Et si je puis me permettre, Maxine … à quoi occupez-vous donc votre temps, quand vous n’observez pas les gens en soirée ?

- Oh croyez-le ou non, c’est la part la plus importante de mon travail, dit-elle, son sourire taquin s’élargissant. Le reste du temps, ce ne sont que des chiffres et des graphiques à n’en plus finir. Je préfère de beaucoup être ici. Cela me permet de rencontrer des gens intéressants.

D’ailleurs, j’aimerais en apprendre plus sur vous. Venez, nous seront plus à l’aise par ici.

Elle avait sorti de sa poche un passe magnétique et ouvert la porte du bureau d’angle, qui donnait lui aussi sur le balcon. J’étais désorienté. Qui était cette femme qui ne m’avait même pas laissé me présenter, et que faisait-elle ici ? Et à quoi rimait cette invitation plutôt… rapide ?

Devinant mon trouble, elle ajouta, mystérieuse 

« Vous me suivez, Tom ? Peut-être pourrais-je prêter une oreille plus attentive que les autres convives à vos idées pour l’entreprise. »

Je l’accompagnai donc dans le bureau, de plus en plus désorienté. Elle connaissait mon nom. Avait-elle espionné toutes mes conversations de ce soir ? Que me voulait cette femme que je n’avais jamais vu avant ?

 

Elle appuya sur un interrupteur, et la lumière révéla un impressionnant bureau aux boiseries à couper le souffle. Le mobilier semblait ancien, mais je ne m’y connaissais pas assez pour émettre la moindre hypothèse sur l’époque. Ce n’était pas ce qui m’intriguait le plus ici.

Au mur, un portrait d’homme, peint avec grand talent. On aurait pu croire que ses yeux me suivaient tandis que j’avançais dans la pièce.

« Mon père », me souffla Maxine, qui était maintenant derrière moi, m’observant tandis que je découvrais les lieux. Son murmure me fit frissonner.

Et soudain l’ambiance changea du tout au tout.

- Je pense avoir assez joué avec vous comme cela, Tom. Passons aux choses sérieuses.

- Que voulez-vous dire ?

- Avant toute chose, je me dois de me présenter un peu mieux. Vous verrez, tout va être tout de suite plus clair.

Elle me tendit la main pour une poignée beaucoup plus ferme que je ne l’aurais imaginé

- Maxine Jane Randall, ravie de vous rencontrer.

- M.J Randall … balbutiais-je, ne sachant plus où me mettre.

- Allons, vous étiez bien plus éloquent ce soir, en tentant d’expliquer vos idées à mes convives insipides et avinés. Une belle bande de profiteurs suffisants qui ne viennent ici une fois par an que pour s’attirer mes bonnes grâces … sans même savoir que ce sont les miennes. S’ils l’apprenaient, ils s’étoufferaient sans doute avec les petits fours.

- Mais pourquoi me révéler votre secret, alors ?

Elle sembla hésiter un instant, et poursuivit.

- Ce n’était pas prévu. Si je vous jugeais aussi intéressant que mon enquête préalable le laissait supposer, vous auriez normalement du discuter avec mon assistant. Et puis je vous ai observé, discrètement. Votre franchise, votre passion pour votre travail, votre volonté sans faille face aux tentations – et les efforts pour garder bonne figure alors que clairement ce genre de soirée vous fait horreur -, tout cela m’a beaucoup impressionné.  Rares sont les gens assez intègres pour s’infliger cela sans y chercher un bénéfice personnel.

Devant mon air ébahi, elle continua

- Oui, j’ai lu vos propositions. Vous avez tenté à maintes reprises de les faire remonter par la voie hiérarchique, sans succès. Officiellement, ça ne m’est jamais parvenu. Mais en réalité, j’ai des yeux partout ! Pas une seule n’implique une augmentation ou un poste supérieur pour vous-même.

- J’aime mon travail, simplement.

- C’est bien ce que je disais. Donc il m’est venu une idée … 

Voudriez-vous devenir le visage de la société ?

Je fus estomaqué, et ne parvenais plus à émettre le moindre son.

