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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 13:41
il ne faut pas pleurer d'avoir perdu la lune, car les larmes t'empechent de voir les étoiles.

Proverbe chinois
avec mes remerciements à Yara
pour me l'avoir fait connaître
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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 08:54

Aujourd'hui 17 juin. Une nouvelle journée qui commence, sous un soleil qui a cessé depuis deux semaines déjà d'être insolent. Je l'accueille avec plaisir au réveil, à travers mes volets mal fermés.

J'avais oublié combien la vie peut être belle, et si simple, quand personne ne vous pourchasse. 

J'ai encore dû changer de nom. Mais ce n'est pas la première fois. Je m'appelle Richard Banford, à en croire mes papiers d'identité… avant c'était Anthony Sorel. Avant… peu importe. Seul compte le moment présent.

Inutile de repenser au passé, à moins de vouloir repenser aussi à…

Non non, c'est de l'histoire ancienne maintenant...

 
Aujourd'hui 17 juin, j'ai un entretien pour un travail de livreur dans une société de ventes par correspondance. Tout ce qu'il me faut. Ca n'a rien de passionnant, j’avoue. Mais ça serait mon premier vrai travail depuis longtemps. Tout ça à cause…

Ne pas y penser.



 Le temps de me préparer et me voilà dans la rue, bordée d'arbres aux feuilles éclatantes de santé. Pas l'ombre d'une voiture en vue. J'ai eu de la chance de trouver cet appartement.

Je croise quelques voisins que je salue avec un sourire. Ca ne coûte pas cher de se faire apprécier. Puis on ne sait jamais, ça peut toujours servir. Je n'aime pas les gens, mais je sais leur faire croire le contraire.

J'arrive au métro. Là, c'est déjà la cohue. J'entre. Une rame dans deux minutes, j’attends patiemment.
Je me sens bien dans ma peau, vraiment. Moi qui n'aime pas la foule, me voilà en train de sourire pourtant, le cœur léger. Décidément, la vie est belle.

Je me faufile jusqu'à une place libre et m'installe. Je n'ai pas oublié de prendre un livre. La clé de la réussite en toute chose est d'avoir l'air de ne pas faire attention aux autres. Comme ça, ils ne se sentent pas agressés.

En fait, je ne lis pas, je fais juste semblant. Je n'aime pas la foule alors je me méfie. Je ne rate pas un geste, un regard, une attitude.

Mais tout va bien aujourd'hui. J'arrive même à lire réellement.

J'ai avalé deux pages au moment où le métro s'arrête à la 6ème station. Je relève la tête pour regarder monter les passagers.

Et là tout bascule.



Des yeux d'un bleu profond se posent brièvement sur moi. Trop brièvement peut-être pour qu'on puisse en déduire quelque chose, mais je sais ce qu'il en est. Le même éclat dans le regard. C'est elle.

D'habitude elle préfère les yeux verts, mais peu importe, il n'y a pas de doutes. Je suis passé maître dans l'art de la reconnaître. Depuis le temps.

Je dois lui concéder qu'elle sait choisir des visages, des vêtements, des façons de se mouvoir, totalement différents à chaque apparition. Et elle a du goût. Jamais vulgaire, jamais quelconque. Coiffure impeccable. 1m65. Elle déteste les chaussures à hauts talons, n'en porte jamais. Elle préfère les vêtements simples aux tenues trop tapageuses. Des couleurs unies, chaleureuses, qui mettent en valeur son sourire si franc, et cet éclat dans le regard.
Ce même éclat, et cette façon de sembler ne pas faire attention à moi, alors qu'en moins d'une seconde elle a fouillé mon âme …

Tu peux te déguiser autant que tu voudras, ma belle. Je te reconnaîtrai toujours.

Je balaye du regard l'espace qui me sépare de la porte la plus proche. Je perçois son regard sur moi à nouveau, fugitivement. Il faut que je trouve une solution, vite.

Deux semaines, je croyais bien l'avoir semée cette fois, mais il n'en est rien. Si je m'en sors, il faudra que je prenne encore plus soin de brouiller les pistes la prochaine fois. Une bouffée de rage m'envahit.

