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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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11 avril 2004 7 11 /04 /avril /2004 10:52
Ce texte a été construit dans le cadre d'un thème d'atelier d'écriture, autour de deux images de Laurence de Sainte-Maréville... Pour voir ces images (et la présentation du thème), cliquez ici


- Nous passions des portes que tu m'indiquais de la main. Parfois ce n'était pas les bonnes, quand la salamandre avait envie de jouer. Nous passions des portes que tu ressentais et m'indiquait comme tu le pouvais, et je nous guidais. Nous n'étions pas nous mêmes, marcheurs anonymes, ombres coagulées, entre vieux film en noir et blanc et vidéo nucléaire, 24 champignons à la seconde, toujours trop loin derrière nous ; nous passions des portes, obstinément en mouvement, refusant de finir inscrustés dans les rochers, comme d'autres sur des murs. Nous n'allions nulle part qu'ici, mais feignions de l'ignorer. Les portes n'étaient qu'un cadre au milieu de la route, même moins, un mirage. Mais tu les sentais, toi qui ne voyait plus depuis longtemps déjà, toi qui ne pouvait plus que sentir les maléfices qui nous poursuivaient, et qui ne manqueraient pas de nous détruire vraiment si nous ne passions pas ces portes. Tu les sentais et je les voyais pour deux. Il le fallait.
Et nous les passions.
C'était un ailleurs effrayant. Mais c'est ici aussi.

Juste aujourd'hui vu d'hier.

- Et maintenant ?

- Toujours trop de portes ... et pas assez de chemin ...

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6 avril 2002 6 06 /04 /avril /2002 10:47
Claire,

Cette lettre sans doute te fera un peu mal. Beaucoup penser à nous. Trop de choses que je ne peux pas savoir, je ne suis ni dans ta tête ni dans ton coeur, c’est ce que tu me répétais toujours, et que ça n’excusait pas tout … tu n’as jamais compris que je n’étais pas mieux dans ma tête sans toi que hors de la tienne dans tes colères.

Cette lettre donc, pour t’inviter à me suivre une dernière fois, après quoi puisque tu n’es pas revenue, puisque déjà un mois, je te laisserai vivre sans moi cette vie que tu t’es choisie, et qui te va si bien, d’après nos amis communs …

J’aimerais seulement que tu te souviennes avec moi des moments passés dans ce train qui nous ramenait chez nous après le week-end. Le thalys Paris-Bruxelles. Tu dormais simplement sur mon épaule, ou nous parlions. Rappelle-toi.
Souviens-toi aussi que je t’aimais, comme je t’aimais … autant que tu m’aimais je crois …
Tu me disais que tant que ce train suivrait ses rails, rien ne nous séparerait, jamais … un serment entre lui et nous.

Tu disais tellement de choses, et finalement aujourd’hui, regarde-nous : nous avons déraillé, et le train a continué. Ce week-end nous l’aurions pris, sans doute. Mais tu es partie


Je voulais seulement partager une dernière fois avec toi ces souvenirs simples d’un couple heureux. Souvenirs qu’il va me falloir balayer si je veux continuer. C’est ce que le psychologue m’a dit la dernière fois. Comme si on pouvait évacuer 10 ans juste comme ça … rien qu’en le voulant très fort …
Mais je crois que j’ai trouvé un moyen d’en sortir. Logique. Tu me comprendras j’en suis sûr.

Je te demanderai une dernière chose, et c’est exactement la bonne heure pour ça. Je t’ai fait porter cette lettre spécialement à 19h40, c’était voulu. Il doit donc être maintenant 19h55 (je te connais bien tu vois … respirer l’enveloppe, l’ouvrir délicatement … déplier la feuille sans la froisser … prendre ton temps pour chaque mot …).

Simplement allume la télévision et regarde le journal. Tu liras l’autre page après.



Je ne sais pas quand tu liras ces lignes. Mais sans doute tu as compris.

J’ai simplement pris le train, comme toujours.

Un serment, ça ne se trahit pas.

Je sais, c’est terrible pour les autres passagers, leur famille… mais de toute façon le train les aurait trahis eux aussi, un jour. Ils étaient condamnés, déjà.

J’ai écrit une lettre pour la police, alors ne t’inquiète de rien. Tout est en ordre.


N’oublie pas que je t’aimais. Je t’aurai aimée jusqu’au bout de la voie.


Ce texte a été révisé le 29/06/2006

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20 février 2002 3 20 /02 /février /2002 10:42
J'attends la pluie, et elle ne revient pas.

Comme tu adorais cette eau, tes jeux dans l'herbe où tu m'entraînais jusqu'à la folie au bord de nous, soudain seuls... Tu l'adorais quand elle nous lavait du monde, pour nous rendre à la Vérité.

Mais aujourd'hui il ne pleut plus. Et j'attends.

Comme je t'ai attendue, ce soir-là... comme je continue, machinalement me disent certains. Tu n'avais pas choisi cette fin au roman. Ainsi, ce sont les autres encore une fois qui nous auront salis.

