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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 16:19
C'est en cherchant l'impossible que l'homme a toujours réalisé et reconnu le possible, et ceux qui se sont sagement limités à ce qui leur paraissait le possible n'ont jamais avancé d'un seul pas.

Henri Cartier-Bresson
merci à Claire de me l'avoir fait découvrir...
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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 19:42
#009 Claire Ogie
herbe, maigreur, critique, baptiser, limace, seuil, instruire, chauffage, morne, service.

L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.

ATTENTION : Il est indispensable pour la compréhension de ce texte d'avoir lu au préalable "Le Passeur" et "L'Acclimatation"



Quand il arriva dans notre service, l'homme était dans un état critique. Nous avions tous une grande expérience de la maladie et de ses ravages, mais une maigreur telle que la sienne était au delà de tout ce que nous avions pu voir auparavant. Il n'avait plus que la peau sur les os, très fine, et les os eux même semblant tout proche de disparaître, comme dévoré par le mal qui le rongeait, mais qui n'était pas encore parvenu jusqu'à son regard, d'une intensité insupportable. Il savait cela, et évitait tant que possible de nous regarder, pour ne pas nous gêner. Il ne parlait que peu, sa voix était comme un frémissement de l'air, pourtant étonnamment claire, si claire qu'on l'entendait du couloir, au travers de la porte, telle un murmure mais que rien n'aurait pu arrêter.

Tout dans son état était du à l'Herbe. Elle semblait avec le temps de plus en plus nocive, une seule prise pouvant suffire à plonger en deux jours n'importe qui dans cet enfer, dont j'observais les manifestations discrètement au travers de la vitre.

Par bien des aspects, l'Herbe était une drogue, la plus dure de toutes : déchéance physique, dépendance, troubles du comportement. La différence tenait en ces visions "sous influence" d'un au-delà étrange, radicalement différent de notre monde si morne, et qui bien que difficiles à croire étaient intégralement réelles.

Pour ceux qui survivaient assez longtemps à la substance, et avaient encore la force de passer Le Seuil, c'était l'accès instantané à l'Autre Monde. Pour les autres... paix à leur âme...


Je ne pouvais détacher mon regard de l'homme, pensant au prix qu'il payait pour avoir accepté de Servir. Il fallait des gens comme lui, mais le prix n'était-il pas trop élevé par rapport à ce que nous en avions retiré jusqu'ici ?

C'était ainsi pour tout ceux qui côtoyaient un malade de l'Herbe, cette fascination, ces interrogations en boucle. C'est la raison pour laquelle on m'avait déchargé de tout mon travail, hormis pour ce patient, que je pourrais suivre  jusqu'au Seuil.

Ce ne serait sûrement pas long.


L'homme grelottait, maintenant. Perdue dans mes pensées, j'étais entrée dans la chambre, et je réglai le chauffage. Il ne mit pas longtemps à s'apaiser.

Puis, il réclama un prêtre. La fin approchait, donc.

L'homme d'église le baptisa pour le salut de son âme, et recueillit son ultime confession. C'était ainsi que les choses se passaient, chaque fois, le début d'un rituel bien huilé entre deux hommes de Foi, bien que celle-ci ne fut pas la même pour chacun d'eux. Le prêtre seul pourrait comprendre ce dont l'homme de science aurait à l'instruire, ces visions d'au delà, ce qu'elles signifiaient pour nous tous d'espoir ou d'attente déçue encore, car lui seul serait capable d'entendre en ses ultimes instants terrestres la voix si particulière de l'être alité dans cette chambre d'hôpital. C'est un mystère que les précédents "voyageurs" n'avaient pas encore levé. Pas plus que la raison pour laquelle il valait mieux que le voyageur fut un scientifique. C'était ainsi, simplement.

Il ne restait plus qu'à attendre, et c'est ce que nous fîmes tous les trois, dans cette chambre, pareillement immobiles. Jusqu'à ce que la lumière vint, irradiant du corps mourant, se substituant peu à peu à chacune de ses cellules survivantes. Le Seuil était là.

Le prêtre poursuivit alors le rituel, en posant une limace sur le front de l'homme. Celle-ci ne tarda pas à se muer en un papillon, qui s'envola, puis retomba en une poussière lumineuse qui dessina un court instant un ovale parfait, touchant le sol.
Vers lequel toute la lumière sembla se ruer, aspirée, nous plongeant dans une obscurité complète. Puis, l'éclairage de la pièce revint.