Quand donc cessera-t-elle de me pourrir la vie ?

 



Je n'ai pas le choix, comme toujours. Maintenant qu'elle sait que je l'ai vue, elle ne cesse de m'observer à la dérobée. C'est une professionnelle, elle sait comment s'y prendre pour que sa cible ne remarque rien, mais j'ai appris avec le temps à passer entre ses regards, à la prendre par surprise.

A la tuer, aussi.

Je l'ai déjà fait des centaines de fois. Et puisqu'elle veut continuer la traque, puisqu'elle n'en a pas encore assez, alors je vais soigner sa fin tout particulièrement aujourd'hui. Qu'elle s'en souvienne. Qu'elle sache que si je n'y prends aucun plaisir particulier, sa souffrance me tient néanmoins très à cœur.

Il faut que celle-ci soit maximale. Pour qu'enfin elle renonce.

 



Le métro s'immobilise à la station.

Elle se lève, continue à faire semblant de ne pas me voir, tout en scrutant (un millième de seconde tout au plus) ma réaction. Puis, elle sort, et d'un nouveau regard furtif, me défie de la suivre.

Comme si j'avais le choix.

Comme si je ne devais pas résoudre le problème à tout prix.


Mais quand même, j'attends la dernière seconde pour débarquer. Pour qu'elle doute.
Puis, je m'engouffre, juste avant que les portes se referment...

14/12/2000 -  24/08/2007

 


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23 août 2007 4 23 /08 /août /2007 21:40
Vous ne pouvez pas empêcher les oiseaux de la tristesse de voler au-dessus de vos têtes, mais vous pouvez les empêcher de faire leurs nids dans vos cheveux.

Proverbe chinois
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23 août 2007 4 23 /08 /août /2007 18:40
Ce ne sont pas les choses sans grande importance qui manquent, mais ça n'empêche pas un homme d'y réfléchir.

Stephen King
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23 août 2007 4 23 /08 /août /2007 14:37
Voilà ma contribution au Jeu " Début & Fin" lancé par Kildar, auquel Claire Ogie et lui ont également participé. Leurs textes sont accessibles sur leurs blogs respectifs, et via la communauté "Ecriture ludique" (voir le module "Communautés", dans la colonne de gauche).
Les phrases en gras (début et fin du texte) sont imposées par l'exercice


La Mort en ce jardin était venue propice,
et restait sur sa faim au bord du précipice...

Kildar

La pièce avait un haut plafond victorien, et il y avait une cheminée de marbre, et un avocatier qui poussait sur la fenêtre, et elle était couchée près de moi et dormait, très belle et blondement.

Je ne sais pas ce que j'avais cru, en la ramenant ici... peut-être que celle-ci serait différente. Mais il n'y avait jamais eu qu'une seule fin à ces rencontres d'un soir, une seule sortie qui me ramenait invariablement sur la même route... Elles n'étaient rien de plus que des accidents de parcours, pour moi du moins. De leur côté, ce n'était que calculs plus ou moins sournois pour arriver jusqu'à moi. Parce que j'avais Le Pouvoir, à ce qu'on leur avait raconté.

Maudit Pouvoir...

Tout espoir était mort depuis longtemps sur cette terre, plus rien d'humain n'y subsistait, seulement des apparences, des zombies se prenant pour ce qu'ils n'avaient jamais été. C'était le territoire des Ombres désormais. Ils auraient dû renoncer, tous, et depuis très longtemps, à ces légendes absurdes qui leur affirmait que ce n'était pas irrémédiable, qu'un jour viendrait où le ciel se dégagerait enfin, où les hommes pourraient reconquérir ce monde autrefois florissant. On racontait même que quelque part, une petite communauté avait déjà commencé le travail... Je ne m'étais jamais demandé ce que devenaient ces êtres, après qu'ils aient croisés mon chemin. D'autres se chargeaient de la suite de leur parcours. Alors pour moi ce n'était que légende... je préférais en tout cas qu'il en soit ainsi.