J'attends la pluie qui lavera tout, et révèlera nos bras. Mais elle ne revient pas.

Seulement à l'extérieur. Là, dehors, derrière la vitre sur la pelouse. Mais il y a de la boue sur mes chaussures, et plus rien n'est un jeu. Tu n'es pas là pour faire entrer la pluie jusqu'à l'âme.
Ce n'est que de l'eau.

Pas la vie.

J'attends la pluie qui te ramènera. Tu n'es pas revenue.
Moi non plus.

Je ne suis plus qu'en transit entre ces murs. Devant cette pelouse. Et mes yeux voient ce qui n'existe plus.
Les médecins n'ont pas tort, tu le sais trop bien.

Mais comme je m'assieds, là, devant la vitre, en attendant la pluie, ça n'a plus la moindre importance.

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12 novembre 2001 1 12 /11 /novembre /2001 10:40
Jamais on n'a vu un oiseau scier la branche sur laquelle il était posé. Même s'il le pourrait sans risques, juste à déployer ses ailes et s'envoler ... D'abord, un oiseau, ça n'a pas de quoi tenir une scie (et qu'on ne me parle pas du pivert) ... ensuite, ce n'est simplement pas dans sa nature.

Pourtant elle, tellement aérienne, s'est envolée. Et j'ai bien senti tomber la branche.
Je suis encore à terre.

Peut-être, me direz-vous, était-ce un chat, coincé là-haut dans cet arbre hostile, qui choisit la branche la plus accueillante, mais aussi, malheur, la plus fragile.
Un chat, ça retombe toujours sur ses pattes. Tant pis pour la branche.

Elle miaulait, avant. Là, je suis griffé jusqu'au sang, même le coeur en saigne ... une vraie chatte ... mais l'image ne me plaît pas.

Je joue un peu avec celle d'une guenon, passant de branches en branches, et que lui importe que l'une ou l'autre casse derrière elle ? Un animal souple, agile, rapide ... mais laid.

Elle était très laide dedans. Je ne le savais pas.


Drôle d'animal, vivant plus que neuf vies en sautant d'un artifice à l'autre, piégeant sa victime autant par le ramage que par le plumage, et finalement, déployant ses ailes pour ... disparaître dans un voile de secrets ... oui, plutôt comme un tour de magie qu'un envol.


Au fond elle ne doit pas être plus heureuse que moi. Mais ça ne m'aide pas.


Je range la literie éparpillée. Je vide ses boîtes de mes armoires. Elle a même laissé quelques colliers, un pelage dans la penderie, et quelques poils longs et doux.
Je joue machinalement avec sa brosse ...
Je jetterai tout dès que j'aurai la force.


J'étais, disait-elle, solide comme un chêne.
Me voilà saule pleureur.

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6 décembre 2000 3 06 /12 /décembre /2000 10:34

Rythme lancinant des pulsations. 160 à la minute, en augmentation. Cette fois-ci, je pense bien qu'ils vont le perdre. Je les sens qui s'affairent, comme toujours. Injections en chaînes, déjà on apprête le défibrillateur. Ils ne peuvent admettre avoir perdu la partie. Mais je dois l’avouer, ils se seront bien battus. Ils ont failli réussir cette fois.

A l'intérieur je me débats contre leur chimie. C'est un jeu d'enfant. Le cœur commence à fatiguer, l'oxygénation montre des signes évidents de dysfonctionnements ... ils viennent sans doute de lui mettre le masque à oxygène, j'ai cru percevoir une amélioration. Peu importe, c'est toujours insuffisant.

Je n'ai rien contre cet homme, absolument rien. Son heure n'était pas arrivée. Mais à cause d'eux, il a bien fallu que j'intervienne. En haut, on se faisait du soucis. Alors je suis entré en jeu.
D'habitude je tue les cellules par petites poignées ... là, j'ai du y aller à l'excavatrice ...

C'est que ce n'est pas simple de tuer un être humain en pleine santé.

Mais voilà. 180 maintenant. Toujours en augmentation. Ils ne comprennent pas, ils continuent à tout essayer. Et ils me donnent du mal. Mais le plus dur est fait. Encore un petit peu et ...
voilà ...

Fibrillation.

Tout de suite un premier choc et le pouls repart.
Trop vite.

Moi je m'active. Il s'agit de ne pas faire d'erreur cette fois.
Parce que ce n'est pas la première fois que j'essaye, pas la première fois que je suis à deux doigts de réussir. Alors cette fois, ne pas vendre la peau de l'ours.

Deuxième arrêt cardiaque.
Deuxième choc.

Cette fois, ça ne repart pas.

Bon signe. Mais je continue encore, plus vite, toujours plus vite. Des fois que ça repartirait quand même.

Bonne intuition. Au 3ème choc, ça repart. C'est qu'il est vraiment bien accroché, cet homme !

