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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 15:04

J'ai décidé pour les prochains jours de corser un peu le défi que je me lance, en prenant les listes dans l'ordre où je les avais reçues (sauf exercices de la communauté "Ecriture ludique" évidemment) pour combler certains trous et ne pas faire attendre plus longtemps ceux qui me les ont proposées.
Cela donnera donc #004, #028 (communauté), #008, #012, #015 (pour savoir à quoi ces numéros correspondent, voir les listes que j'ai reçues jusqu'ici dans le cadre du projet "logorallye - Recueil "braises / et ce que j'en ai fait)
Et l'exercice d'écriture sur base d'une image planifié pour samedi (voir le planning sur le blog de la communauté "Ecriture ludique") sera couplé avec la liste
#018 confiée par Marianne ... et qui peut s'y prêter (le hasard faisant bien les choses, je trouve).
Rendez-vous donc dans les prochains jours pour lire les différents résultats...


#004 Alex (reçu par courrier direct / pas de lien)
feuilles, métal, cuisson, photoshop, visage, coupé, rasoir, talc, vernis, chiffons, pâtes, coton-tige


Il avait toujours aimé le contraste des feuilles avec la surface de métal, autant par la couleur que la texture. Il les détachait une à une du bloc pour les poser à même le plan de travail, pour sentir en écrivant le contact rude mais si stimulant.

Quand il avait vu cette plaque métallique inutilisée à l'atelier de son frère, Vincent l'avait voulue, immédiatement. Il savait très bien où il allait la placer. Et de fait, elle était maintenant solidement ancrée au mur, dans la seule pièce de la maison qui n'avait pas été terminée. Il y avait donc un autre contraste, entre la nudité des murs, l'absence de revêtement au sol, et puis ce bureau, surface uniformément peinte en noir, mais un noir brillant dans lequel il aimait contempler, le soir, la lueur de la petite lampe qu'il posait sur le coin gauche, reflétée, et qui prenait des apparences presque fantomatiques, idéales pour l'inspiration.

Cette pièce devait être le bureau de Pam, à l'origine. Puis elle avait décidé qu'elle était mieux là où il avait envisagé de placer le sien, une grande pièce bien éclairée où elle pouvait s'épanouir autour de ses multiples bureaux, étagères, fours. Pam était une artiste complète, qui maîtrisait toute la gamme de la création, des premiers pré-projets sous photoshop, jusqu'à la cuisson des pâtes diverses ou la pose du vernis, sur des bijoux, figurines, ou des toiles. Elle avait vite recouvert toutes les surfaces inoccupées avec un invraisemblable empilement de chiffons, boites de cotons-tiges, et matériaux divers dont il ne savait plus si elle avait même un jour pris la peine de lui expliquer à quoi ils pouvaient bien lui servir. Tout juste avait-il retenu que ce qu'elle appelait "stéa", "stéatite, ou "pierre à savon" était cette matière gris-verte, rugueuse au toucher, dans laquelle elle sculptait certains objets, pour "s'amuser" entre deux projets plus sérieux, avant de retrouver la vraie flamme créatrice. Sa femme ne mettait pas de talc sur les fesses de ses enfants, elle taillait dedans pour en faire naître ses créations. L'idée l'avait beaucoup amusé quand elle lui avait expliqué la nature de cette matière. Elle avait été étrangement vexée de sa réaction.

En s'installant devant son bureau ce jour-là, Vincent pensait à sa femme, à tout ce dont elle avait besoin pour créer, et à sa façon de se plaindre encore si souvent qu'elle n'avait pas tout ce qu'il fallait, que ça n'allait pas, qu'elle n'arrivait à rien, la technique la trahissait, l'inspiration se refusait... elle inventoriait alors pendant des heures les moindres tubes, boîtes, flacons, pensant peut-être que ce qu'elle avait perdu s'y trouvait... plus sérieusement, une sorte de rituel, le seul qui parvenait à l'apaiser, avant de se remettre au travail.