Vous serez d’accord avec moi sur le fait qu’un PDG ne peut pas ne jamais apparaître au grand jour. Ce n’est pas possible. J’ai eu beau faire des miracles depuis que mon père m’a transmis les rênes peu de temps avant sa mort, il y a eu des moments où cela n’est pas passé loin que le secret ne soit découvert.

Et cela serait catastrophique !

D’abord, parce que personne ne me prendrait au sérieux – nous sommes dans un monde d’homme, je suis trop jeune, trop « souriante », pas assez sérieuse en somme - et l’image de la société en serait ternie.

Ensuite, parce que je n’ai pas envie de toute l’attention que cela me vaudrait. J’aime pouvoir mener ma vie en dehors de ces murs comme Maxine, pas M.J Randall. Cela ne serait plus possible si tout le monde savait.

- Mais comment imaginez-vous que cela puisse fonctionner ?

- Je suppose qu’aucun des bouffons dans la pièce à coté, ni dans votre service dans la société, n’a vraiment fait attention à vous jusqu’ici. Il ne devrait pas être trop compliqué de leur faire croire que vous étiez « en infiltration » pour voir de l’intérieur ce qui ne va pas dans la société. Un patron « undercover » comme on dit dans les télés réalités.

Elle rit.

- Il sera donc facile de vous faire passer pour le patron, et pour M.J Randall, ce ne sera qu’un pseudonyme derrière lequel vous vous cachiez …

- Et vous dans tout ça ?

- Moi ? Je serais votre assistante en apparence, prenant vos rendez-vous, planifiant les réunions, supervisant les rapports, organisant tout ce qui doit l’être pour que tout tourne rond.

- Et se faisant, mettant la main à la marche de toute l’entreprise …

- Je vois que vous commencez à saisir.

J’aime vos idées. J’aimerais que l’entreprise en profite et je vous donnerai toute liberté pour le faire si vous acceptez ma proposition.

Vous ne seriez pas mon prête-nom. En quelque sorte, nous co-dirigerions l’entreprise.

Qu’en dites-vous ?

L’idée paraissait folle, et je posai encore beaucoup de questions. La conversation dura toute la nuit, et il me fallut bien reconnaître finalement que Maxine avait pensé à tout.

En plus, elle avait un vrai talent pour vendre l’idée. Maintenant, j’en avais envie.

Je finis par accepter.

 

 

Ce que je n’avais pas imaginé, se faisant, c’est à quel point ma vie allait en sortir transformée. Mais un an plus tard, alors que j’étais moi-même l’hôte de la soirée annuelle, je faisais le bilan dans ma tête et c’était vertigineux.

« Inattendu, aussi, sur beaucoup de points. » pensais-je en voyant Maxine revenir vers moi, son ventre arrondi ne m’incitant pas à penser au travail. Elle se pencha vers moi pour m’embrasser, puis me murmura à l’oreille le nom des personnes à qui nous devrions absolument parler en privé.

 

Nous avions commencé à nous rapprocher quelques mois après mon « entrée en fonction ». Le mariage et la grossesse avaient suivi de près, tant cela nous avait semblé évident.

Elle avait tenu à ce que le mariage me donne droit à la moitié de l’entreprise. J’avais insisté pour qu’aux yeux du monde, ce soit elle qui dispose maintenant de la moitié, ce qui lui donnait le droit de décider quand je n’étais pas disponible. Mais je restais le visage de l’entreprise, comme elle l’avait souhaité, préservant l’ombre où elle s’épanouissait.

Nous étions parfaitement heureux ainsi.

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 22:00

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.

Ce texte fait suite à "Bleu" écrit également dans le cadre de ce défi, et ne peut être compris sans le lire. 


Dans son bureau au 52ème étage, un verre à la main, le président Lamar Kittrick contemplait la ville en contrebas, à peine éclairée par les projecteurs des drones qui patrouillaient jour et nuit, et les lumières des quelques immeubles encore éclairés.

Cela faisait un mois maintenant que l’attaque sur la tour avait eu lieu, et que l’ensemble de son cabinet, à l’exception de son ministre de la santé et de lui-même, avait succombé à « l’infection ».
On aurait pu penser que les troubles consécutifs à cet attentat sans précédent auraient été plus violents, préludes à un changement de régime en bonne et due forme. C’est ce que les terroristes avaient espéré, sans doute. Et pourtant, ce soir, la ville était calme. Et jamais les manifestants, même au plus fort des troubles, n’avaient réclamé son départ.

