Une nuit banale,
Néons criards,
Phares qui balayent les trottoirs,
Personne ne regarde les étoiles.

 

Mieux à voir :
Pas alignés, démarches aguicheuses,
Sourires trop larges, paroles creuses.
On connaît l'histoire.

 

C'est la même sur tous les boulevards.

 

 

 

Quelques une parmi toutes,
Comme celle-ci, qui baisse les yeux
Un instant, regard malheureux.
Très brièvement, trop sans doute.

On ne remarque rien

Elle cache bien son chemin,
Toutes ces raisons qui l'ont amenée ici.
Bien longtemps déjà que l'ennui,
L'air de rien,
A gommé les cris, les pleurs,
Forgeron désormais
De ses silences, déconnectés
De la tubulure sans fin des heures 

 

 

 

Souris des champs
Elysée, longue étendue de macadam,
Madame, plus aussi verte qu'avant,
A vendu son âme


Elle sait encore pourquoi :
Argent qui salit tout.
Mais sans, comment tenir debout ?
Le plus souvent, elle n'y pense pas

Elle a "choisi", enterre ses regrets sous ce choix
- Qu'elle n'avait pas -

 

Aujourd'hui, la toiture ne fuit plus
Au dessus de ses moments d'oubli.
Et des rideaux en mousseline aux fenêtres, qui l'eut cru ?
Futilité, mais la vie est ainsi
Faite.

 

Parfois elle rêve que tout s'arrête.

Inlassablement, pourtant,
Revient le soir. Au commencement …

 

Morsure métallique
De ses bottes à clous,
Vague impression mécanique
Mais "Tout
Va bien".


Va-et-vient divers, jusqu'au matin.
Debout ou étendue, mais sans repos.


Parfois, il en vient un,
Moins dur ou moins faux.

Alors elle rêve, mais rien ne dure.
La roue tourne, elle se résigne
Et retourne à sa "luxure".


Quel égarement écrira son futur ?


Si Dieu existe, qu'il fasse donc un signe.

 

Publié dans : Recueil : Sous influence (1999)
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