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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 08:32

-          Lucie, tu es là ?

-          oui maman... tu es prête ?

-          encore un instant si tu veux bien... et s'il te plaît...

-          oui je sais maman, je n'ouvre pas la porte...

Ca se passait toujours comme ça : je restais plantée là, derrière la porte, à attendre que ma mère soit prête, que je puisse entrer l'admirer dans le miroir, qu'elle puisse nous y voir réunies, toutes les deux, heureuses. Elle avait besoin de sentir que j'étais là pendant qu'elle se préparait, prenant au fil des années de plus en plus de temps pour accomplir son rituel.

Moi, je ne savais rien de ce qui se passait, derrière cette porte, devant laquelle je m'asseyais, patientant en écrivant ou en écoutant de la musique. Je ne voyais que le résultat final, ma mère superbement coiffée, maquillée, avec des vêtements à tomber par terre, de grands couturiers, des vêtements qu'on lui prêtait pour apparaître avec dans l'une ou l'autre des soirées où elle aimait tant se rendre. Et puis ils lui allaient si bien, et cela faisait une telle publicité aux créateurs, qu'on lui en faisait cadeau, invariablement.

Mais elle ne mettait chaque robe qu'une seule fois pour sortir, c'était la règle, et le cadeau prenait place dans une des nombreuses garde-robes de l'appartement, d'où il ne ressortait jamais.

 

Ainsi était ma mère, futile jusqu'au bout des faux ongles et des cils expansés, comme l'a écrit un jour un critique. C'était une star capricieuse, mais qui attirait si bien la lumière, qui savait si bien sourire aux gens, qu'ils en tombaient amoureux à la seconde, se croyant vraiment regardés, alors que son regard ne faisait que voleter de l'un à l'autre, tel un papillon, ne s'intéressant qu'à l'attention qu'ils pouvaient lui porter, à l'effet que cela pouvait avoir sur sa renommée.

En privé également, je sentais bien qu'elle jouait un rôle. Mais j'adorais être sa seule spectatrice, pendant les heures que nous passions ensemble, et pouvoir la conseiller sur telle attitude, telle façon de dire bonjour. A moi également, elle savait donner l'impression d'être importante. J'ai cru à une époque que ce n'était qu'une impression, que c'était pour cela qu'elle me laissait derrière la porte, ne voulant jamais que j'observe les étapes de sa transformation de femme simplement belle en la créature la plus sublime que la terre ait porté. Puis peu à peu j'ai commencé à comprendre qu'elle avait besoin de cette distance pour réussir à être une autre face au miroir, sinon sa vraie personnalité aurait pu surgir, là, subitement, et faire s'écrouler tout ce qu'elle avait patiemment construit. Et, pensant cela, j'avais à moitié raison et à moitié tort. Mais il en est souvent ainsi, dans la vie...

Sa vraie personnalité ... je dois bien avouer que je n'en ai rien su, jusqu'à ce que je trouve ses journaux intimes, après... il était trop tard évidemment, trop tard pour essayer de partager cela aussi avec elle, pour apaiser des douleurs portées depuis des décennies, pour être vraiment la fille de ma mère. Je n'avais même pas soupçonné qu'en fait, derrière la porte, elle me cachait quelque chose d'essentiel, quelque chose qui m'aurait horrifiée pensait-elle.

 Elle qui avait le culte de la perfection jusqu'au dernier degré, elle n'a pas voulu me faire partager cette maladie qui la rongeait, au point de devenir apparente dans sa nudité, au point de déformer son corps et ses os. Derrière la porte, il n'y avait pas que le visage qu'elle maquillait pour être plus belle. Corsets, ceintures, vous n'imagineriez pas le nombre et le type d'accessoires tenant plus des instruments de torture que de la mode que j'ai pu retrouver dans l'armoire de la salle de bain, celle dont elle seule avait la clé. Ils étaient savamment étudiés pour ne pas même se deviner sous les vêtements, et son air radieux aurait démenti toute rumeur, si toutefois il avait pu y en avoir la moindre.

