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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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29 janvier 2002 2 29 /01 /janvier /2002 12:55
Promis je ne pleurerai pas je sais tu me l'as dit cent fois ce n'est pas la vie qui me quitte, juste toi, juste toi là qui me répète pour la cent et unième fois ce que je sais déjà, à moins que ça soit la millième je ne sais plus franchement je m'en fous tout ce que j'en retiens c'est que je ne dois pas pleurer pas pleurer être fort, parce que je te l'ai promis alors je ne pleure pas ... mais alors pourquoi tu pleures, toi ? Et je ne comprends pas et je tourne et retourne encore tes phrases dans ma tête mais il me semble que tu ne parles plus, et je tourne, je tourne, comme le couteau dans la plaie, le vrai couteau, pas tes mots dans ma tête, le couteau dans toi, toi qui soudain ne pleure plus.

Ce n'est pas la vie qui me quitte c'est toi qu'elle a quitté. Toi tu ne m'as pas quitté tu es morte avant. Tout est très clair.
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12 novembre 2001 1 12 /11 /novembre /2001 10:40
Jamais on n'a vu un oiseau scier la branche sur laquelle il était posé. Même s'il le pourrait sans risques, juste à déployer ses ailes et s'envoler ... D'abord, un oiseau, ça n'a pas de quoi tenir une scie (et qu'on ne me parle pas du pivert) ... ensuite, ce n'est simplement pas dans sa nature.

Pourtant elle, tellement aérienne, s'est envolée. Et j'ai bien senti tomber la branche.
Je suis encore à terre.

Peut-être, me direz-vous, était-ce un chat, coincé là-haut dans cet arbre hostile, qui choisit la branche la plus accueillante, mais aussi, malheur, la plus fragile.
Un chat, ça retombe toujours sur ses pattes. Tant pis pour la branche.

Elle miaulait, avant. Là, je suis griffé jusqu'au sang, même le coeur en saigne ... une vraie chatte ... mais l'image ne me plaît pas.

Je joue un peu avec celle d'une guenon, passant de branches en branches, et que lui importe que l'une ou l'autre casse derrière elle ? Un animal souple, agile, rapide ... mais laid.

Elle était très laide dedans. Je ne le savais pas.


Drôle d'animal, vivant plus que neuf vies en sautant d'un artifice à l'autre, piégeant sa victime autant par le ramage que par le plumage, et finalement, déployant ses ailes pour ... disparaître dans un voile de secrets ... oui, plutôt comme un tour de magie qu'un envol.


Au fond elle ne doit pas être plus heureuse que moi. Mais ça ne m'aide pas.


Je range la literie éparpillée. Je vide ses boîtes de mes armoires. Elle a même laissé quelques colliers, un pelage dans la penderie, et quelques poils longs et doux.
Je joue machinalement avec sa brosse ...
Je jetterai tout dès que j'aurai la force.


J'étais, disait-elle, solide comme un chêne.
Me voilà saule pleureur.
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20 septembre 2001 4 20 /09 /septembre /2001 00:00

mauve, tristesse, joie, désir, plaisir, séduire,
tromperie, ami, le temps, l'histoire

 


 

De ses lèvres trop rouges
A ses baskets trop mauves
La façon dont elle bouge
Et ses regards de fauve
Toujours entre deux proies
Féroce façade de joie
Tromperie pour ces regards, qu'elle laisse
Déposer sur son corps leur désir
Et ces mots qui cherchent à la séduire
Toujours les mêmes ... Elle laisse
Ainsi passer le temps sans y prendre le plaisir
Qu'il semblerait pourtant

Derrière ses sourires éclatants
Pour elle seule elle récite sa tristesse
Tous les amis partis sans laisser d'adresse
Au fil de l'histoire, et devant
Si peu d'espoir ...

Mais elle ne veut tomber, pas là, pas encore

Alors jours après jours elle joue de son corps
Pour exister quand même un peu
Au fond de quelques yeux
Même pour de mauvaises raisons
Puisque tout vaut mieux, au fond
Tout lui laisse plus de chance

Que l'indifférence


Et un jour, peut-être, quelqu'un la verra vraiment

Pourvu qu'elle soit encore capable, seulement,
De faire la différence à ce moment ...