Vincent, lui, n'avait besoin que de ce papier précis, posé sur cette table, à l'exclusion de toutes autres choses sauf la lampe. Et le même stylo, toujours, mais plus par superstition. Il avait déjà écrit avec d'autres accessoires, et avait également obtenu de bons résultats. Mais ce qui comptait, c'était la porte de cette pièce fermée, le son qui ne passait pas de l'énervement de sa femme devant son chantier permanent... et son bureau en métal.

Il avait essayé au début, de travailler dans le salon, sur un ordinateur portable. Il avait choisi de s'isoler parce que Pam était impossible à ignorer, et elle, il lui fallait la porte grande ouverte, parce que pendant qu'elle travaillait, elle se sentait vite claustrophobe.  Il était donc venu ici, mais l'incongruité de l'ordinateur  posé sur une simple table pliante au milieu de la pièce lui avait vite semblé insupportable. Et puis il avait vu cette plaque métallique... et ça avait été comme une évidence. Elle l'avait appelé plus qu'il ne l'avait choisie. Sa finalité telle qu'il l'avait perçue immédiatement avait été irrésistible. Depuis, son impatience à commencer sa journée d'écriture ne s'était jamais démentie, les idées surgissant à flot à la simple évocation du métal sous son stylo, et lui procurant un plaisir quasi charnel d'une intensité indescriptible.
Quand il écrivait, il était comme un fou. Le reste du temps, comme un drogué en manque qui ne pense qu'à sa prochaine dose.

Il y pensait si fort ce matin, devant la glace, que le rasoir avait eu du mal à trouver son visage, puis avait choisi le mauvais angle, et qu'il s'était coupé. Trop rasé par endroits, pas du tout à d'autres. Cela lui arrivait souvent. Pam adorait ce côté "grand distrait rêveur" de son homme, ne soupçonnant pas qu'ils faisaient un tout avec d'autres aspects qu'elle supportait beaucoup moins, et que la source était ici, dans cette pièce, où il oubliait tout, y compris elle, parfois pendant plus de 10 heures d'affilée. Son mari n'avait pas de maîtresse, il avait juste Le Bureau Parfait ... en tout cas pour lui.  En quelque sorte, c'était pire.
Tout écrivain, ou artiste, à du mal à sortir de son oeuvre à heure fixe. Vincent avait en plus un bureau très exclusif dans leur relation, qui exigeait de lui tout ce que son mental pouvait donner. Au point qu'il s'endorme parfois la tête posée sur lui, complètement épuisé, après un troisième marathon consécutif, seulement séparés par un repas sommaire et quelques grommellements distraits en guise de réponses à Pam.

Elle ne supportait pas plus cet aspect de leur relation qu'il ne comprenait le travail qu'elle faisait et l'état dans lequel elle se mettait. Mais ils s'adoraient. Quand il s'endormait ici, c'est à côté d'elle qu'il s'éveillait, sur le matelas qu'elle avait installé dans le fond de la pièce, pour ce genre de circonstances. Elle le rejoignait, le soutenait jusqu'au matelas dans le semi-coma où il était plongé, passait son bras autour de lui, et la nuit passait ainsi. Au matin, ils se regardaient longuement, puis, sans un mot, rejoignaient la chambre, bien plus confortable, où ils s'octroyaient une journée d'agréables retrouvailles. C'était leur rituel, et après 5 ans ensemble, malgré leurs insupportables caractères, leur goût de la solitude, les passions extrêmes qui les rongeaient tous deux dans leurs domaines respectifs, ils s'aimaient encore plus qu'au premier jour. ils avaient su, à défaut de se comprendre l'un l'autre, respecter mutuellement leur territoire, et s'admirer pour les résultats obtenus. 

Ils exposaient ensemble, les écrits de Vincent illustrant les oeuvres de Pam, ou l'inverse, les oeuvres se recoupant, se complétant, dans la plus intime des fusions. A l'image de leur couple. Leurs passions s'étaient comprises à leur place, et les tenaient debout, main dans la main.