Au contraire.

Il était apparu devant la foule, en rassembleur, certes l’air épuisé et ébranlé, mais toujours à son poste, et ferme sur sa politique, qui était maintenant totalement justifiée par les évènements. Ce n’était pas un signe de faiblesse de son administration, mais au contraire, une preuve de l’ampleur de la menace que les administrations avaient gravement sous-estimée jusqu’ici, appliquant avec un laxisme complice les lois qu’il avait pourtant courageusement porté, de façon tellement visionnaire.

Son discours était sans faute. Et il avait fait mouche.

Les manifestants lui avaient immédiatement donné raison, se rassemblant principalement devant le parlement– les lois sur le partage du pouvoir plaçant les administrations sous le contrôle des députés, pas de la présidence.

Il avait donné des ordres, et son nouveau ministre de l’intérieur avait veillé à laisser les manifestations se poursuivre, dans des limites raisonnables.  Et le parlement avait fini par voter un contrôle renforcé, et de nombreuses révocations.

Et le soin de superviser les nouvelles mesures était directement confié à la présidence, les pleins pouvoirs d’urgence ayant également été votés, aujourd’hui même.

 

Tout était donc parfait dans le meilleur des mondes, pensa le président, un sourire sournois aux lèvres.

 

Certains s’étaient interrogé sur comment il était possible que le ministre de la santé et lui-même aient pu s’en sortir vivant et non infectés. Les médias avaient vite découvert qu’on les avaient vaccinés préventivement, et avaient longuement disserté sur « l’immense chance pour le pays » que « notre leader, vrai roc dans la tempête, soit encore à son poste ».

 

Bien sûr, ils n’avaient jamais reçu ce prétendu vaccin.  

 

Il vida son verre et, tendant la main, fit venir à lui la bouteille posée à l’autre bout de la pièce.

Si seulement les gens savaient, pensa-t-il en ricanant intérieurement.

Quand les recherches avaient commencé sur les « mutants », une des priorités avait été de mettre au point un moyen simple et si possible instantané de les détecter. Et le premier prototype de détecteur était vite apparu, avec les différentes teintes lumineuses selon que le sujet était sain, à risque (de maladie ou de mutation), gravement malade … ou mutant.

Blanc, jaune, rouge et bleu.

Sauf qu’il y avait à l’origine plusieurs teintes prévues pour les mutants, selon le pourcentage de mutations, la puissance potentielle évaluée selon certains critères qu’il aurait été bien incapable d’expliquer, ayant à peine compris.

Il avait juste retenu que violet était à surveiller mais pas dangereux (les sujets ne disposant manifestement d’aucune aptitude véritable et finissant par mourir de divers troubles génétiques), que du bleu foncé au bleu clair, la puissance du sujet augmentait.

Jusqu’au vert, et là, il n’y avait aucune limite connue en l’état des recherches aux pouvoirs des individus, et à leur puissance.

 

Un heureux hasard fit que Karl Lang, le scientifique responsable du développement du capteur, soit lui-même un « vert » et, argumentant qu’on n’avait pas besoin d’un système aussi complexe pour de simples détecteurs, et qu’une seule couleur, bleu marine, suffirait. Il s’arrangea pour que le détecteur classe « bleu » tous les mutants … sauf les verts, reclassés en jaune

Lors d’une visite dans l’usine fabriquant ces détecteurs, alors qu’ils n’étaient encore qu’au stade de prototypes, le - pas encore - président (simple député à l’époque, craignant que la nouvelle technologie ne le démasque un jour) se retrouva face au scientifique. Et lu la vérité dans ses pensées. Cela décida de leur avenir à tous les deux.

Débarrassé de toutes craintes sur son avenir, il put faire campagne pour la présidence sur une ligne dure « anti mutants ». Il ne les détestait pas vraiment, évidemment.

