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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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18 décembre 2005 7 18 /12 /décembre /2005 21:04
Blonde, élégante, la vingtaine. Une beauté inimaginable. C’est ainsi qu’elle m’apparut, une après-midi, quand elle s’assit à ma table, me fixa avec aplomb, et me lança :

- Inventez-moi une histoire, s’il vous plait.
- C’est que… je ne travaille pas ainsi, mademoiselle… je dois d’abord vous imaginer… et puis pour commencer, d’où venez-vous ?

J’appris qu’un membre de l’atelier où je me trouvais l’avait appelée, puis laissée tomber, parce qu’elle avait « trop de caractère » pour le rôle de « blonde écervelée - femme soumise » qu’il préparait.

Tout le contraire d’Angèle.

Son prénom me vint spontanément. Elle le lut dans mes yeux, et son sourire s’élargit.

- Je vous intéresse, avouez !
- Pas de précipitation ! Vous a-t-on dit que je suis spécialisé dans les histoires sombres ? Mes personnages meurent, tuent, souffrent mille maux…
- Je sais ! Et ça me tente beaucoup ! Avec ma beauté, ma « classe », on ne m’invente que des amourettes ennuyeuses, des histoires d’héritage, de conseils d’administration… moi je veux un rôle plus psychologique ! Quitte à ce que j’en meure…

Je promis d’y penser, mais je me sentais incapable de la torturer par écrit. J’étais amoureux avant la première ligne. Cela condamnait le projet.
Elle dut le sentir. Alors elle sourit faiblement, hésita, très lasse soudain. Puis elle s’en alla.


Tenta-t-elle sa chance ailleurs ? Je l’ignore, et n’eus pas de nouvelles jusqu’à aujourd’hui, où je la revois s’asseoir devant moi et jouer cette scène où je fus, involontairement, son bourreau. Et tandis que je vous la raconte, je sais qu’Angèle a ce même sourire qu’à l’instant où je devinai son prénom. Elle la tient, son histoire.

Mais je sens déjà qu’elle en voudra plus…

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17 décembre 2005 6 17 /12 /décembre /2005 21:03
J’étais de plus en plus fatigué depuis quelques temps.
J’ai toujours beaucoup dormi. Mais depuis quelques semaines, je me sentais m’enfoncer dans la fatigue comme dans un océan chaud, accueillant… et je sombrais à toute heure du jour et de la nuit.

Je rêvais que je nageais vers une lumière, tout au fond, que j’appelais « Le réveil ». Pourtant je ne l’avais jamais atteinte en me réveillant.
J’étais aussi de plus en plus fatigué.


Une nuit, j’ai nagé jusqu’au fond.
J’étais en vacances en Espagne. Je me suis « réveillé » à Paris, en pleine nuit.
Descendu pour une balade en voiture, j’ai roulé au hasard … jusqu’à l’accident. Stupide. Pas respecté un feu rouge. J’étais clairement en tort, les dégâts étaient mineurs, l’autre conducteur accepta un arrangement amiable. Je lui donnai mes coordonnées, remontai en voiture et rentrai chez moi, où je me recouchai immédiatement…
Et je me suis réveillé en Espagne.
Mon téléphone portable sonnait. C’était l’autre conducteur.
Il m’en a beaucoup voulu pour les frais d’appel.


J’ai paniqué au début, puis j’ai compris qu’en pensant à un lieu en m’endormant, je le visitais « dans mes rêves ». Et que si quelque chose tournait mal, j’étais instantanément de retour dans mon lit.
Je vous laisse imaginer les multiples usages d’un tel don. Je me suis beaucoup amusé.
Mais peu à peu, ma fatigue s’effaçait. Comme si « Le réveil » me réveillait vraiment. Cela me frustrait, je « voyageais » moins.


Puis, hier, entrant dans les toilettes de mon entreprise, j’aperçus une tache sur mon pull, sortis
immédiatement de ma salle de bain, me changeai, retournai dans la salle de bain et ressortit des toilettes.


Devinez où je suis en ce moment, vous regardant me lire…

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15 décembre 2005 4 15 /12 /décembre /2005 20:51
Une version courte de ce texte a été publiée sur Fulgures. N'hésitez pas à la découvrir !