Ils le resteraient pour la vie.


C'est à cette pensée que, finalement, Vincent posa son stylo sur la feuille, et commença à écrire.

Un jour de plus commençait. Un jour de plus était comme terminé, déjà...

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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 12:41
#006 Gazou (lien non spécifié)
s'accorder, musique, vie , authentique, oser, revenir à soi, se régaler, merveille, amour, délicatesse

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Marc n'avait jamais su faire semblant. Une vie qui ne soit pas authentique, avec de vrais partages, de l'amour quel qu'en soit le degré, des âmes qui s'accordent sur les mêmes notes, la même musique universelle de l'humain, écoute, compréhension, reconnaissance, lui paraissait vaine.
Il ne cachait rien de ses émotions, et savait lire à la perfection celle des autres dans les regards, les voix, sur les visages, dans les attitudes. Il pensait que l'écoute ne s'arrête pas aux mots, que l'on peut tout se dire de tellement de manières, il suffit d'être attentif...

Ce soir, Marc aurait voulu pourtant pouvoir se taire par tous les pores de sa peau, ne plus faire le moindre geste, chasser la moindre expression, éteindre ses yeux. Ne pas montrer à Annie qu'il n'en pouvait plus de cette existence, qu'elle reparte en paix de cette visite amicale. Marc haïssait plus que tout déranger, être un poids, faire perdre leur temps à des gens qui avaient infiniment mieux à faire. On lui disait souvent qu'il fallait qu'il ose aller plus vers les autres, accepter d'être leur égal, pas inférieur, qu'il n'avait pas à se cacher, à se retrancher en lui. Que souvent le plus court chemin pour revenir à soi, quand tout semble s'effondrer autour, passe quand même par les autres. La solitude n'est pleine que d'elle-même, il ne le niait pas. Mais Marc avait trop de délicatesse dans ses rapports avec les rares personnes qui l'entouraient pour tenter ce pas, faire peser son fardeau.

Quand il fermait les yeux, Marc s'imaginait le monde comme un immense lac, paisible, au milieu d'une forêt millénaire. La quiétude du lieu était infinie, et l'ensemble était une vraie merveille. Il aurait voulu laisser tous ses sens se régaler de cette vision... mais des sons répétés, insistants, venaient bien vite gâcher la vision.

Sur la rive, il y avait des silhouettes qu'il distinguait mal, qui lançait des cailloux vers le lac... il y avait des milliers de lanceurs, peut-être des millions... quand il s'approchait un peu, le vacarme était insupportable, de ces pierres lancées dans leur course folle, ricochant une fois, deux, dix, mille, faisant des ronds dans l'eau avant de couler. Le lac avait à peine le temps de retrouver le repos, les cercles n'avaient même pas fini de disparaître, que d'autres cailloux déjà venaient troubler la surface ainsi perpétuellement violée de cet éden.

Souvent, deux cailloux ou plus venaient se télescoper, précipitant leur descente vers les profondeurs du lac. Les lanceurs semblaient heureux de ces hasards qu'ils voyaient comme une chance. Marc ne comprenait pas quel était le but, mais ses sensations, peu à peu, commençaient à lui apporter les réponses.

Soudain, une silhouette se retournait vers lui, puis deux, des centaines... Il sentait alors le mouvement s'emparer de lui... il était un caillou lancé vers le milieu de ce lac, vers là où nous allons tous, la mort.

A chaque ricochet, il craignait de couler, puis reprenait espoir à ce nouveau sursis. A chaque autre pierre vite croisée, il se prenait à rêver faire plus de chemin avec une, peut-être...
Puis il entrait en collision avec une pierre, au sommet de sa trajectoire de rebond... elle tombait et coulait à pic, malgré toute sa volonté de la sauver. Puis il replongeait vers le lac... et ricochait encore. Avant d'entrer en collision à nouveau, encore et encore et encore.