Mais il ne pouvait pas y en avoir d’autres circulant librement et menaçant son pouvoir. A part bien sûr un petit cercle de fidèles, tous « verts », œuvrant dans l’ombre à tous les niveaux du pouvoir. Il les avait repérés grâce aux puces ajoutées par Karl Lang à tous les modèles de détecteur, qui transmettaient à un serveur privé auquel ils avaient seuls accès l’identité de ces personnes. Qu’il se chargeait alors d’approcher pour en faire des alliés … ou les faire disparaître.

Non, le but était, une fois élu, de s’assurer qu’il n’y ait plus le moindre mutant hors de contrôle dans la société. Et une fois ce but atteint, il pourrait tranquillement s’assurer de ne jamais rendre le pouvoir, en usant de ses aptitudes en contrôle mental notamment pour persuader les députés de voter tout ce qui lui plairait, et dans le même temps persuader la population que tout était pour le mieux.

Le président souriait, sentant que ce moment était maintenant tout proche. Il lui fallait seulement encore un peu de temps, et l’arrestation des terroristes bien sûr. Ils avaient tous été identifiés, mais laissé libres le temps que la peur qu’ils frappent encore conduise le pays dans la bonne direction.

 

Il se tourna vers le ministre de la santé, profitant lui aussi de la vue sur la capitale.

« Un autre verre, Karl ? C’est une grande occasion il me semble !»

A quoi celui-ci répondit par la négative, lui rendant son sourire.

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 08:11

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


« Tu as l’air nerveux, Alain. Ca va aller ? »

Je regardai mon – nouveau – producteur, et me dit qu’il n’était définitivement pas fait pour ce métier. Est-ce que tu crois vraiment, petit, que c’est une question à poser à 10 minutes de l’entrée en scène ? Pas sûr que ça aide à détendre ton artiste.

Mais si la remarque vient de moi, vu mon passif, tu vas juste te dire que je pête un plomb – encore – alors vaut mieux que je me taise, pas vrai.

Mais franchement … après cette mini tournée d’été, je m’en choisirai un autre. Celui-ci, on me l’a foutu dans les pattes à mon retour, parce qu’il allait m’aider à « relancer » ma carrière. Quelle rigolade ! Y a rien à relancer, mon public m’attendait manifestement, vu la vitesse à laquelle on a vendu toutes les places de mes concerts !
 

Il sembla ne pas comprendre que mon silence voulait dire que j’avais besoin de me concentrer, et insista :

- Je te l’avais bien dit, que tu aurais dû faire au moins une répétition. Là, t’as vraiment pas l’air prêt !

- Mais qui est-ce qui m’a foutu un producteur incapable de faire la différence entre « pas prêt » et le trac ? Je croyais que tu avais de l’expérience, coco ! Alors maintenant, dégage et laisse moi me concentrer !.

 

J’aurais pu lui répondre que toute ma vie était la répétition de ce spectacle, que je répétais déjà avant qu’il soit né. Qu’après 4 mariages et autant de divorces, une dépression quasi permanente, 2 overdoses, 3 désintoxs par décennies en moyenne, 1 tentative de suicide, 1 accident de voiture presque mortel, et maintenant ce cancer des poumons, j’étais toujours revenu sans problèmes.

Que si un jour je devais ne pas être prêt, c’est que moi ou quoi que ce soit d’autre aurait finalement eu ma peau.

Et malgré tout ça, j’ai toujours un public ! ironisais-je dans ma tête, me demandant au moins pour la 1000ème fois de la journée ce que je foutais là et pourquoi ils acceptaient de payer aussi cher pour venir, sous la pluie en plus, debout pendant des heures, attendre une épave comme moi. Qu’est ce qu’ils pouvaient bien me trouver, pour m’avoir suivi toute ma carrière, tout pardonné ? Et les nouveaux fans, les jeunes, comment je pouvais les intéresser avec ma musique, pas du tout dans le style actuel ?

 

Allez, on se ressaisit et on y va !

 

Je me levai et me diriger vers la scène sans hésitation. Juste un regard et une tape dans la main à chacun de mes musiciens, un « merde » collectif, et puis nous y voilà.

La scène.

Ce soir c’est une arène avec 20.000 personnes. Pleine à craquer, et la foule en liesse. Pas de doute, ils ne se sont pas perdus, n’ont pas oublié de partir après l’artiste précédent du festival. Ils sont bien là pour moi !

