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15 décembre 2005 4 15 /12 /décembre /2005 20:51
Une version courte de ce texte a été publiée sur Fulgures. N'hésitez pas à la découvrir !



- Félicitations, camarade Picard ! 2000 unités en un mois, 2000 ! Vous avez battu le record ! Il faudra que vous nous donniez votre secret, que nous puissions en faire profiter vos camarades-ouvriers. N’oubliez pas, c’est dans l’entraide que l’on progresse !

- Merci beaucoup, Excellence… oui bien sûr, justement, je me suis permis … attendez, je vous montre… voilà, regardez : dans ce livre, j’ai rédigé les comptes-rendus détaillés d’activité, comme demandé par Le Veilleur... mais je l’ai fait au fur et à mesure !

- Bravo, camarade ! C’est une grande fierté pour moi de pouvoir récompenser un si brillant élément ! D’abord, je vais vous remettre la médaille du mérite, devant tout l’atelier comme il se doit. Ensuite, mon escorte vous accompagnera jusque chez vous, où vous pourrez préparer votre famille pour le départ vers une vie meilleure !

- Vous me faites trop d’honneur, Excellence…

- Le travail bien fait mérite récompense, camarade ! Et la récompense honore plus celui qui la remet que celui qui la reçoit, car lui sait le travail accompli, et s’en contente… mais assez philosophé, nous allons être en retard … Venez, votre médaille vous attend !

***

Une heure plus tard. Le camarade Picard est parti chez lui avec l’escorte

- Tout est prêt, Veilleur ?

- Oui Excellence. Mais je ne suis pas sûr de bien comprendre…

- C’est pourtant simple, camarade. Les performances doivent augmenter sans cesse si nous voulons rivaliser. Ce sont des ouvriers comme Picard qui font avancer les choses. Mais nous ne pouvons pas tout laisser aller, il faut un minimum de contrôle. Imaginez qu’on laisse un ouvrier battre le record plusieurs fois ?

Rien que d’y penser, ça me donne des cauchemars !

Il serait de plus en plus difficile pour les autres de le battre, ils ne seraient plus motivés ! Et la production s’en ressentirait !
Et puis naturellement, le gagnant se prendrait pour Dieu, on le jalouserait, on le haïrait, et l’ambiance serait exécrable, Veilleur, exécrable je vous l’assure !

Je reconnais que les records sont nécessaires, mais on ne peut décidément pas permettre à un ouvrier plus d’un exploit. Après, il faut que le « héros » puisse être admiré, envié pour sa récompense, mais surtout … de loin. Pour ne pas faire d’ombre aux autres. Pour servir d’horizon, de but à atteindre. Vous comprenez, Veilleur ?

- Oui, Excellence… mais pourquoi cette « vie meilleure » ? Il y aurait bien d’autres solutions, non ?

- Je sais ce que vous pensez, et je suis d’accord avec vous. Oui, c’est injuste. Mais cela reviendrait trop cher de les récompenser vraiment. Les temps sont durs, vous savez… et nous avons des comptes à rendre ! Même moi, ministre de l’industrie, je ne suis pas à l’abri des régulateurs ! Alors voilà, il faut donner l’illusion d’une récompense, et que surtout personne ne puisse un jour venir démentir.
- Oui Excellence, vous avez mille fois raison Il sera fait selon vos instructions.

- Je compte sur vous, Veilleur. N’oubliez jamais la grande responsabilité qui est la vôtre.
Il faut qu’ils meurent.

- A vos ordres, Excellence.

***

Un peu plus tard encore.

- oui, Commandant, j’ai émis le souhait de vous parler, en effet… merci d’être venu aussi rapidement

- Allez droit au but, camarade Ministre, vous savez combien mon temps est précieux !

- Mes excuses, Commandant … il s’agit du nouveau Veilleur, que vous m’avez envoyez…

- Oui, et bien quoi ? Il ne fait pas son travail correctement ?

- Si si Commandant, loué soit votre discernement, c’est tout à fait l’homme de la situation, mais …

- MAIS ????

- Mais si je puis me permettre … pas plus tard que ce matin, vous savez, après la récompense que j’ai du décerner… enfin, « la récompense », vous me comprenez… et bien…

- Au fait, camarade, au fait, ou je demande à mes régulateurs de vous clarifier les idées !

- Voilà Commandant, j’y arrive !!! En fait… il pose trop de questions. Il semble douter du bien-fondé des ordres que je lui donne, il m’a fallu le convaincre… Je sais qu’il dépend directement de vous, mais n’est-il pas sensé respecter mes directives concernant l’organisation du travail ?

- Bien sûr que si, Commandant, bien sûr … ce que vous me dites là m’étonne… il faudra que j’évalue la situation au plus vite. Je vous tient au courant.

- Merci beaucoup, Commandant.

- Merci pour votre vigilance, camarade-ministre. Le travail bien fait est toujours récompensé, n’oubliez pas !

Quelques minutes plus tard

- Que pensez-vous du camarade-ministre, Vincent ? Parlez franchement.

- Et bien, vous aviez raison… il commence à aimer un peu trop son pouvoir, il parle beaucoup, dissimule encore plus… et n’agit plus trop. En tout cas pour ce que j’en ai vu, c’est loin d’être brillant.

- Savez-vous, Vincent, que pas plus tard que tout à l’heure, il m’a parlé de vous ? Si si, je vous assure ! Il vous a dénoncé, cet admirable fonctionnaire dont vous me dites tant de bien maintenant. Votre curiosité l’inquiète. Il a peut-être beaucoup de défauts, mais il n’est pas bête…

- En effet, Commandant

- Bon … ce que nous allons faire, c’est très simple… nous allons attendre que l’escorte revienne de là où le camarade-ministre l’a envoyée, et vous parlerez au responsable, il vous connaît, j’y ai veillé. Et quand notre « ami » repartira… il n’arrivera pas là où il pensait. Vous me suivez ?

- Tout à fait, Commandant. C’est la solution la plus sage, en effet.

- Et puis, ça aura le mérite de pouvoir désigner un responsable pour toutes ces disparitions de familles entières… parce qu’il y a des rumeurs… et puis on ne peut pas permettre ce genre de rumeurs… le peuple aurait vite fait de nous mettre ça aussi sur le dos ! Non, il partira pour son ministère, et finira devant La Cour.


« Mieux vaut encore la mort que La Cour », pensa Vincent. Mais il n’en montra rien. Il n’aurait pas été bon pour lui que le commandant le voit prendre le ministre en pitié. Pas bon du tout. Vu ce qu’il avait préparé, il ne fallait surtout pas le moindre soupçon.

Il acquiesça donc, et cela parut satisfaire le commandant, qui se leva et sorti. Bientôt, Vincent entendit le transporteur s’activer… et puis l’explosion.

« Me voilà Commandant, maintenant ! »
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commentaires

yara 19/08/2007 11:58

ahahha j\\\'adore tout le monde veut etre calife a la place du calife ,et ceux qui ne l veulent pas son supprimés! roohh!

Faux rêveur 19/08/2007 12:33

tu as tout compris. Glaçant mais aussi follement hilarant vu sous cet angle lol

Claire Ogie 10/08/2007 17:07

Ca c'est le genre de petit truc immonde que j'aime bien, ça met toujours les idées en place, les yeux en face des trous...

Faux rêveur 10/08/2007 17:12

Il faut avouer que dans le genre faux semblants et trahisons à la chaîne, c'est un exemple frappant :-)