Le lit était vide.


Pendant le cours instant avant l'aspiration, l'homme avait parlé, très vite. Je n'avais rien entendu. Le prêtre, si. Il en semblait tout retourné.

Le message délivré nous concernait tous, nous, médecins. Nous devrions être les pionniers d'une nouvelle science, le sort de notre monde en dépendait.
Nous devions immédiatement commencer à former certains humains à se battre contre les forces qui peu à peu nous guidaient vers les ténèbres. Pour cela, il faudrait mettre en place l'Initiation dont le Voyageur venait de lui parler.


Nous ne comprimes pas tout ce qui nous fut expliqué ce jour-là. Et aujourd'hui encore, je ne suis pas sûre de cerner complètement les enjeux de ce que le prêtre exigea de nous.

Mais l'Initiation se poursuit, et Jembar, maître instructeur et premier Initié, vient de nous annoncer qu'ils étaient cent désormais à avoir réussi l'Acclimatation, et que bientôt, le dernier Initié serait leur chef à tous.
Ainsi que notre Sauveur, d'après les dernières paroles d'autres Voyageurs.


Je continue à penser que le prix que nous payons est trop élevé, de plus en plus. Mais les Ombres ont commencé à reculer partout où les Initiés ont pris place.  Bientôt, il paraît que nous pourrons même reprendre les territoires où règnent les Passeurs, ces Initiés déviants de la première "promotion", ceux à cause desquels on avait ajouté  l'Acclimatation au cycle de "formation".

Je prie pour que tout cela soit vrai, et qu'une fois notre monde réunifié, on ne découvre pas que nous avons tous perdu notre humanité et plus encore en ce combat, devenant finalement pire que les Ombres...
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1 septembre 2007 6 01 /09 /septembre /2007 09:42
Il nous faut peu de mots pour exprimer l'essentiel;
il nous faut tous les mots pour le rendre réel.

Paul Eluard - Avenir de la poésie
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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 19:26
#001 Marianne
doigté, douceur, ciel, merci, maladie, montagne, inadvertance, parapluie, flute, lumière

L'ensemble des listes actuellement reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.




Marco papillonnait dans la lumière, comme tant de fois déjà par le passé. Les soirées mondaines et autres galas n'avaient plus de secrets pour lui, c'était son univers. Il y naviguait en connaisseur, saluant les riches banquiers, dont les visages s'illuminaient, s'inclinant respectueusement devant les dames pour leur baiser la main, offrant son plus beau sourire et ses regards de braise aux demoiselles rougissantes.
Sirotant une flute de champagne, il savait qu'il brillait de mille feux, ce soir encore on ne voyait que lui, et il adorait ça.

Marco Ribaldi était riche, très riche. Des placements dans l'immobilier, à en croire certains, mélangeant causes et conséquences. Il n'avait en tout cas aucune envie de vivre discrètement avec cette fortune.

Aussi à l'aise qu'il fut en ce lieu, Marco savait que ce soir il allait falloir du doigté.  Il avait repéré sa cible du jour, une blonde aguicheuse répondant au nom de Jessica Parks, héritière d'un magnat de la presse qui ne pouvait rien lui refuser. La belle était fort bien pourvue financièrement, et sur d'autres plans également, mais à ce qu'on en disait, n'avait que fort peu de cervelle. La nature n'était décidément pas juste, mais il fallait savoir composer avec ce qu'elle vous donnait, se dit Marco. Et il saurait, assurément.

A vrai dire, l'approche avait parfaitement réussi jusque là. Effleurant Jessica "par inadvertance", il s'était confondu en excuses, bafouillant presque, ce qui l'avait fait beaucoup rire. La glace était rompue, et avec toute la douceur dont il était capable dans la voix, il ne lui avait pas fallu longtemps pour qu'elle dise merci à ce heureux hasard qui les avaient réunis. "Ou peut-être est-ce le ciel qui l'a voulu ?".

La première phase était terminée, et tout se passait à merveille.

Jusqu'à ce qu'elle lui parle de sa maladie.

Il avait cru que c'était gagné, il découvrait qu'il allait falloir improviser. Jessica était fragile du coeur, et la moindre émotion pouvait lui être fatale. Elle ne lui laissa pas, malgré qu'elle le trouve fort charmant, le moindre espoir de la revoir après cette soirée, précisément parce qu'il était trop charmant, et que cela la tuerait certainement.