42 ans, race blanche, 1m78, 65 kg, ne fume pas, ne boit pas, fait du sport, alimentation saine, pas de cholestérol, aucun problème cardiaque, aucun problème d'anévrisme (ils ne le savent pas, mais moi si). Aucuns problèmes liés au stress, tous les organes en parfait état.

Le client énervant.


Il me fallait pourtant provoquer un problème suffisant pour qu'il aie recours à la chimie. Et j'ai réussi. Quelques perturbations cérébrales (c'est tout ce que j'ai pu provoquer facilement, parce qu'en plus le système immunitaire étant ce qu'il est, impossible même en l'aidant de voir un virus s'implanter), de gros problèmes de mémoire.
Et monsieur a évidemment pris des médicaments.

Bénis soient les effets secondaires !

Je n'ai eu qu'à les amplifier (problèmes à l'estomac et au foie), et le résultat : après une lente dégradation, tout lâche.

Deux minutes que le cœur s'est arrêté à nouveau. Ils continuent à choquer mon client. Un dernier sursaut du cœur, mais là, il ne faut pas rêver.

Je l'ai eu. Mission terminée.



Plus de 41 ans de « sommeil »(observation constante, néanmoins, plus deux fausses alertes mais c'est courant). Puis voilà que contre toute attente, en haut, ils se sont inquiétés.

Pensez donc ! Mon client, comme 99 autres patients, était subitement au cœur d'un vaste programme de recherche sur l'immortalité humaine.
Mes 99 collègues ont eu plus de chance que moi. Sujets moins robustes. Tous enterrés déjà.
Mais le mien ... ils ont failli réussir.

Heureusement que le Destin veille. Heureusement que ses agents ont des moyens d'actions puissants.

Je suis la Mort. Pas ce personnage que l'on voit dans les films habillé en moine avec une faux, quoi que j'aime me représenter ainsi, parfois, au moment de tuer une cellule. Non, juste la mort personnelle de David Leitz. Un parmi des milliards de milliards. Je ne connais pas le décompte exact.
A chaque être vivant, à chaque microbe, virus, bacille, la sienne. Je suis moi même à la tête d'un détachement qui investit les cellules dès leur naissance et leur impose leur cycle de vie.
Ce ne sont que des exécutants. Je peux par leur aide accomplir à peu près n'importe quoi. Je dis "à peu près", parce que l'organisme a des défenses.
Du genre à expulser mes subordonnés des cellules investies si le système immunitaire détecte une destruction massive de cellules.

Je ne peux m’empêcher d'admirer le système de défense.


Donc je suis la mort de cet homme que j'ai appris à aimer, en 42 ans. Renforçant mon emprise sur lui entre chaque battement de son cœur, entre l'expiration et l'inspiration suivante, j'ai appris tout ce qu'il y avait à savoir sur lui. J'ai décodé le flux électrique cérébral, et rien de ses pensées, de ses rêves, de ses émotions, ne m'a échappé. J'ai vu par ses yeux, goûté par sa bouche. Par lui, j'ai vécu.

C'est la première fois que j'ai un tel pouvoir. Avant je n'étais moi-même qu'un exécutant.

Je n’ai pas eu le temps de me lasser.

Mais voilà que ma mission s'achève. Je sais déjà qu'en haut ils trouvent que je m'en suis bien tiré. Que je suis sous-exploité à ce poste. Dommage, c'était vraiment grisant.
Mais si à chaque échelon cela s'améliore, qu'en sera-t-il de ma prochaine mission ?



Lentement je quitte le corps que je viens de tuer. L'âme est avec moi, comme toujours. Nous sommes indissociables jusqu'à sa réaffectation, après le Jugement.

Je suis sa mort et je suis sa conscience.
Il n'a rien pu me cacher, je n'ai rien oublié.

Je serai son accusateur et son avocat, puis je serai moi aussi réaffecté.


Cette âme qui était David Leitz est surprise de tout. D'exister encore, de me voir sortir du même corps que lui ... heureusement qu’il ne voit pas mes troupes s’échapper tout autour de nous, dans ce scintillement de lumière, entités miniaturisées dont certaines, je le sais, vont être nommés, comme moi en leur temps, et vont grandir aussi.
Heureusement qu’il ne les voit pas. Il y a déjà eu des âmes perdues pour moins que ça. J’avoue un mauvais timing pour la sortie du corps.

Mais ce n’est pas le moment de perdre le fil.

J’éclaire peu à peu à mon client. Sans un mot. Plus besoin de parler à ce niveau de
conscience, le flux passe entre lui et moi, et voilà qu'il s'apaise.
J'ai fini de réactiver en lui cette mémoire que j'avais inhibé lors de mon implantation dans son corps. Il sait tout du Jugement et de ce qu'il peut advenir ensuite.

Ensemble nous montons.

C'est loin d'être fini mais ça, il ne s'en doute pas.

Dans son cas précis, la tentation de l'immortalité va peser lourd dans la balance...

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