Le minimum que je puisse faire, c’est de prendre plaisir à ce concert et qu’ils le voient.

J’entame le premier couplet, montant lentement vers les aigus. Ma voix ne m’a jamais lâché, et manifestement ne commencera pas ce soir.

J’arrive sur la note la plus aigüe et m’entend à peine tellement le public hurle en reprenant en cœur. Ca va être un concert génial !

J'adresse un regard rapide vers le bord de la scène, vers mon producteur – manifestement soulagé – à qui j’adresse un « fuck » bien senti qui lui fait l’effet d’un coup de poing dans la gueule. Je n’attendrai pas la fin de la tournée pour le virer, c’est au-dessus de mes forces. Je suis le seul autorisé ici à ne pas croire en moi, et encore, avec parcimonie !

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13 août 2023 7 13 /08 /août /2023 10:58

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


 Scotty, énergie ! Ta chambre ne va pas se ranger toute seule.

Scott leva un œil blasé vers sa mère, qui venait de faire irruption sans même frapper.

- Ahah, hilarant maman. T’inquiète, j’adorerais te téléporter ailleurs si je pouvais. Ca m’éviterait tes références pourries !

- Pas si pourries que ça, vu que tu les comprends ^^

Scott soupira. Inutile de chercher à avoir le dernier mot, c’était peine perdue.

Il regarda sa mère, qui commençait déjà à ramasser par terre certains de ses livres. Quand elle s’y mettait, c’était un véritable ouragan, pour qui « ranger » signifiait surtout « mettre à un endroit où plus personne jamais n’aurait l’occasion de poser un œil dessus ». Il valait donc mieux qu’il s’en occupe lui-même avant qu’elle fasse des dégâts irrémédiables.

Il ferma son manga, se leva de son lit, récupéra à la volée la pile de livres que sa mère tenait déjà en main, et commença à les ranger dans l’armoire.

Il se retourna et s’apprêtait à en ramasser d’autres quand il se rendit compte que quelque chose clochait. Annie, sa mère, était généralement une boule d’énergie et de bonne humeur inépuisable, jamais à l’arrêt, jamais à court de mots ou de gestes pour motiver et pousser les gens autour d’elle à se dépasser. On aurait pu croire que son sourire avait été gravé sur son visage dès la naissance car, même en l’observant quand elle se croyait seule, il ne l’avait jamais vue sans. Il ne l’avait jamais vue non plus autrement que parfaitement maquillée MAIS les cheveux perpétuellement en bataille, à force de courir dans tous les sens.

Et là, non seulement elle avait arrêté de bouger et le regardait fixement, mais on aurait dit que son sourire sonnait faux. Le mascara semblait avoir légèrement coulé autour de ses cheveux, qu’elle avait rassemblé en un chignon absolument impeccable mais totalement affreux, et certainement pas du style de cette femme qui aimait affronter la vie les cheveux libres.

- Ca va, Maman ?

Annie sursauta, le regarda en semblant ne pas comprendre, puis fit « oui » de la tête en pinçant les lèvres, et sortit de la pièce précipitamment.

Quelque chose n’était décidément pas normal, et Scott la rejoint au salon, où elle s’était immobilisée, silencieuse, une main à hauteur de sa bouche … « mais … elle n’est quand même pas en train de pleurer ? »

« Maman ? »  insista Scott

Elle sursauta encore, se retourna, les larmes lui coulant sur les joues.

Il comprit. Ils n’étaient de nouveau plus que tous les deux.

 

Il prit sa mère dans ses bras sans un mot, et ils restèrent un long moment ainsi, sans rien dire. Puis, il se dégagea doucement, afficha le même sourire dont elle avait fait son arme  de prédilection, et, un bras autour d’elle, la fit s’assoir dans le canapé.

Il s’agita alors dans la cuisine, tout en chantonnant certaines des chansons préférées de sa mère, qu’elle entendit bientôt lui répondre. Il lui prépara un cappucino, ajouta un cœur en mousse sur le dessus, disposa sur le plateau quelques biscuits comme elle les aimait tant, et vint s’assoir à ses côtés, en chantant plus fort.

Ils passèrent une heure assis là, sans autre parole que celles des chansons de Jean-Jacques Goldman que sa mère aimait depuis son enfance. Elle avait posé sa tête sur l’épaule de son fils et les larmes avaient cessé de couler.