- Félicitations, camarade Picard ! 2000 unités en un mois, 2000 ! Vous avez battu le record ! Il faudra que vous nous donniez votre secret, que nous puissions en faire profiter vos camarades-ouvriers. N’oubliez pas, c’est dans l’entraide que l’on progresse !

- Merci beaucoup, Excellence… oui bien sûr, justement, je me suis permis … attendez, je vous montre… voilà, regardez : dans ce livre, j’ai rédigé les comptes-rendus détaillés d’activité, comme demandé par Le Veilleur... mais je l’ai fait au fur et à mesure !

- Bravo, camarade ! C’est une grande fierté pour moi de pouvoir récompenser un si brillant élément ! D’abord, je vais vous remettre la médaille du mérite, devant tout l’atelier comme il se doit. Ensuite, mon escorte vous accompagnera jusque chez vous, où vous pourrez préparer votre famille pour le départ vers une vie meilleure !

- Vous me faites trop d’honneur, Excellence…

- Le travail bien fait mérite récompense, camarade ! Et la récompense honore plus celui qui la remet que celui qui la reçoit, car lui sait le travail accompli, et s’en contente… mais assez philosophé, nous allons être en retard … Venez, votre médaille vous attend !

***

Une heure plus tard. Le camarade Picard est parti chez lui avec l’escorte

- Tout est prêt, Veilleur ?

- Oui Excellence. Mais je ne suis pas sûr de bien comprendre…

- C’est pourtant simple, camarade. Les performances doivent augmenter sans cesse si nous voulons rivaliser. Ce sont des ouvriers comme Picard qui font avancer les choses. Mais nous ne pouvons pas tout laisser aller, il faut un minimum de contrôle. Imaginez qu’on laisse un ouvrier battre le record plusieurs fois ?

Rien que d’y penser, ça me donne des cauchemars !

Il serait de plus en plus difficile pour les autres de le battre, ils ne seraient plus motivés ! Et la production s’en ressentirait !
Et puis naturellement, le gagnant se prendrait pour Dieu, on le jalouserait, on le haïrait, et l’ambiance serait exécrable, Veilleur, exécrable je vous l’assure !

Je reconnais que les records sont nécessaires, mais on ne peut décidément pas permettre à un ouvrier plus d’un exploit. Après, il faut que le « héros » puisse être admiré, envié pour sa récompense, mais surtout … de loin. Pour ne pas faire d’ombre aux autres. Pour servir d’horizon, de but à atteindre. Vous comprenez, Veilleur ?

- Oui, Excellence… mais pourquoi cette « vie meilleure » ? Il y aurait bien d’autres solutions, non ?

- Je sais ce que vous pensez, et je suis d’accord avec vous. Oui, c’est injuste. Mais cela reviendrait trop cher de les récompenser vraiment. Les temps sont durs, vous savez… et nous avons des comptes à rendre ! Même moi, ministre de l’industrie, je ne suis pas à l’abri des régulateurs ! Alors voilà, il faut donner l’illusion d’une récompense, et que surtout personne ne puisse un jour venir démentir.
- Oui Excellence, vous avez mille fois raison Il sera fait selon vos instructions.

- Je compte sur vous, Veilleur. N’oubliez jamais la grande responsabilité qui est la vôtre.
Il faut qu’ils meurent.

- A vos ordres, Excellence.

***

Un peu plus tard encore.

- oui, Commandant, j’ai émis le souhait de vous parler, en effet… merci d’être venu aussi rapidement

- Allez droit au but, camarade Ministre, vous savez combien mon temps est précieux !

- Mes excuses, Commandant … il s’agit du nouveau Veilleur, que vous m’avez envoyez…

- Oui, et bien quoi ? Il ne fait pas son travail correctement ?

- Si si Commandant, loué soit votre discernement, c’est tout à fait l’homme de la situation, mais …

- MAIS ????

