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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 20:47
C'était à Paris, ou à Pékin, je ne sais plus. Le soir, au fond d'une chambre d'hôtel sordide, toutes les villes se ressemblent. Il y avait cette femme, dont j'avais croisé le regard. Elle n'était pas dans cette chambre, mais c'était tout comme. Elle était partout, absolument partout. Dans cette chambre, il n'y avait que moi, et ma plume qui courait sur le papier, comme souvent quand je veux me libérer d'une mission particulièrement intense. Mais il n'était question que d'elle, évidemment. C'était pareil que dans les cinq villes précédentes. Quand tu voyages, tu emportes forcément tes démons avec toi. Ils mettent un peu de temps à s'adapter aux nouveaux décors, mais ils finissent toujours par se réveiller.

Ce soir-là, dans cet hôtel, ils faisaient la fête comme jamais.

C'était à Paris, ou à Pékin... qu'importe. Une ville de plus dans la liste, et c'est tout. Je ne voyageais que pour affaire, avant. Là, j'étais désoeuvré. Je restais dans la chambre, je descendais seulement pour acheter à manger au petit snack à côté... Le patron ne me remarquait plus, je faisais déjà partie du décor. Pourtant je ne devais pas être là depuis si longtemps... je ne sais plus. Le temps s'écoule différemment depuis qu'elle a croisé mon regard, ce jour lointain.

J'étais désoeuvré, pour la première fois de ma vie. C'était je ne sais plus où, je m'en fous. C'était n'importe où mais pas là où elle était, avant que nos regards... Là où elle n'était plus de toute façon.

Ce n'était pas le début de l'histoire. Au début elle a tourné la tête et m'a regardé, vraiment. J'étais loin pourtant, et je ne faisais déjà plus qu'un avec ma mission, plus qu'un avec la machine que je suis quand je travaille. Nos regards se sont croisés, là, dans mon viseur, elle n'a plus bougé et a regardé, fixement, un demi-sourire naissant sur son visage. Irrésistible et hors de propos. J'ai baissé les yeux, juste un clignement, mais le charme était rompu. Restait l'arme dans l'alignement, mon doigt sur la gâchette, mes yeux pour confirmer qu'elle n'avait pas bougé d'un millimètre. Mon doigt a donné l'ordre, l'arme l'a exécuté. Je n'y étais plus. Je ne faisais plus corps avec la mission, mais avec elle, qui m'avait donné ce regard, ces secondes immobiles qui semblaient appeler la balle. C'est moi qui l'ai prise dans le coeur.

L'arme n'avait pas bougé, ni mon doigt ni elle. Pourtant je l'ai ratée. Elle n'a pas bougé, alors que tous détalaient autour d'elle. Elle n'a pas bougé, me regardait, son sourire s'élargissant. J'ai doublé, triplé le tir. J'ai fini par toucher. Le coeur n'y était plus, mais les réflexes si.
J'ai touché, elle est tombée. Je suis parti.

Je suis parti avec elle. Berlin, Munich, Londres, Agadir. Puis Paris ou Pékin. Elle a tout vu par mes yeux, a tout vécu à ma place. Je n'ai rien vu, rien ressenti, plus rien depuis que j'ai croisé son regard. Juste le froid qui progresse, là, à l'intérieur, et son sourire qui s'élargit, s'élargit...

Mon employeur me fait rechercher. Peu importe qu'on me trouve, ce n'est pas ce que je cherchais à fuir. J'ai décidé que je ne bougerais plus, ça ne sert à rien. Paris ou Pékin sont deux bons choix pour mourir, et puis je suis déjà mort je crois.

Pas elle.

Elle je ne l'ai que blessée à l'épaule et au ventre. Elle s'en est tirée. On lui a demandé pourquoi elle n'avait pas bougé, ce qu'elle avait vu. Elle n'a rien dit. Son sourire de survivante s'affiche dans tous les journaux, a fait l'ouverture de tous les journaux télé. La sénatrice miraculée. L'héroïne moderne.
Elle n'a rien dit alors qu'elle savait tout. Elle avait su où regarder, donc elle avait tout compris. Mon employeur voudrait comprendre, mais je n'en sais pas plus que lui. J'ignore si elle voulait mourir, ou si elle a fait tout ce qu'il fallait pour avoir un bon coup de pub. Mais elle ne pouvait pas savoir que son regard ne me quitterait plus. Ou bien ... ?

Je ne sais plus.

A Paris, ou peut-être était-ce Pékin, ça ne changeait déjà plus grand chose de savoir pourquoi ou comment. La dernière question, c'était quand. Je ne me la posais pas. Ils seraient bientôt là, en bas, juste devant la fenêtre où j'avais placé mon bureau pour écrire. Ils seraient là, à attendre que je sorte.

Par une nuit claire, je sortirais pour les rejoindre, et me séparer à jamais de son regard, oublier celle qui m'a tué.

Une balle pour chacune de celles qui ont raté leur objectif, ça ne serait que justice.



Je croyais m'en sortir ainsi. A bon compte finalement.