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6 décembre 2000 3 06 /12 /décembre /2000 10:34

Rythme lancinant des pulsations. 160 à la minute, en augmentation. Cette fois-ci, je pense bien qu'ils vont le perdre. Je les sens qui s'affairent, comme toujours. Injections en chaînes, déjà on apprête le défibrillateur. Ils ne peuvent admettre avoir perdu la partie. Mais je dois l’avouer, ils se seront bien battus. Ils ont failli réussir cette fois.

A l'intérieur je me débats contre leur chimie. C'est un jeu d'enfant. Le cœur commence à fatiguer, l'oxygénation montre des signes évidents de dysfonctionnements ... ils viennent sans doute de lui mettre le masque à oxygène, j'ai cru percevoir une amélioration. Peu importe, c'est toujours insuffisant.

Je n'ai rien contre cet homme, absolument rien. Son heure n'était pas arrivée. Mais à cause d'eux, il a bien fallu que j'intervienne. En haut, on se faisait du soucis. Alors je suis entré en jeu.
D'habitude je tue les cellules par petites poignées ... là, j'ai du y aller à l'excavatrice ...

C'est que ce n'est pas simple de tuer un être humain en pleine santé.

Mais voilà. 180 maintenant. Toujours en augmentation. Ils ne comprennent pas, ils continuent à tout essayer. Et ils me donnent du mal. Mais le plus dur est fait. Encore un petit peu et ...
voilà ...

Fibrillation.

Tout de suite un premier choc et le pouls repart.
Trop vite.

Moi je m'active. Il s'agit de ne pas faire d'erreur cette fois.
Parce que ce n'est pas la première fois que j'essaye, pas la première fois que je suis à deux doigts de réussir. Alors cette fois, ne pas vendre la peau de l'ours.

Deuxième arrêt cardiaque.
Deuxième choc.

Cette fois, ça ne repart pas.

Bon signe. Mais je continue encore, plus vite, toujours plus vite. Des fois que ça repartirait quand même.

Bonne intuition. Au 3ème choc, ça repart. C'est qu'il est vraiment bien accroché, cet homme !

42 ans, race blanche, 1m78, 65 kg, ne fume pas, ne boit pas, fait du sport, alimentation saine, pas de cholestérol, aucun problème cardiaque, aucun problème d'anévrisme (ils ne le savent pas, mais moi si). Aucuns problèmes liés au stress, tous les organes en parfait état.

Le client énervant.


Il me fallait pourtant provoquer un problème suffisant pour qu'il aie recours à la chimie. Et j'ai réussi. Quelques perturbations cérébrales (c'est tout ce que j'ai pu provoquer facilement, parce qu'en plus le système immunitaire étant ce qu'il est, impossible même en l'aidant de voir un virus s'implanter), de gros problèmes de mémoire.
Et monsieur a évidemment pris des médicaments.

Bénis soient les effets secondaires !

Je n'ai eu qu'à les amplifier (problèmes à l'estomac et au foie), et le résultat : après une lente dégradation, tout lâche.

Deux minutes que le cœur s'est arrêté à nouveau. Ils continuent à choquer mon client. Un dernier sursaut du cœur, mais là, il ne faut pas rêver.

Je l'ai eu. Mission terminée.



Plus de 41 ans de « sommeil »(observation constante, néanmoins, plus deux fausses alertes mais c'est courant). Puis voilà que contre toute attente, en haut, ils se sont inquiétés.

Pensez donc ! Mon client, comme 99 autres patients, était subitement au cœur d'un vaste programme de recherche sur l'immortalité humaine.
Mes 99 collègues ont eu plus de chance que moi. Sujets moins robustes. Tous enterrés déjà.
Mais le mien ... ils ont failli réussir.

Heureusement que le Destin veille. Heureusement que ses agents ont des moyens d'actions puissants.