- Mais si je puis me permettre … pas plus tard que ce matin, vous savez, après la récompense que j’ai du décerner… enfin, « la récompense », vous me comprenez… et bien…

- Au fait, camarade, au fait, ou je demande à mes régulateurs de vous clarifier les idées !

- Voilà Commandant, j’y arrive !!! En fait… il pose trop de questions. Il semble douter du bien-fondé des ordres que je lui donne, il m’a fallu le convaincre… Je sais qu’il dépend directement de vous, mais n’est-il pas sensé respecter mes directives concernant l’organisation du travail ?

- Bien sûr que si, Commandant, bien sûr … ce que vous me dites là m’étonne… il faudra que j’évalue la situation au plus vite. Je vous tient au courant.

- Merci beaucoup, Commandant.

- Merci pour votre vigilance, camarade-ministre. Le travail bien fait est toujours récompensé, n’oubliez pas !

Quelques minutes plus tard

- Que pensez-vous du camarade-ministre, Vincent ? Parlez franchement.

- Et bien, vous aviez raison… il commence à aimer un peu trop son pouvoir, il parle beaucoup, dissimule encore plus… et n’agit plus trop. En tout cas pour ce que j’en ai vu, c’est loin d’être brillant.

- Savez-vous, Vincent, que pas plus tard que tout à l’heure, il m’a parlé de vous ? Si si, je vous assure ! Il vous a dénoncé, cet admirable fonctionnaire dont vous me dites tant de bien maintenant. Votre curiosité l’inquiète. Il a peut-être beaucoup de défauts, mais il n’est pas bête…

- En effet, Commandant

- Bon … ce que nous allons faire, c’est très simple… nous allons attendre que l’escorte revienne de là où le camarade-ministre l’a envoyée, et vous parlerez au responsable, il vous connaît, j’y ai veillé. Et quand notre « ami » repartira… il n’arrivera pas là où il pensait. Vous me suivez ?

- Tout à fait, Commandant. C’est la solution la plus sage, en effet.

- Et puis, ça aura le mérite de pouvoir désigner un responsable pour toutes ces disparitions de familles entières… parce qu’il y a des rumeurs… et puis on ne peut pas permettre ce genre de rumeurs… le peuple aurait vite fait de nous mettre ça aussi sur le dos ! Non, il partira pour son ministère, et finira devant La Cour.


« Mieux vaut encore la mort que La Cour », pensa Vincent. Mais il n’en montra rien. Il n’aurait pas été bon pour lui que le commandant le voit prendre le ministre en pitié. Pas bon du tout. Vu ce qu’il avait préparé, il ne fallait surtout pas le moindre soupçon.

Il acquiesça donc, et cela parut satisfaire le commandant, qui se leva et sorti. Bientôt, Vincent entendit le transporteur s’activer… et puis l’explosion.

« Me voilà Commandant, maintenant ! »

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15 décembre 2005 4 15 /12 /décembre /2005 20:40
Mais non, Julie, que vas-tu chercher là ? Je ne voulais pas te le cacher, juste… tu comprends, ça aurait tout changé entre nous. Nos bons moments, le moindre regard… ça t’aurait fait, ça NOUS aurait fait, beaucoup trop de mal. Regarde ta réaction, là, même si tu sais qu’il n’y a plus lieu de s’inquiéter ! Moi je te voulais heureuse, j’en avais besoin… Non, j’en suis certain, il valait mieux que je me taise, ça ne nous aurait rien apporté de bon.

Tout partager, dis-tu ? Pouvoir se préparer ensemble ? Mais j’ai tout partagé avec toi, tout ce qui compte ! La vie !!! Et tu crois vraiment qu’on peut se préparer à… ça ? Mais j’avais tout prévu, ne t’inquiète pas… seulement je n’avais pas envie d’y penser en permanence.

Tout ce que je voulais, c’était te protéger… et passer mes derniers moments avec toi, heureux, sans traitement de faveur, sans être traité en malade… une vie normale, encore un peu.
Et puis là il a fallu que tu tombes sur ce papier alors que… oui tu vois, une erreur, je n’ai jamais été malade … quelle bande de cons !
Enfin tu vois, tout est bien qui finit bien, non ?