Mais il n'y en eut pas, et il fallut qu'elle fasse un malaise, que j'entende le bruit de verre brisé, que j'entre et la découvre à terre, déjà habillée, dans une mare de sang. A l'hôpital, j'ai appris la vérité, celle-là qu'elle me cachait depuis des années. J'ai hurlé, refusé d'entendre, tout fait pour me convaincre que ce ne pouvait être vrai. Et pourtant... il me fallut bien m'y résoudre, quand elle rentra avec moi, terriblement affaiblie, au point de ne plus pouvoir se laver seule.

Cette semaine, la dernière, a été un calvaire. Elle aurait pu tout m'expliquer, me partager sa maladie, et au-delà un peu de son âme. Au lieu de cela, elle me laissait l'aider en tout sans un mot. J'ai tout tenté pour la sortir de son mutisme, mais rien n'y fit, et à vrai dire je n'insistai pas beaucoup. Ses larmes à mes premiers cris avaient suffi à briser ma volonté de comprendre. Je me résignai à être là, sans un mot.

Elle rompit pourtant le silence, mais un instant seulement, juste avant de fermer ses yeux pour la dernière fois.

« s'il te plait... n'ouvre pas la porte. »

Je ne compris pas sur le moment, et je pleurai à ce que je pensai n'être, en son délire, qu'un souvenir revenu à la surface. Je n'eus pas le temps de répondre, et restai dès lors muette pour l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure, puis pendant les jours qui suivirent, dont j'ai perdu le compte.

 

Ce sont ses carnets qui m'ont rendu la parole, qui m'ont permis d'entrer vraiment dans son intimité, au-delà de cette porte qu'elle avait passé sa vie à renforcer pour que jamais personne ne puisse la franchir : celle de son âme.  J'y ai découvert quelqu'un comme moi, moi qui avais toujours voulu être comme elle. J'y ai trouvé, finalement, la mère que j'aurais rêvé d'avoir, même si j'ai adoré ce qu'elle a pu être au fil des ans. Mais ce n'était qu'une image, et à la lire aujourd'hui, je me dis que j'aurais mille fois préféré sa réalité à cette comédie permanente.

Aujourd'hui pourtant, « en sa mémoire », je continue de jouer la comédie, je laisse la postérité l'enfermer dans ce rôle qu'elle a voulu joué.  Je sais qu'elle n'aurait pas voulu qu'il en soit autrement. Mais j'ai le sentiment que, ayant passé la porte, je suis maintenant prisonnière pour le reste de ma vie de ses secrets.

Tout comme elle l'a été avant moi.

Et pour n'avoir rien vu, rien deviné, j'accepte cette peine, et je referme la porte. Le cahier auquel je confie ces mots, ma fille le trouvera peut-être un jour, après ma mort, et j'espère qu'elle comprendra. Je ne peux pas trahir les dernières volontés de ma mère. C'est ainsi.

Je n'ouvrirai pas la porte.

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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 17:20
Comme certains d'entre vous l'auront peut-être constaté, le blog "Le tour des blogs" (que j'avais créé il y a quelques années déjà pour faire découvrir certains blogs et articles qui en valaient à mon avis la peine) a redémarré après de longs mois d'inactivité, et une remise à zéro provisoire de l'annuaire (un nouvel annuaire des blogs cités verra le jour prochainement).

Déjà deux sélections en ligne, une nouvelle annoncée pour ce week-end, en forme de "best of" (c-a-d une sélection de blogs réputés, parce que tout le monde ne les connait pas forcément)... la reprise d'activité est énergique, et suscite beaucoup de réactions.

Si vous voulez vous faire votre propre opinion, et découvrir des blogs (à mon avis) intéressants... n'hésitez pas !

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 11:20
Vous avez sans doute aperçu sur ce blog, au détour de vos visites, vous qui me lisez régulièrement, des poèmes doubles - le premier écrit par Tilk, le second par moi en réponse. Cela a donné naissance en son temps au recueil "A quatre mains".

J'aurais pu continuer ainsi en ces pages, j'avais d'ailleurs commencé avec un texte intitulé "Il parle". Mais il m'a semblé que cette expérience d'écriture particulière méritait son propre espace pour se déployer plus à son aise, et qu'ainsi le dialogue entre les deux plumes prenne sa vraie dimension.