Marc sentait que dans le grand plan qui régissait ce lieu, il était un destructeur. Il aurait déjà du couler lui aussi, après un choc, mais il ricochait toujours, continuant sa course folle, certes de moins en moins vite, mais causant toujours autant de dégâts, n'ayant jamais le bonheur de couler lui aussi avec cette pierre dont il avait croisé la trajectoire. Il sentait pourtant que c'était là le seul bonheur possible, l'union totale jusqu'à la fin, la paix d'être ensemble, là, au fond. Couler n'était pas la mort, pas tout de suite, si l'on n'était pas seul pour le faire. Mais malheur à ceux qui entraient dans ses eaux avec leur solitude... malheur à ceux qui ne savaient pas construire, donner un sens à ces rencontres...

Il se sentait envahi par un désespoir intense devant les ravages qu'il causait, les existences qu'il abrégeait, et le vide croissant, l'immense froid, là, au fond de son âme... C'était uniquement la faute du lanceur, tentait-il de se dire... mais était-ce bien vrai ?

Arrivait toujours le moment où il prenait conscience, soudain redevenu humain au milieu de ce lac, et regardant vers la rive, qu'il était aussi le lanceur. Et que les autres s'éloignaient de plus en plus de lui, craignant ses tirs. Alors le désespoir explosait, et il lui fallait rouvrir les yeux avant que de nouvelles images, plus proches de l'enfer, ne viennent hanter son esprit déchiré.


Ce soir, Marc avait fermé les yeux à nouveau, revu tout ça encore, et rouvert les yeux un peu trop tard. C'est le regard noyé de larmes qu'il avait du aller accueillir Annie, qui ne vit rien. Dans l'intervalle, il avait épongé ce qu'il avait pu, par politesse, pour ne pas déranger...

Elle ne vit rien, mais les minutes passant, elle sentit le trouble de son ami. Elle ne le connaissait pas depuis longtemps, mais pensait souvent qu'ils étaient trop pareils, qu'ils ne pouvaient rien se cacher.
Elle insista encore et encore, jusqu'à ce qu'il finisse par s'ouvrir à elle. Il ne voulait plus continuer à ricocher ainsi, rejeté par le lac autant que par les autres, dont il ruinait la vie quand il essayait d'être plus proche...

Le prenant dans ses bras, Annie pleura avec lui, ne sachant comment apaiser une douleur aussi forte.

Se faisant, elle coula avec lui. Et quand les larmes s'apaisèrent enfin, se regardant, ils comprirent qu'en effet ce n'était pas la mort, et que le bonheur était là.

Il fallait juste ouvrir son coeur pour cesser de ricocher sans fin...
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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 09:46
#021 Chrystelyne
écriture, jardin, mort, naissance , fauteuil, néant, nuage, stress, amitié, peau

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").

L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Il ne faisait pas très beau, cette après-midi-là. Le soleil, comme souvent ces derniers temps, jouait à cache-cache avec les nuages, et le vent en profitait pour glacer les corps jusqu'aux os. Il en allait de même dans le jardin, balayé en tout sens par des bourrasques hésitant sur une direction précise.
Pourtant, Harry venait de prendre place, comme tous les jours à la même heure, dans ce même fauteuil où il avait, envers et contre tout,  vécu tant d'aventures ces dernières années. La cour était protégée par un simple toit, lui évitant la pluie ou la neige, selon les saisons. Le reste, il ne le sentait même pas, tout absorbé qu'il était déjà au premier pas posé dehors, avant même de s'installer, par l'ampleur de ce qu'il voulait réaliser.

Pas de rituel particulier, rien de plus que ce fauteuil à cet endroit précis, avec en vue direct le grand chène au bout du jardin. Cette vue achevait de l'apaiser, chaque fois, replaçant toute chose à sa juste valeur.
Il sortit son carnet, dernier en date d'une longue série, puis le même stylo qu'il utilisait depuis 20 ans.

Un frisson d'anticipation lui parcourut la peau, comme il ouvrait le carnet à la première page vierge. Ce fut comme si le monde extérieur disparaissait complètement, laissant la place toute entière à l'écriture.