Et puis d’un coup, comme si on avait subitement basculé l’interrupteur, elle se tourna vers lui, son sourire de nouveau là, et lui murmura à l’oreille.

« Ne crois pas que tu vas échapper au rangement pour autant ».

C’était tellement décalé que Scott éclata de rire, puis elle aussi.

« Je sais Maman, je sais. »

Et ils retournèrent tous les deux vers la chambre où ils s’activèrent longuement, en chantant encore et en s’envoyant des vannes, comme si rien n’était arrivé, comme si tout allait bien en somme.

 

Et c’était le cas, bien sûr. Ou en tout cas ça le serait bientôt.


Comme elle le lui disait souvent, si on bouge assez vite, si on met assez d’énergie à ce qu’on fait, il arrive que la tristesse et toutes les choses négatives de la vie ne nous rattrape pas.

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12 août 2023 6 12 /08 /août /2023 03:16

Texte écrit dans le cadre du défi créatif d'aout 2023.


Inspiré (librement) par l’artiste Banksy, et par un épisode de la série télévisée  « La défense Lincoln »

- Je vous avoue ne pas savoir ce que nous faisons là aujourd’hui, votre honneur.
Entendez-moi bien : mon client ne nie aucunement être l’auteur du graffiti – au sens légal - réalisé sur le mur d’angle de la boutique du plaignant. Il a été identifié par la reconnaissance faciale, qui reste illégale, d’autant plus illégale que l’identification s’est appuyée sur un fichier de la police auquel le propriétaire de la boutique n’aurait pas dû avoir accès, et dans lequel mon client n’aurait jamais dû figurer – il a été contrôlé, jamais arrêté - . Mais peu importe, cela concerne une autre cour, où je ferai valoir avec férocité les droits constitutionnels de mon client.

Pour en revenir à ce graffiti, il a été proposé au plaignant de prendre en charge la remise en l’état du mur, ou les frais de celle-ci s’il souhaitait passer par une société de nettoyage qu’il aurait lui-même choisi. Les photos et vidéos, où n’apparaissent pas l’enseigne, seulement l’œuvre signée « Trojan », et la couverture médiatique que celle-ci a reçu, suffisent à la préserver.

Seulement le plaignant n’a jamais voulu négocier. Il voulait absolument faire un exemple. Et nous voilà donc …

- Oui votre honneur, nous voilà donc ! En effet, mon client voulait faire un exemple, c’est le terme juste, même s’il n’est pas question bien sûr de se faire justice lui-même. Le mur vandalisé par ce graffiti a nécessité une « remise en état » comme mon confrère le mentionne, pas moins de 57 fois durant l’année écoulée ! Et il n’a jamais été possible de faire payer les auteurs, parce que même s’ils étaient visibles sur les images de caméra, ils n’ont jamais été identifiés !

Alors désolé, mais là en effet, votre client sert d’exemple, d’autant qu’il signe ses « œuvres » mais en se cachant derrière un pseudonyme. Mais puisqu’il se permet de ne pas respecter la propriété d’autrui, mon client a décidé de ne pas avoir plus de respect pour cet « anonyme célèbre » et de l’exposer pour ce qu’il est : un vandale, un activiste cherchant à nuire à l’image des gens dont il souille les façades.

Parce que franchement, cette représentation d’un asiatique saignant, et dont le sang irrigue une veste d’un modèle aisément reconnaissable vendu par mon client dans sa boutique – une veste justement rouge sang, si ce n’est pas une atteinte à l’image, je ne sais pas ce que c’est !

La juge suivait les échanges avec attention, mais décida soudain de marquer son agacement face au ton de plus en plus « appuyé » des échanges.

- Maître, je vous rappelle qu’il n’y a pas de jury ici. Et cela vaut pour les deux parties ! Vous êtes dans mon bureau, et j’entends que les débats restent calmes et courtois.

La séance continua dès lors sur un ton plus mesuré.

- Si je puis me permettre, votre honneur … mon confrère soulève quelques points intéressants dans ses propos.

