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18 novembre 2018 7 18 /11 /novembre /2018 13:13

Texte écrit dans le cadre du recueil "Chemin de rêves"
Première publication le 17/10/2008

03 - 17/09/2007 - "Début & Fin" (Shin Haiah)
Cet exercice consiste à écrire un texte avec un début et une fin imposés:
Début :"Tout est Pur pour qui est Pur"
Fin :"aujourd'hui je confesse mes Grâces"

 



"Tout est pur pour qui est pur !".

Cette phrase, combien de fois ne l'ai-je pas entendue, Papa, quand tu voulais me faire la leçon ?

Elle était tour à tour incitation à rechercher l'harmonie avec moi-même, pour être en harmonie avec le monde, que mise en garde contre ce que tu considérais comme ma grande naïveté en ce qui concernait mes relations avec "les autres", pas aussi purs que moi d'après toi. Il faut dire que rien ni personne ne trouvaient grâce à tes yeux, sinon ta famille, et Dieu. J'avais la chance de faire partie de ta famille, et j'avais donc ton amour indéfectible. Mais il n'était malgré tout pas sans conditions, loin de là.

Tu étais d'une exigence impitoyable, tu ne tolérais pas la moindre "faiblesse d'âme". Il fallait être parfait en tout, toujours, sinon il fallait faire pénitence, confesser ses fautes supposées, et tout faire pour s'améliorer.

Cela passait même avant manger et dormir.

J'ai le souvenir de longues nuits passées à étudier parce que je n'avais ramené QUE 16/20, et c'était trop peu.
D'autres encore, je devais nettoyer la maison de fond en comble, sans faire de bruits surtout, pour ne réveiller personne, sinon...

Tu dirigeais toi-même mon éducation, ne te satisfaisant pas des écoles d'élite que tu avais pourtant choisies pour moi. Mes devoirs terminés, je n'avais pas de temps pour me détendre, regarder la télé (interdit), sortir jouer avec des amis (impensable ! de futurs voyous, toujours à jouer au lieu d'apprendre !). Il fallait que je t'écoute, des heures durant, que je prenne des notes, que je fasse les exercices supplémentaires et les recherches que tu m'ordonnais, que je lise les livres que tu jugeais utiles à mon éducation.

Ma chambre, tu voulais qu'elle soit impeccable, sans le moindre grain de poussière (je devais faire le ménage tous les jours), le lit refait au millimètre près (sinon recommencer, une fois, deux, dix), rien qui traîne (sinon tu vidais toutes mes armoires et m'obligeait à tout ranger).


A l'adolescence, je t'ai haï pour tout cela. J'ai voulu me révolter, mais tu as toujours su me mater. Puis, j'ai vieilli, et je me suis rendu compte que la qualité de mon éducation, et ta discipline toute militaire, pouvaient être bien utiles. Comme par exemple dans le travail, où je me suis vite fait remarquer pour mes talents d'organisation, et où je suis monté rapidement dans la hiérarchie.

Tu ne me l'as jamais dit, mais je sais que tu as aimé voir que j'avais su mettre tes leçons en pratique. A ta manière, tu as été fier de moi.

Et puis il y a Miranda, ma femme, la seule que j'aie connu, et qui t'a plu d'emblée, tant vos modes de pensées peuvent se ressembler. Miranda, tellement parfaite, et que j'ai su impressionner, puis séduire, par cette éducation que tu m'as donnée.

Pour tout ça, il faut bien aujourd'hui que je te remercie.


J'aurais du le faire plus tôt, cependant, pas là, trop tard.



Toi, si parfait, tu t'es levé hier avec une douleur dans le côté. Tu n'as pas voulu jouer les faibles, comme à ton habitude. Alors tu as obligé maman à ne pas appeler le médecin, ni même moi, pourquoi faire ? pour les inquiéter ? et je vais passer pour quoi ?

Je crois t'entendre les prononcer, ces mots, de ta voix bourrue, tranchante, où pourtant l'on sentait la trace de douleurs passées dont tu n'as jamais voulu parler. Ta propre enfance semblait t'avoir marqué énormément. Les rares fois où il en fut question, tu avais étrangement toujours une poussière dans l'oeil.

Et donc tu n'as pas voulu m'inquiéter... et puis tu as fini par avoir peur, et tu as laissé maman faire. Mais le temps que j'arrive à l'hopital où l'on t'avait conduit, il était déjà trop tard.

Toi qui détestais les au revoir et  les adieux, les effusions larmoyantes de quai de gare ou d'aéroport, tu as du être comblé : tu es mort avant même que maman ait fini de remplir les papiers pour ton admission.

Tu es parti comme tu avais vécu, retranché en toi, plaçant des barrières même pour ta propre famille, et refusant tout ce que tu pouvais considérer comme une imperfection. Mais je suis sûr que tu aurais préféré partir dans ton lit ou ton fauteuil, sans que personne ne s'en rende compte, même pas toi.

J'espère que là-haut, ils sauront t'extirper cette culpabilité d'avoir été à ce point faible selon tes principes.


Pour honorer tes valeurs, nous sommes là,maman et moi, devant ton cercueil, et nous ne te pleurons pas. Maman remercie une dernière fois le ciel d'avoir eu pour mari un homme aussi droit, aussi parfait. Et moi, je te bénis pour l'homme que je suis devenu grâce à toi, pour tout l'amour et la grande confiance que tu avais pour moi, pour vouloir me mener si haut. Toutes les qualités que l'on me prête, tu m'en as fait don, ce sont mes grâces mais elles étaient tiennes. Il n'est pas juste que toute la reconnaissance m'en revienne.

Alors aujourd'hui, à l'heure de te rendre ce dernier hommage, conscient de ma part dans mes réussites, et de la tienne, sans honte ni fausse modestie aucune, je confesse mes grâces.

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commentaires

Artemis 18/11/2018 21:10

Un texte vraiment magnifique, empli de sentiments qui semblent tellement réels que pendant un moment j'ai eu un doute que ça ait été ton histoire. Continue comme ça !

Michel - Faux Rêveur 18/11/2018 21:31

Merci ^^