Ainsi est né "Unis-vers"

Désormais, je publierai un texte par jour (un de Tilk, et ma réponse) sur ce nouveau blog. Je commence aujourd'hui même avec la réédition de "Il parle", et j'ai déjà 20 autres textes en attente. Je ne peux que vous inviter à venir lire le résultat au jour le jour, commenter, et si vous voulez être sûr de ne rien manquer, vous inscrire à la newsletter du blog "Unis-vers".

Au plaisir de vous lire en ces nouvelles lignes :-)

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 07:53
Après plusieurs mois d'arrêt, l'atelier Imaginair (blog et communauté) redémarre, avec la mise en lien de tous les textes proposés pour le thème 26 - Equilibre (j'en ai répertorié 24), ainsi que le lancement du thème 27, dont je vous conseille vivement d'aller lire la présentation.

N'hésitez pas à vous inscrire à la communauté si vous le pouvez, mais surtout, à participer. Si vous ne pouvez vous inscrire (pas de blog over-blog), il vous suffit de déposer en commentaire du thème le titre de votre texte et le lien vers celui-ci (lien direct) sur le blog / site où il se trouve. Les meilleures participations (les plus abouties) seront mentionnées (sous forme de lien) sur le blog.

Au plaisir de vous lire sur Imaginair :-)


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29 avril 2008 2 29 /04 /avril /2008 20:35
Il vient parfois des idées étranges, le soir, sous la douche... en voici une de ma chère et tendre, mais elle ne pensait pas que j'en ferais... ça.  Ames sensibles, etc, etc...



Je t’avais pas cru, maman, quand tu m’avais dit que si je continuais, les méchants viendraient me chercher. J’avais rigolé, tu me faisais toujours rire avec tes histoires, et puis tes grimaces pour accompagner. Là, tu avais l’air super sérieuse mais tes yeux riaient alors moi aussi, et je t’ai pas cru. Et puis j’ai continué à faire pipi au lit. Moins souvent quand même, parce que je voulais plus que tu me traites de bébé. Papa était plus gentil lui, il me disait que c’était pas si grave, il te grondait un peu de me parler de ça, mais pas trop parce qu’il t’aimait.

Une nuit tu as crié très très fort et je me suis levée pour voir. Papa et toi vous étiez dans votre chambre et le lit était trempé, tu étais toute affolée, papa aussi, il tournait en rond dans la pièce. Puis vous êtes descendu, et les messieurs en blanc sont arrivés . Moi, on m’a laissé avec mamie, qui me disait que tout irait bien, mais qui ne m’expliquait pas…

Papa n’est pas revenu cette nuit-là, ni le lendemain... quand il est revenu, ça se voyait qu’il était très triste, il avait pleuré et se retenait de ne pas recommencer. Il m’a dit que tu étais partie pour toujours, et qu’il allait falloir que je m’occupe bien de mon petit frère, ce bébé qui me regardait les yeux grands ouverts. Je n’ai pas compris d’où il était venu ce petit frère, mais j’ai su tout de suite pourquoi tu ne reviendrais pas.

Depuis, j’ai plus fait pipi au lit je te promets maman, juré ! Mais les méchants ils ont du penser que c’était pareil mes larmes dans le lit... et puis partout dans la maison, aussi... alors ce matin ils sont venu me chercher, avec leurs vêtements blancs. J’ai essayé de courir mais ils étaient plus rapides. J'ai juré que je ne le ferais plus mais ils ne m'écoutaient pas. Ils parlaient de mon petit frère, lui je l'ai bien protégé tu sais, ils ne pourront jamais jamais l'emmener, il est avec le petit jésus tout là haut maintenant !

Ils m’ont enfermée dans cette chambre toute blanche et la porte veut pas s’ouvrir. Ils font ça avec d’autres que moi, je le vois par la petite fenêtre de la porte.

Peut-être tu es là, maman, dans une chambre à côté de moi ? Peut-être que tu m’entends si je t’appelle très très fort ?
Maman ? Mamaaaaaaaaaaaan ?

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