Notamment sur le nombre affolant d’actes de vandalisme que son mur a eu à subir. Des graffitis de tous genres, mais le plus souvent de simples sigles de gangs ou de graffeurs, ou de messages fleuris dans un orthographe approximatif. Jamais un dessin de ce genre.

Mais surtout, je tiens à faire remarquer que depuis maintenant 4 mois que mon client a signé son œuvre, le nombre de dégradations à cet endroit est tombé à … 0.

Je n’affirmerai bien sûr pas que les autres graffeurs se tiennent tranquilles par « respect » ou une forme quelconque d’affiliation ou de complicité avec mon client. Mais l’attention portée à l’œuvre, de jour comme de nuit, par une foule de curieux et d’amoureux de l’art, a rendu plus difficile pour ces personnes de passer inaperçu, sans doute.

Sur un autre point … si l’œuvre de mon client est tellement préjudiciable, pourquoi ne pas avoir fait nettoyer le mur dès le lendemain, comme dans les autres cas mentionnés ? C’était votre droit le plus strict ?

- Mon client reconnait évidemment ce dessin comme « œuvre d’art unique » et ne voulait pas faire l’objet d’une campagne de dénigrement en cas de destruction de celle-ci !

- Quelle marque de respect ! Ou bien est-ce là une tentative d’augmenter artificiellement la somme demandée pour atteinte à l’image, en prolongeant la dite atteinte ?

L’avocat de la défense affichait un rictus sarcastique, et la juge s’énerva vraiment

- Que vous ai-je dit précédemment, maître ? Pas de ça ici ou je vous condamne pour outrage, c’est bien compris ?
- Oui votre honneur.
- Bien. Poursuivez, mais soyez prudents.

L’avocat de la défense se reconcentra un instant en compulsant ses notes, puis il reprit.

- Concernant la supposée « atteinte à l’image » … si elle était avérée, cela devrait se voir dans le chiffre d’affaires du magasin pour la période concernée, il me semble. Or, d’après les chiffres dont je dispose, il aurait augmenté de + de 50% pendant la période concernée, ce qui, même en comptant la nouvelle collection qui venait de sortir, représente un bond spectaculaire jamais réalisé auparavant. D’autant que, toujours d’après les chiffres en ma possession, l’augmentation est continue depuis 4 mois. Alors où est le préjudice ?

- L’artiste avait l’intention de lui en causer un. Le fait qu’il ait échoué n’enlève rien à la gravité des faits !

- L’intention … oui en effet, on doit juger les accusés autant sur ce qu’ils ont fait que sur ce qu’ils avaient l’intention de faire, même si la loi prévoit dans ce cas une gradation appropriée des sanctions.
Mais quelles étaient donc les intentions de mon client, sinon interpeller sur les conditions de travail dans les pays où se fabriquent les vêtements tels que ceux vendus par le plaignant ? Qu’ils étaient donc réalisés avec « le sang et la sueur » des travailleurs. En ce sens, on pourrait voir cela comme une attaque contre la boutique … sauf que rien dans le dessin n’implique que les vendeurs y soient pour quelque chose !

Et personne n’a fait ce lien d’ailleurs ! Il n’y a pas eu de manifestations organisées devant la boutique, par des activistes pourtant prompts à agir dans ce genre de cas, pour profiter de l’attention portée par les médias. Pas de dégradation de la boutique, pas de menaces notables signalées par le plaignant …

- Et pour cause, cher confrère ! Mon client a toujours revendiqué des conditions de travail équitable pour les travailleurs chez ses sous-traitants, quel que soit le pays. C’est une implication forte qui lui a valu une grande reconnaissance ! C’est d’autant plus injuste que votre client s’en prenne ainsi à lui !

- Mais pourquoi aurait-il voulu s’en prendre à lui, justement ? Pensez-vous que Trojan, dont la démarche a toujours été de lancer le débat mais en l’orientant dans la bonne direction, se serait complètement trompé de cible cette fois ?

Ou bien ne pourrait-on pas imaginer plutôt qu’il ait voulu justement se servir de la réputation très égalitaire et parfaitement reconnue du plaignant, qu’il ait en quelque sorte voulu reconnaître son influence positive dans le domaine, en faisant passer le message à travers cette œuvre qu’il fallait redoubler d’effort, que le combat n’était pas fini ?