Mais ce n'est pas arrivé.

Mon employeur a cessé de me faire chercher. J'ai fini par changer de ville, encore, pour ne plus juste attendre, mais disparaître.

Rien n'a changé. Il n'y a toujours qu'elle, partout. Et je ne ressens que la brûlure de son regard, l'absurdité de lutter. Je ne ressens qu'un vide. Je m'y plonge sans réserves.

Je retravaille à mon compte, mais quel que soit l'objectif, je ne fais que passer. Plus jamais je ne fais corps, plus jamais je ne ressens. Je n'échoue plus, mais aucune victoire non plus. En cela comme dans tous les aspects de ma vie, je ne fais plus que passer.

Je n'existe que pour elle. Ce n'est que justice.

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 20:03
La rentrée se profile à l'horizon, telle un nouveau départ... en tout cas c'est ainsi que j'aimerais la voir en ce moment. C'est dans cette optique que j'ai envie de lancer un nouveau projet, peut-être un peu démesuré, mais qui, pourquoi pas, pourrait fonctionner. Mais pas sans votre aide.

Je me propose de publier à partir de la rentrée (ou plus tôt ou plus tard, selon vos réactions à ce message) au minimum un texte par jour composé à partir d'une liste de mots. J'essayerai si possible de prendre de l'avance dans l'écriture, mais jamais plus de 15 jours d'avance, pour que les textes publiés gardent une certaine fraîcheur, et pour m'obliger à continuer à écrire.

Le projet continuera tant que j'aurai des listes pour écrire, et que je parviendrai à publier au moins un texte par jour sans aucune interruption.

Pour m'aider, une seule solution : laissez-moi vos listes de 10 mots (environ. J'accepte de 8 à 12, mais 10 c'est mieux) en commentaires de ce message. Elles seront reprises avec un numéro et votre nom (et le lien vers votre blog) dans le suivi du projet, et à chaque texte publié sera associé l'ensemble des informations. Vous pouvez envoyer plusieurs listes en même temps, ou du moins sans attendre. Je me constitue une réserve (par sécurité) pour pouvoir lancer le projet.

Je ne peux pas garantir que j'écrirai sur toutes les listes que vous me proposerez. Mais pour me donner un maximum de chance, voici quelques indications sur ce qui est le plus susceptible de fonctionner :

- ne réfléchissez pas trop, prenez ce qui vous vient sans chercher à compliquer ou me tendre des pièges, c'est encore ce qui fonctionnera le mieux pour vous comme pour moi :-)

- Pas d'exercice de vocabulaire. Je ne suis pas contre des mots anciens, peu employés, recherchés, mais une liste entière ainsi est difficile à gérer, autant pour moi que pour le lecteur après. Personne n'aime les notes de bas de page, pas vrai ? ;-)

- et sur le même principe... pas de mots trop "plats" non plus, ceux-là je suis capable de les trouver seul ;-)
 
- Evitez une liste entière de mots commençant par la même lettre, ou finissant par le même son. Je ne recherche pas l'exercice de style. D'ailleurs vous non plus ! Vous préférez il me semble quand les mots semblent "non imposés" dans le résultat final. Dur à faire quand la contrainte a été rendue visible...

- Les noms propres ne sont pas interdits. Mais pas plus d'un (ou deux) par liste svp... je n'écris pas un manuel d'histoire ou une biographie, heureusement pour vous ;-)

Sur base de vos listes, je "jouerai" avec les règles habituelles :

- usage obligatoire de tous les mots

- les singuliers peuvent devenir pluriels éventuellement (sauf mention contraire), les pluriels restent pluriels quoi qu'il arrive.

- les masculins peuvent devenir féminins et inversément (sauf mention contraire) mais je n'en abuserai pas

- les verbes à l'infinitif peuvent être conjugués. S'ils sont conjugués, ils sont employés tels quels.

Je vous tiendrai au courant au fur et à mesure des commentaires reçus de l'avancement du projet, et de la date de début des publications.

Merci d'avance !!!

Amicalement
Michel - Faux rêveur

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 16:08
Ecrire liberté sur le bord d'une plage, c'est déjà avoir la liberté de l'écrire. Même si la mer efface ce mot : la liberté demeure.

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20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 13:13
En réponse à la liste de mots qu'elle m'avait proposé et qui a fait naître "Diane", j'ai proposé à mon tour ce matin une liste de mots à Claire Ogie, curieux de ce qu'elle pourrait en faire. Elle en a fait le texte ci-dessous, auquel elle demandait une suite dans l'heure. Chose fut faite (mais sans respecter ses consignes je le crains), en commentaires de son texte, et je recopie ici le résultat.
N'oubliez pas d'aller commenter le texte directement chez Claire, elle le mérite. Pour ce texte je lui dois tout.



C’était écrit. Ils devaient se rencontrer. Après un coup de foudre, ils ne pouvaient l’ignorer. La violence des sentiments qui les avaient conduits là, ne pouvait être balayée d’un revers de la main. Telles les prédictions d’un mage, ils empruntaient, ils suivaient scrupuleusement le circuit qui leur était tracé. Quelle prétention pourtant. Comment croire en son for intérieur à la réalité d’une telle situation ? Ils ne savaient donc pas encore que la passion se moque bien des idées toutes faites ?!