Dans la maison, des pas se faisaient entendre, une voix s'emportait contre des voix plus petites, un problème de devoirs pas fait, de chambres pas rangées. Le stress était perceptible, ce stress auquel Harry avait choisi de se soustraire depuis longtemps. Avant les enfants, il y avait eu d'autres raisons, toujours d'autres... il y en aurait encore après. Il savait que l'affrontement ne servait à rien, il avait essayé. Tout comme la voix avait tout fait au début pour le voler à son moment journalier. Sans plus de succès. Ils en étaient arrivé finalement à un status quo. Et chaque après-midi à la même heure, c'est seule que la voix choisissait de s'énerver... c'était dans sa nature, tout comme pour lui de poser de l'encre sur le papier.

En ce moment précis, Harry n'entendait rien de tout ça, il était retranché en lui-même. confronté une nouvelle fois à à cette mort particulière de l'écriture, à la naissance tantôt douloureuse ou jubilatoire d'un autre monde sous sa plume, au néant qui guette au détour des lignes, attendant l'émotion trop intense qui ferait basculer l'écrivain dans un spleen abyssal...
il n'y a que ceux qui n'écrivent pas qui peuvent penser que ce ne sont que des mots, que l'auteur qui prétend "vivre" son texte en le composant est un fabulateur. Harry, lui, ne connait que trop ces "réveils" difficiles d'après le dernier mot, quand la porte refuse de se fermer, quand chaque pas se fait au travers d'une épaisse masse cotonneuse assourdissant toutes pensées, gommant toutes émotions autre que ce "spleen". Et cela peut durer des heures d'une "remontée" lente, si lente...

Rien de tout ça aujourd'hui. Après deux heures exactement passées à écrire, Harry referma son carnet, remis son stylo dans sa poche, et se leva. Il était temps de rentrer et d'aider sa femme à préparer le repas. Ce soir, Ils recevaient le meilleur ami de celle-ci à diner.
Sans doute voudrait-il savoir si le fauteuil qu'il avait offert continuait à faire office, aussi longtemps après. La question était la même chaque fois, lui offrant ces jours-là une heureuse prolongation à ses moments de paix. Patrick était devenu avec le temps son ami autant que celui d'Helen, et c'est en toute conscience qu'il posait la question, pas dupe de la joie gourmande qui illuminait alors les trais de Harry, ni de la résignation muette d'Helen. Elle n'aimait pas se sentir ainsi exclue d'une partie de la vie de son mari. Mais malgré toute l'amitié qu'il avait pour elle, il savait qu'elle pouvait être épouvantable, par moments, et ne comprenait que trop bien le besoin qu'avait Harry de s'offrir une pause dans le flot, un moment rien qu'à lui. Ils en avaient parlé très franchement, un soir, pendant qu'Helen répondait au téléphone. Il y avait 20 ans de cela. Cela ne faisait que quelques jours qu'il avait commencé à fuir.
Une semaine après, pour son anniversaire, Patrick avait offert à Harry ce fauteuil, lui disant qu'ainsi il serait mieux que sur une chaise de jardin.

A ce souvenir, un sourire flotta sur le visage de Harry durant un instant. Il était toujours heureux des visites de Patrick, c'était une des rares choses qu'il partageait vraiment à 100% avec Helen, et qui ne risquait pas de provoquer de dispute.
Il soupira à cette pensée, le sourire disparut tout à fait.

Il rentra.
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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 13:46
#027 Motdit (thème "Ecriture ludique")
Ce texte était à écrire pour le 7/09/2007
Petit, rugby, sang, table, fleur, chat, bougie, fortune, lit, amour

L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.


Tout petit déjà, Vincent avait l'amour du rugby chevillé au corps. Il était devenu "accroc" de ce sport devant un match, où son père avait presque dû le traîner de force. Son père, grand fan de rugby, ne concevait pas que son fils puisse ne pas aimer tout autant que lui-même. Il ne savait pas alors à quel point cet entêtement à transmettre sa passion serait déterminant dans la vie de Vincent.