Mais certains avaient vu les miracles, ou on leur avait raconté. Alors ils n'hésitaient pas à vendre leur âme, ou ce qu'il en restait, pour approcher ne fusse qu'un instant l'un ou l'autre des Passeurs d'Ombres.

Ainsi était-elle venue jusqu'à moi.

C'était un être décharné, aux chairs grisâtres, les yeux injectés de sang, les cheveux entre vert sombre et noir. J'ignore comment elle avait pu réussir à passer les uns après les autres tous les niveaux de ma cour pour enfin pouvoir demander Audience... A vrai dire, je préfère ne même pas imaginer. Il y a des limites à mon goût naturel pour les horreurs de ces temps.

D'emblée elle avait tout tenté pour me séduire, mais j'avais des exigences très particulières, et toute sa répugnance n'aurait pu me suffire.
Moi ce que je voulais, c'était ce qui la faisait encore tenir debout, se croire humaine, cette petite lueur au fond des yeux, si bien dissimulée par les Ombres, et qui ne pouvait se révéler que sous les tortures les plus atroces.
Elle aurait ce qu'elle attendait de moi, ce qu'elle était venue chercher. Mais pour cela j'allais d'abord la briser, avant de la reconstruire.

Toute la nuit n'avait été que hurlements, supplications, pour que j'arrête, pour que je n'arrête pas, entrecoupé seulement de quelques moments d'évanouissement, où il me fallut comme toujours user de drogues diverses pour la relever.
Mais au bout de bien trop longues heures pour sa santé mentale, enfin j'avais vu la lueur, là, prise au piège des souffrances sans nom que j'infligeais à son hôte.

Alors j'appelai Le Pouvoir à moi... et dans un dernier cri, elle s'extrait de cet amas de chairs sanguinolentes, sadiquement déchirées, et passa.


Ce qu'elle était devenue ne m'intéressait plus. J'avais été humain, jadis, et je n'étais pas encore assez vieux pour avoir oublié le bonheur de contempler une si belle femme allongée, nue, offerte. Mais ce que par Le Pouvoir, j'enlevais comme poids de l'âme de ces pauvres débris d'humanité, s'ajoutait peu à peu à mon propre poids. Je ne serais jamais plus ce que j'avais été, contrairement à elle et ses semblables qui pouvaient encore l'espérer. Elle n'avait aucun intérêt pour moi.

Je me détournai d'elle, et me concentrai sur le Miroir. Il fallait que je maîtrise cette nouvelle force qui cherchait à me dominer.

Pendant ce temps, elle dormait. C'était mieux ainsi. Depuis sa naissance, elle n'avait jamais dormi. Il allait lui falloir plusieurs semaines avant de sortir de ce coma où le Passage l'avait conduite, et qu'un Réveilleur vienne la prendre pour l'amener vers son destin. Ca ne me concernait plus. Bientôt, des domestiques l'emmeneraient dormir ailleurs, et je retournerais à la solitude de ma nature, point d'équilibre entre les lois du temps présent et l'espoir de lendemains meilleurs, pivot condamné à pivoter éternellement.

Je n'aurais aucun salut. Moi et mes frères, à la fin, quand les Ombres auront été vaincues, nous resterons seuls ici, incapable de nous faire mutuellement passer, car le poids serait trop lourd...



Des heures plus tard, mon regard repassa du Miroir à son corps, paisible.

Je ne sais pas ce que j'avais cru, en la ramenant ici... peut-être que celle-là voudrait juste être avec moi pour moi, m'aimer, un peu... pas comme toutes les autres, seulement attendre quelque chose de moi.

Elle l'avait payé cher, mais ça ne m'apaisait pas. J'étais encore plus seul qu'avant. Et elle m'avait échappé, comme toutes les autres, comme le voulait Le Pouvoir, ma nature.

Passeur d'Ombres... presque une Ombre, déjà...


Elle était étendue là, profondément endormie ; ses errances étaient terminées et les miennes ne faisaient que commencer.
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