Ah, tu veux divorcer tu dis ?
C’est une blague ? Non ?
Ah

Non je ne suis pas surpris. Mais toi tu vas l’être.
J’avais tout prévu, regardes : tu n’as qu’à signer là.
Ne t’en fais, tu n’es pas lésée, je te laisse la maison, la voiture, …
Mais réfléchis bien.

Ok, je vois que tu es sûre de toi.
Moi aussi.

Maintenant si tu permets, je vais retrouver Valérie. Oui, ta meilleure amie. Si présente ces derniers temps. Elle restait près de moi comme elle pouvait. Elle comprenait que je veuille te partager mon dernier souffle.

Comme tu ne veux pas des suivants, ils seront pour elle.

Adieu.

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12 décembre 2005 1 12 /12 /décembre /2005 09:21

Une version courte de ce texte (environ 1500 caractères) est publiée sur le site fulgures.com . Intéressés ? courez la découvrir !

 


 

Ton train était à nouveau retardé.

 
Je ne dirais pas que la première annonce avait été accueillie avec indifférence dans la gare. Plutôt avec résignation. Depuis quelques mois, de plus en plus de trains étaient ainsi retardés. Les temps étaient durs, les contrôles se multipliaient. On ne pouvait pas vraiment en blâmer le gouvernement.

Certains affirment pourtant que ce n’est pas bon signe, que nos libertés seraient menacées. Mais outre que s’ils disent vrai, ce n’est pas très prudent d’en parler trop ouvertement, de peur que les régulateurs – c’est ainsi qu’on appelle la police d’état, désormais - entendent et… procèdent, je ne suis pas suffisamment intéressé par la politique pour avoir envie d’y penser.

 
A la première annonce, j’avais commandé un café et un journal dans la zone « attente » de la gare. Depuis que seuls les passagers avaient accès aux voies, et les familles / amis relégués avant les points de contrôle, comme dans les aéroports, les gares étaient devenues incontestablement plus confortable, les gens bien au chaud dans une grande salle avec autant de sièges que nécessaires, des buvettes et snacks automatisés, un système d’achat de journaux électroniques ou de location de musique, à lire sur nos consultateurs personnels… une attente tout confort, peut-être comme le disaient certains pour nous faire oublier la réalité actuelle des transports. Et il faut reconnaître que ça marchait plutôt bien. Sauf quand une deuxième annonce de retard tombait.

 
Toutes les personnes en attente devant s’enregistrer par numéros de trains à l’entrée de la gare, les régulateurs surent immédiatement qui venir chercher. Ils nous escortèrent vers la « zone spéciale » immédiatement ouverte pour ton train. La tension était palpable cette fois, et mon cœur suivait l’accélération du rythme. Mais surtout ne pas s’énerver, crier, faire quoi que ce soit d’aussi stupide, non. Pas envie d’être amené ailleurs, comme ça arrive si souvent …

 
Nous avons attendu pendant plusieurs heures, sans nouvelles. La durée ne voulait rien dire, on avait parfois vu des trains retardés de plusieurs jours. C’est pour ça qu’il y avait des couchettes, en zone « spéciale ». Et tout le confort aussi.

 
J’espérais encore que ton train arrive. Et que tu sois toujours dedans. Ce ne serait bien sûr pas le cas pour tous les passagers. Pas après deux annonces.

 
Pendant ce temps, les régulateurs procédaient à des interrogatoires « de routine ». Ce n’est que quand j’ai remarqué que certains d’entre nous ne revenaient pas que j’ai compris.

 
L’annonce est tombée finalement. Train annulé.

 

 

Longtemps après, les régulateurs ont laissé repartir ceux de nous qui restaient. Je suis rentré, écrasé de douleur, n’ayant pas tout de suite conscience d’être suivi. Il m’a fallu plusieurs jours pour décoder les signes. De vrais pros. Qui se cachent de moins en moins au fil du temps.

 
Je ne sais pas ce qui va m’arriver maintenant. À vrai dire, je m’en moque. Tout ce que j’aimerais, c’est que ça vienne vite.

 
Et pour ce que j’en vois, je ne vais pas être déçu…

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