Bien vite, avec ses parents, il avait joué carte sur table : il voulait intégrer un club. Son père était fou de joie, mais sa mère avait un peu peur qu'il ne se blesse, elle avait tendance à le surprotéger depuis sa naissance. Elle finit pourtant par accepter, à la condition qu'il fasse bien attention.

Il revenait de ses entrainements les genoux en sang, au grand désespoir de sa mère les premières fois. Mais le sourire qui illuminait ses traits était impossible à comparer avec les autres moments, même les plus joyeux, de son existence. Pas une minute ne passait pour lui où le sport, les partenaires, le prochain entrainement, les tournois, n'occupent entièrement ses pensées. Ses résultats scolaires s'en ressentaient, mais son père montra autant de détermination à le faire travailler ses cours que ce fameux soir, pour l'emmener au stade.

Vincent finit par intégrer un cycle sport-études. Il faisait déjà partie des quelques meilleurs, d'après les sélectionneurs. "Mais à cet âge-là, ça ne veut rien dire" avaient-ils ajouté. S'il voulait continuer à croire en sa bonne fortune, qui le mènerait un jour en équipe de France, il devrait apprendre la rigueur, la discipline, adopter une bonne hygiène de vie et ne pas s'autoriser le moindre petit écart. Les entraineurs n'étaient pas là pour lancer des fleurs ou faire des cadeaux. Et à la moindre incartade, il devrait rentrer chez lui.

Il sut se faire une place dans cet univers aux règles quasi-militaires, qui ne parvinrent pas à le détourner de ses rêves.

On finit par le surnommer "le chat", par sa façon toute particulière de se saisir de la balle, sa course pleine de grâce, puis sa façon de sauter. Tout en lui évoquait le félin, et même son physique, inhabituellement fin pour ce sport, et la moustache qui vint orner son visage vers les 17 ans.

Il sortit premier de sa promotion, et n'eut aucun mal à trouver un club professionnel. Il souffla ses 18 bougies avec son contrat pour le Stade Toulousain en poche. Tout lui souriait.

Il lui fallut à peine deux ans pour être sélectionné pour la première fois en équipe de France, lors du dernier match de qualification pour la coupe du monde, où une défaite serait synonyme d'élimination.
Ce match restera à jamais dans les mémoires, car c'est à lui seul que Vincent donna la victoire à son équipe, marquant la moitié des points du match, et parvenant à la dernière minute à redépasser les anglais d'un point.
Il fut le héros d'une nation sportive en délire.

La coupe du monde se passa moins bien. Blessé au deuxième match, il ne put qu'assister à la progression de son équipe jusqu'à la demi-finale, où les mêmes anglais prirent leur revanche, avant de s'écrouler en finale devant la Nouvelle-Zélande.

Il eut cependant de nombreuses autres occasions de briller, totalisant en fin de carrière 10 titres de champion de france, plus de 100 sélections en équipe nationale, et deux coupes du monde. Il était un joueur comblé.


Un soir, au fond de son lit, Vincent se rappela du moindre moment depuis qu'il avait découvert le rugby. Et malgré qu'il venait d'annoncer sa retraite en tant que joueur, le moindre de ses projets tournaient encore autour de ce sport.

Il serait désormais entraineur du Stade Toulousain. Il venait de signer pour 3 ans.

Vincent était en paix avec lui-même. Il avait accompli presque tous ses rêves, était encore en âge d'espérer réaliser les autres, et d'en faire de nouveaux.

Regardant sa femme, paisiblement endormie, il sourit. Le plus beau de tous leurs rêves était dans son ventre pour encore quelques mois.

Il se blottit contre elle et s'endormit. Il rêva de leur vie à venir...
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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 11:04
#002 d'eli cieux
rentrée, stress, poupées, marionnette, harmonie, feutré, pétillant, verdure,sable, arbre....


