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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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28 août 2007 2 28 /08 /août /2007 00:28
Si on définit l'intelligence comme la faculté d'apprendre des choses nouvelles, de trouver des solutions à des problèmes se présentant pour la première fois, qui donc est plus intelligent que l'enfant ?

Michel Tournier
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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 11:14
Ce texte a été écrit dans le cadre du projet dont je vous ai déjà parlé, qui consiste à publier au moins un texte par jour sur ce blog, écrit sur base d'une liste de mots, la plupart m'ayant été proposées par vous. L'ensemble des listes actuellement reçues, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.

#005 Fiona
Vishnou, "cliquez ici", blagues, cendrier, pile de livres, froissé, écharpe, carpette, transparent, tiroir, emporte-pièce



Matt n'avait décidément pas beaucoup changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. C'est la réflexion que se faisait Fiona en entrant dans l'appartement de son frère.

Il lui avait encore posé un lapin. Elle avait arrêté de compter, cela valait mieux pour tous les deux. Elle était décidée, que ça lui plaise ou non, à renouer les liens. Elle ne mettrait sûrement pas d'huile sur le feu.
Et puis, pas de chance pour lui : elle avait gardé la clé, la dernière fois. Peut-être l'avait-il oublié, mais pas elle.

Depuis le début, elle savait que ça se passerait ainsi, qu'elle devrait ouvrir la porte elle-même, celle de l'appartement et du coeur de son frère, parce qu'il ne ferait pas le premier pas. Trop sûr que ça n'en valait pas la peine, qu'il resterait quoi qu'il fasse le paria de la famille.
Elle allait donc faire le pas à sa place, et lui dire ce qu'elle en pensait, les yeux dans les yeux. Il ne pourrait plus nier.


Son regard balaya la pièce une nouvelle fois. Elle hésitait encore sur la meilleure façon de qualifier la décoration intérieure du lieu... post-moderne ? Labyrinthique ?
Un vrai foutoir, finit-elle par trancher.

Elle se fraya un passage au milieu des piles de livres, hautes d'au moins un bon mètre, posées à même le sol, évita de peu d'exploser le cendrier plein qui se cachait entre deux d'entre elles, particulièrement instables d'ailleurs... Elle referma le tiroir du bureau, qui bloquait sa progression, et parvint enfin jusqu'à l'ordinateur, dont l'écran allumé l'avait attirée comme un aimant.

"Pour que la force de Vishnu descende en vous, cliquez ici ! (carte de crédit exigée)"
"Quelles blagues", pensa-t-elle, se retenant de pouffer. Mais ce n'était pas drôle. Depuis longtemps, Matt recherchait dans toutes les philosophies, même les plus folles ou mensongères, une paix qu'il ne parvenait pas à trouver en lui-même.

Tant qu'il refuserait tout contact avec elle, ça ne s'arrangerait sûrement pas.

La famille était le vrai noeud du problème. Il fallait crever cet abcès, que son frère comprenne qu'il n'était pas seul, et cesse enfin d'être la proie trop crédule de tous les charlatans et escrocs, du net et d'ailleurs, qui prétendent pouvoir sauver votre âme, pour autant que vous ne teniez pas trop à votre argent.
Comme Matt n'en manquait pas, il ne voyait pas le problème. Au contraire, il lui reprochait ses jugements "à l'emporte-pièces", comme il disait. Elle n'avait soit-disant pas l'esprit assez ouvert.

Ce qu'il ne fallait pas entendre...


Se détournant de l'écran, Fiona reprit sa progression vers la chambre de Matt, seule pièce où elle pouvait espérer le trouver, la porte de la salle de bain restée ouverte éliminant les autres options.
Au passage, elle se prit les pieds dans une écharpe, tendue entre deux piles de livres, bien calée, et s'effondra sur une carpette crasseuse, seul gardien de cette porte qu'elle brûlait d'ouvrir maintenant, pour décharger une colère montante. Les livres retombant sur elle ne la calmèrent pas.

Elle se releva, tourna la poignée...
Il n'était pas là.

Le lit n'était pas refait, les draps froissés. L'atmosphère était irrespirable.

Fiona ouvrit toutes les fenêtres, puis, pour passer le temps en attendant son frère, elle fouilla un peu parmi les livres de l'appartement.


Elle attendit jusqu'au soir. Mais Matt ne revint pas.

Elle soupira, le front appuyé contre une vitre, à peine transparente tellement elle était crasseuse. Elle regardait la ville s'éteindre peu à peu... n'espérant plus qu'il revienne.