Je suis la Mort. Pas ce personnage que l'on voit dans les films habillé en moine avec une faux, quoi que j'aime me représenter ainsi, parfois, au moment de tuer une cellule. Non, juste la mort personnelle de David Leitz. Un parmi des milliards de milliards. Je ne connais pas le décompte exact.
A chaque être vivant, à chaque microbe, virus, bacille, la sienne. Je suis moi même à la tête d'un détachement qui investit les cellules dès leur naissance et leur impose leur cycle de vie.
Ce ne sont que des exécutants. Je peux par leur aide accomplir à peu près n'importe quoi. Je dis "à peu près", parce que l'organisme a des défenses.
Du genre à expulser mes subordonnés des cellules investies si le système immunitaire détecte une destruction massive de cellules.

Je ne peux m’empêcher d'admirer le système de défense.


Donc je suis la mort de cet homme que j'ai appris à aimer, en 42 ans. Renforçant mon emprise sur lui entre chaque battement de son cœur, entre l'expiration et l'inspiration suivante, j'ai appris tout ce qu'il y avait à savoir sur lui. J'ai décodé le flux électrique cérébral, et rien de ses pensées, de ses rêves, de ses émotions, ne m'a échappé. J'ai vu par ses yeux, goûté par sa bouche. Par lui, j'ai vécu.

C'est la première fois que j'ai un tel pouvoir. Avant je n'étais moi-même qu'un exécutant.

Je n’ai pas eu le temps de me lasser.

Mais voilà que ma mission s'achève. Je sais déjà qu'en haut ils trouvent que je m'en suis bien tiré. Que je suis sous-exploité à ce poste. Dommage, c'était vraiment grisant.
Mais si à chaque échelon cela s'améliore, qu'en sera-t-il de ma prochaine mission ?



Lentement je quitte le corps que je viens de tuer. L'âme est avec moi, comme toujours. Nous sommes indissociables jusqu'à sa réaffectation, après le Jugement.

Je suis sa mort et je suis sa conscience.
Il n'a rien pu me cacher, je n'ai rien oublié.

Je serai son accusateur et son avocat, puis je serai moi aussi réaffecté.


Cette âme qui était David Leitz est surprise de tout. D'exister encore, de me voir sortir du même corps que lui ... heureusement qu’il ne voit pas mes troupes s’échapper tout autour de nous, dans ce scintillement de lumière, entités miniaturisées dont certaines, je le sais, vont être nommés, comme moi en leur temps, et vont grandir aussi.
Heureusement qu’il ne les voit pas. Il y a déjà eu des âmes perdues pour moins que ça. J’avoue un mauvais timing pour la sortie du corps.

Mais ce n’est pas le moment de perdre le fil.

J’éclaire peu à peu à mon client. Sans un mot. Plus besoin de parler à ce niveau de
conscience, le flux passe entre lui et moi, et voilà qu'il s'apaise.
J'ai fini de réactiver en lui cette mémoire que j'avais inhibé lors de mon implantation dans son corps. Il sait tout du Jugement et de ce qu'il peut advenir ensuite.

Ensemble nous montons.

C'est loin d'être fini mais ça, il ne s'en doute pas.

Dans son cas précis, la tentation de l'immortalité va peser lourd dans la balance...

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8 novembre 2000 3 08 /11 /novembre /2000 00:00

bouteille, ordure, moisissure , ventricule,
chaussure, martien, montre, haine , anonymat, voiture

 


 

Manquent ses chaussures
Sa montre ses clés de voiture
Un peu de son orgueil aussi, pas le plus important
Beaucoup de son sang
Des débris de bouteille signent sa mort
Prochaine, dans l'anonymat dans un décor
Sans plus de haine que d'autres ailleurs
C'était juste la mauvaise heure
Il lui en reste ce sang à la tête
Et un trou peut-être
Pas loin d'un ventricule

De la décharge toute proche il sent la moisissure
Les ordures

Il s'endort sur le béton en ayant tout compris

C'est juste du hasard à prendre comme il vient, la vie
Tu profites à temps ... ou bien soudain c'est trop tard


Comme ces gyrophares qui jaillissent du brouillard
Comme des martiens devant son cadavre ...

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