Fred était d’un âge qui se croyait à l’abri de tout chamboulement amoureux. Il se pensait hors d’atteinte. En fait, il se languissait silencieusement de l’amour…

Myrtille était bien plus jeune, d’une autre génération, et se croyait inaccessible. Pas imbue d’elle même, non, tout le contraire, persuadée de n’intéresser personne.

Le problème du fossé des générations, qui la veille les taraudait encore, n’était plus qu’un ancien souvenir, une sorte de fanion qui flottait au loin avant de disparaître complètement de l’horizon.

Fred avait dû braver la tempête pour rejoindre sa belle. L’entourage s’était parfois montré contraignant devant la naissance d’une telle relation. Myrtille l’avait sagement attendu, l’encourageant sans cesse.

Au creu de leur lit, ils pouvaient enfin donner libre cours à leur tendresse, leurs caresses, leur amour…



Il s'aimèrent sans violence, ignorant les heures, les semaines, les années qui passèrent. Ils ne vivaient que l'un pour l'autre, lancés à toute vitesse sur le circuit de leur vie commune. Ignorant aussi de ceux qui prétendaient qu'il l'avait séduite seulement pour le plaisir de la conquête, pour ajouter un fanion à sa collection, ou qu'elle recherchait dans son âge un père plus qu'un amant, une situation plus qu'un couple.

Ils continuèrent à s'aimer, malgré les nuits de veille silencieuse d'après disputes, malgré le fossé souvent si proche et qu'on ne peut éviter qu'à deux. Ils continuèrent, à force de caresses, d'attention, de surprises, de regards échangés plus forts que tous les sortilèges d'un mage. Ils continuèrent cette vie, imbue d'elle-même d'après ceux-là qui ne voulurent jamais y croire. Et n'avaient-ils pas des raisons d'en être fiers, en effet, quand la liste des obstacles dépassés ensemble était maintenant assez longue pour un annuaire ?

Ils continuèrent, jusqu'au bout de leurs souffles.

Et il y a fort à parier que, là-haut, ils continuent encore...

Michel - Faux rêveur

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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 18:55
C'est l'histoire d'un coucou tout usé dans une vieille horloge. Nul ne sait comment elle fonctionne, ni comment elle a pu survivre aussi longtemps, mais toujours est-il que le coucou, à heure fixe, continue de marquer le passage du temps, meublant un peu cette maison à vrai dire trop grande pour ses occupants.

Mais un jour on s'avisa que le silence régnait depuis trop longtemps dans la maison. Ce n'était pas normal, quelque chose manquait.
Et en effet, le coucou s'était tu.

Cela plongea la famille dans la tristesse.

On fit venir un réparateur de coucous, grand spécialiste, un des derniers du genre, qui demanda à rester seul un instant avec le petit oiseau mécanique ... « des fois qu'il aurait encore la force de dire quelque chose ».
On ne contraria pas le spécialiste, et toute la famille se retira.

Peu de temps après, l'homme revint en annonçant que le coucou avait demandé à ne pas être réparé ... lassé depuis si longtemps de lancer son « coucou » enjoué en espérant une réponse qui ne venait jamais.

On répara quand même le coucou (le spécialiste avait trop besoin d'argent pour faire la fine bouche). On lui fit promettre qu'à l'avenir, on lui répondrait.

Et en effet des efforts furent faits, et tout était pour le mieux.

Mais un jour, naturellement, tout redevint comme avant. Et une nouvelle panne survint.
Alors on fit revenir le réparateur.

Le verdict évidemment fut le même. Mais, comme la fois précédente, on le contraignit à réparer le coucou. Ce qu'il fit, en promettant de nouveau que tout irait mieux.

Et le coucou fonctionna une nouvelle fois. On lui répondit. Et tout était pour le mieux.

Mais peu après cet unique fonctionnement, à la stupeur générale, ce fut l'horloge qui s'arrêta. Comme le réparateur de coucous connaissait un peu ce modèle, on le fit venir aussi.
Il prit son temps cette fois pour établir son diagnostic, et délivra finalement les conclusions suivantes :

Après concertation avec le coucou, l'horloge avait choisi d'arrêter les battements de son coeur mécanique, pour que le coucou vive éternellement cet instant parfait, où il avait été aimé de tout le monde.

Malgré tous les efforts qui furent faits (contre payements), on ne put jamais réparer l'horloge, qui fut finalement remplacée par un modèle à pile, faisant « coucou » grâce à un mini haut-parleur incorporé. Personne ne prit jamais la peine de lui répondre.

Jamais ce coucou-là ne s'en plaignit.

16/07/2001



Si l'on y met assez de moyens, on finit toujours par obtenir ce qu'on voulait. Mais selon les moyens employés, ce peut ne plus être exactement ce que l'on voulait au départ.

Recevoir n'est pas prendre.


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