L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Raphaël observa le théâtre un long moment, ne parvenant pas encore à le quitter vraiment, à monter en voiture et partir vers sa nouvelle vie. Il en avait rêvé, pourtant, de ce jour, où il pourrait laisser les fils de ses marionnettes en d'autres mains, plus jeunes et pleines d'idées neuves que les siennes.  Plus jamais le stress de la rentrée, quand le spectacle est tout neuf et qu'on ne sait pas s'il plaira, ainsi que les nouveaux personnages... Plus jamais non plus les critiques de ceux-là qui lui demandaient, cyniquement moqueurs, ce que ça lui faisait d'encore jouer avec ses poupées, à son âge...

A 70 ans désormais, il avait décidé qu'il était temps, même si l'envie était encore là, même s'il y avait trouvé toute sa vie durant une paix et une harmonie avec lesquelles les plus belles plages de sable blanc, et tous les arbres et la verdure du monde, auraient bien du mal à rivaliser...

C'est à pas feutrés, le regard pétillant à nouveau au souvenir de tous les spectacles passés, de la joie des enfants et des plus grands aussi, des immenses triomphes populaires qu'il avait connu, qu'il avait fait le tour une dernière fois, des loges à la scène,  de la salle aux guichets.  Toute l'équipe était là, peut-être encore plus émus que lui. Ils ne disaient rien, il n'y avait pas besoin de mots pour exprimer. Il les avait tous recrutés, formés... ils avaient appris avec lui l'art du spectacle de marionnettes, raconter une histoire qui puisse plaire à tous, sans forcément être "simplifiée". L'humour, c'est facile, mais il leur avait aussi appris à exprimer la tendresse, la colère, la douleur... Il avait toujours voulu un vrai théâtre d'ambiances.  Les réservations à chaque fois complètes lui avaient donné raison.

Avant de rejoindre sa voiture, il les avait longuement embrassés, serrés dans ses bras. Puis, symboliquement, il avait donné la clé des lieux à Manuel, son propre fils. Le nouveau directeur.

Il savait qu'il n'avait aucuns soucis à se faire, Manuel était meilleur qu'il ne l'avait jamais été. Les 5 dernières saisons, il avait écrit quasiment tous les spectacles, supervisé la création des marionnettes, aidé à la formation des nouveaux ... lui, vieillissant, était là dans le rôle du patriarche, pour souder l'équipe, partager son expérience, et à l'occasion animer l'un ou l'autre personnage, comme il avait toujours tant aimé le faire.

Il pouvait facilement se passer d'être le patron, mais pourrait-il vraiment ne plus être ce clown tantôt hilarant, tantôt triste, par marionnettes interposées ?
Parviendrait-il à reprendre les fils de sa vie, qu'il n'avait à vrai dire vécue qu'ainsi, par procuration, et réaliser tous ces projets qui lui tenaient tant à coeur ?

Seul l'avenir le dirait... mais sa femme avait bien mérité cette retraite dorée à laquelle ils pouvaient prétendre. Le théâtre était plus que rentable, leurs économies en témoignaient. Ils n'auraient à se soucier de rien.

C'est en pensant à Maria, son épouse, que Raphaël parvint à détourner les yeux de SON théâtre, qui n'était plus le sien désormais.
Il monta en voiture, et démarra, sans un regard de plus, qui aurait risqué de le pousser à continuer, encore.

Il y a un temps pour chaque chose, se répéta-t-il pendant plusieurs minutes, en s'éloignant...



Il lui fallu plusieurs mois pour s'en convaincre tout à fait.

Il revint souvent sur les lieux, pour assister discrètement aux premières des nouveaux spectacles. Ce n'est qu'en voyant ainsi son oeuvre se poursuivre, les triomphes de son fils et de toute l'équipe, qu'il finit par trouver la paix.

En effet, il y avait un temps pour chaque chose. Et pour celle-là, il avait bien profité de tout son temps.
Il n'avait rien à regretter.
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