Et puis, vous avez manqué un détail de l’œuvre …
L’homme saigne, mais il sourit et se tient debout fièrement.
 

En arrière-plan par contre, on voit un enfant au sol, vidé de son sang, qui lui a irrigué un autre type de vêtement non vendu par votre client !

On pourrait donc penser que Trojan a voulu, dans son dessin, reconnaitre que votre client améliorait les choses, même si cela reste imparfait. D’ailleurs, il ne le nie pas, puisqu’il a récemment déclaré dans une interview qu’il « intensifiait la lutte contre toute forme d’exploitation des travailleurs chez ses sous-traitants ».

Je pense que le plaignant a parfaitement conscience que l’œuvre de mon client le valorise. Voilà la vraie raison pour laquelle il n’a pas fait nettoyer le mur.

La juge attendit d’être sûre que les avocats avaient terminé, mais il semblait bien que l’accusation n’avait pas l’intention de répliquer.

- Bien. Le moins qu’on puisse dire est que cette affaire donne matière à réflexion.

D’un coté nous avons un graffeur qui ne nie pas ses œuvres, les signe, en tire une notoriété – même sous pseudonyme – qui lui a valu de nombreux et lucratifs contrats de diffusion pour des documentaires sur son œuvre, sa démarche artistique, politique et citoyenne … on en a même fait des livres, des films, on s’en est inspiré dans des épisodes de série … de manière suffisamment transparente pour que cela lui rapporte des droits.
il reconnaît donc faire quelque chose d’illégal au terme de la loi, que ce n’est pas la première fois, et en tirer un bénéfice qu’on pourrait qualifier d’important.

De l’autre, nous avons un commerçant, légitimement excédé par les dégradations répétées de sa façade, au point de violer la loi pour tenter d’y mettre fin … un commerçant cependant qui décide cette fois de ne pas nettoyer le mur et semble profiter de la situation. Sans que cela ne rapporte rien directement à l’artiste, sinon une amélioration de son image déjà très reconnue.

Et comme son identité ne sera pas révélée, vu que j’ai accepté que cette affaire soit jugée selon le principe du « huis clos », cette image ne sera pas éventuellement dégradée.

Dans un monde idéal, les deux parties auraient du réussir à s’entendre par contrats pour préserver l’œuvre et peut être même que l’artiste y gagne un pourcentage sur les surprofits du magasin – mais cela, il ne le souhaitait pas, ce n’était pas sa démarche…

Dans le monde où l’on vit, si le plaignant maintient sa plainte, je me dois de condamner l’accusé à une amende forfaitaire pour la dégradation du mur.
Je rejette par contre l’accusation de préjudice d’image. Il n’y a ni préjudice, ni d’intentions, cela a été clairement démontré.

Je devrais aussi, normalement, condamner l’accusé à acquitter la facture éventuelle de remise en état si le commerçant décidait que finalement il ne veut plus de cette publicité, et la procédure serait close.
Mais comme les deux parties, ainsi que le grand public, les médias, les critiques spécialisés … sont d’accord sur le statut d’œuvre unique, que la paternité de cette œuvre n’est pas contestée, et que le plaignant a décidé POUR LA PRESERVER de ne pas remettre en état … je dois donc m’interroger sur la propriété de l’œuvre.

Et tout dans ce dossier me dit que le plaignant, parce qu’il a décidé d’attaquer en justice, ne voulait pas de cette œuvre, et n’en veut toujours pas – il ne l’aurait préservée, ai-je entendu, que pour éviter un lynchage médiatique.

Elle appartient donc légalement à l’artiste, même si le support lui, appartient au plaignant.

Pour résoudre cela, il pourrait être décidé que l’artiste loue le mur. Mais les bénéfices extraordinaires réalisés par le plaignant me semblent, quelque part, avoir couvert un tel loyer pour de nombreuses années.

Je prononce donc une interdiction pour le plaignant de détruire, par quelque procédé que ce soit, l’œuvre de l’artiste, à moins de disposer de l’autorisation écrite de celui-ci ou de son représentant légal. Et j’encourage vivement le plaignant à résoudre le problème en achetant l’œuvre en bonne et due forme.

Je lève la séance.

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