Alors elle referma une à une les fenêtres, sortit de l'appartement, et descendit lentement l'escalier.
Arrivée dans le hall, elle hésita à glisser les clés dans la boîte aux lettres. Un sentiment profond d'abandon prenait possession d'elle.
Mais dans un dernier sursaut de volonté, elle remit les clés en poche.
Non, elle ne renoncerait pas à lui.

Elle sortit dans la rue. La nuit avait fini de tomber, et c'est dans le noir qu'elle avança jusqu'au coin de la rue, pestant contre ce frère qui lui manquait tant.


Elle ne remarqua pas la silhouette, repliée dans l'entrée de l'immeuble en face. Un homme qui la fixait, comme à l'affut.
Comme elle tournait le coin, il commença à se diriger vers son immeuble, vérifiant nerveusement qu'elle ne revenait pas. Il allait retrouver son appartement, sa tranquillité. Il allait pouvoir oublier cette journée.


Fiona avait une sensation étrange, comme une boule au creu du ventre. Cédant à une folle impulsion, elle fit demi-tour, et revint à pas discrets jusqu'au coin de la rue.
Il se retourna juste à ce moment.

Matt et son regard d'animal traqué. Fiona des larmes plein le visage.

Ils marchèrent lentement vers l'immeuble, entrèrent ensemble sans un mot, et montèrent sans hâte, presque au ralenti, comme s'après un accident grave, quand tout autour se fige presque, le temps entier aspiré par l'évènement.

Il n'avait pas pu dire non à ses yeux. Elle n'aurait jamais cru qu'il pu ainsi avoir peur de l'affronter.


Ils avaient beaucoup à se dire. C'est ce qu'ils firent toute la nuit, entamant à peine une longue conversation.

Tellement longue qu'elle dura des années. Ils ne cessèrent plus de se voir.
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27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 01:15
- Est-ce que les histoires que vous racontez ne vous empêchent pas de dormir ?
- Si, mais comme ce sont des histoires à dormir debout, je récupère !

Raymond Devos
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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 16:33
J'ai par ici
des envies d'ailleurs
J'ai par ailleurs
des besoins d'ici.

Michel Giliberti

Il me semblait inconcevable de ne pas vous présenter ce très beau blog, d'un poète, philosophe, photographe, graphiste... bref, d'un artiste profondément humain. Cette citation est visible dès l'entrée, dans la bannière, et j'ai trouvé que c'était un bon moyen pour vous donner envie d'en voir / lire plus.

N'hésitez pas à lui rendre visite, et à déposer vos commentaires sur ses articles. Son travail le vaut.
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26 août 2007 7 26 /08 /août /2007 12:06
Ce texte a été écrit dans le cadre du projet dont je vous ai déjà parlé, qui consiste à publier au moins un texte par jour sur ce blog, écrit sur base d'une liste de mots, la plupart m'ayant été proposées par vous. L'ensemble des listes actuellement reçues, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.

#007 Enigmus
violon, bitume, brune, Clara, lèvres, espoir, plume, arc-en-ciel, dieu, métaphore



Clara veut la lune (1), et elle la veut pour hier.

"Les brunes ne comptent pas pour des prunes" (2), me chante-t-elle souvent, sur tous les tons. Armée de cette preuve ultime  "qu'elle le vaut bien" (3), Clara exige, tempête, ses lèvres tremblent, son regard,  au bord des larmes, fait vaciller le mien. Et elle le sait.

Son visage est un arc-en ciel  en mouvement constant, passant de la rage contre mes refus aux larmes pour que je fonde, de l'espoir timide quand je me tais, au sourire mutin quand je bafouille.

Elle me connait trop bien.

Mon coeur est le violon dont elle se joue pour parvenir à ses fins. Un baiser dans le cou, aussi léger qu'une plume, parachève le récital. Ma résistance s'écrase sur le bitume, 10 étages plus bas que notre appartement, le reste la suit où qu'elle aille, prisonnier volontaire.

Elle n'est pas un ange envoyé par Dieu, ni un démon uniquement là pour m'arracher le coeur. Elle est elle, insupportable et belle, adorable et hurlante. Je ne sais pas de phrases à sa mesure, et de toute façon elle se fout des métaphores. Elle veut seulement qu'on l'aime, aveuglément, et moi plus que tout autre, elle qui ne croyait pas à la vie à deux, et qui doute encore si souvent. "M'aimeras-tu encore la semaine prochaine ? Et dans un mois, un an ? 10, 20 ? Quand je serai vieille et moche ?".

Elle doute de tout (ou presque), toujours, pour le plaisir que je la rassure. Je ne me fais pas prier.

Mais Clara, ma femme, croit en moi pour le moindre de ses désirs.

C'est déjà ça.


(1) Alain Chamfort - "Clara veut la lune"
(2) Lio - "Les brunes comptent pas pour des prunes"
(3) Pub l'Oréal
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