Cela bouleversait les plans de Marco. Et puis, un défi ne lui avait jamais fait peur.

Il se souvenait très bien d'une de ses conquêtes, cardiologue, et de ses travaux concernant cette sorte précise de troubles. Il parla donc à Jessica des dernières découvertes dans le domaine, lui expliqua qu'un séjour à la montagne, s'il était tant soit peu prolongé, disons quelques mois, pourrait lui être du meilleur effet. Et justement, il avait ce charmant petit chalet, dans les alpes...

Ils parlèrent longuement, de beaucoup de sujets, et apprirent à se connaître. C'est ce que  pensa Jessica, en tout cas, tandis que Marco en apprenait plus qu'il n'en aurait besoin, ayant su dès le premier regard tout ce qui lui serait nécessaire.

Ils parlèrent, et l'invitation lancée flottait, là, entre eux. Elle en était troublée, il le sentait bien. Et puis, il savait être si délicat qu'elle ne pouvait qu'être conquise. Il prit tout le temps nécessaire.

A la fin de la soirée, elle ne voulut pas que cela se termine ainsi.

C'est sous son parapluie qu'il l'entraina vers la voiture.  Elle le guida jusque sa résidence, protégée par des gardes en armes. La tranquillité de ses riches occupants était à ce prix. En ces temps troublés, les enlèvements étaient monnaie courante, et on ne pouvait pas en vouloir aux habitants de protéger leur intimité.

Ils montèrent à l'appartement par l'ascenseur du hall, sans passer par la cour intérieur. Il aurait voulu mieux juger la piscine entraperçue par la baie vitrée, mais Jessica rêvait de s'affaler sur son canapé.

Ils parlèrent beaucoup, burent encore un peu. Finalement, elle s'endormit sur le canapé, toujours souriante.

Marco posa délicatement son verre, se leva sans hâte et, se dirigeant vers la porte vitrée d'où l'on apercevait la piscine, sortit de sa poche un transmetteur.



"En position !".

Il n'en dit pas plus, c'était convenu ainsi.

Les appartements de la résidence s'agençaient sur trois étages autour d'une cour intérieur avec, en son centre, la piscine. Les résidents pouvaient à loisir, sans devoir repasser par le hall, sortir par l'arrière et rejoindre la cour, mais également n'importe lequel des appartements.

Celui qui l'intéressait se trouvait juste à côté.

Il sortit sans faire de bruit, descendit jusqu'à la cour par l'escalier au bout de la rangée, pour ne pas être repéré avant d'être à destination. Il flana dans la cour, s'installa quelques temps sur une chaise longue, au bord de l'eau.

Puis le transmetteur grésilla. Go.

Toujours sans se hâter, Marco remonta par l'escalier central, bien en vue, et frappa doucement à la porte vitrée. Il fut accueilli par deux hommes armés. Des gardes du corps d'Anthonio Di Maggio.

Simulant la surprise, puis s'excusant pour son "erreur", en désignant l'appartement à côté, en face également de l'escalier, mais à gauche, pas à droite, il commença à s'éloigner. Les deux gardes se concertèrent, tout en le regardant du coin de l'oeil. C'était bon, ils ne le suivraient pas.

Il y eut soudain un deuxième grésillement dans le transmetteur, suivi d'un bruit de porte, et d'un petit cri étouffé.
Les gardes se ruèrent à l'intérieur sans refermer la porte vitrée. Comme prévu.
Marco enfila ses gants prestement, puis s'engouffra derrière eux, ajustant d'un geste précis le silencieux sur l'arme qu'il venait de sortir de l'étui au dessus de sa cheville.

Alors le travail commença. Il ouvrit le feu 3 fois seulement.

Garde 1, 2, pause, un pas, deux, la porte de la chambre, un coup de pied pour l'ouvrir, esquive de tir, 1, 2, en position, Di Maggio, esquive encore. Attente.

Les gardes présents dans la chambre se ruèrent à sa poursuite, et tombèrent sous les balles de ses collègues.

Deux à terre ici, deux à l'entrée côté piscine, deux côté intérieur. Et deux dans le hall de l'immeuble. Di Maggio hors-jeu. Terminé.

Il sépara l'arme et le silencieux, retira le chargeur, et confia le tout à ses collègues, y compris ses gants, qu'ils lui otèrent eux même. A eux le nettoyage, c'était convenu ainsi. Lui, il retournerait dormir dans l'appartement à côté, auprès de son si mignon cheval de Troie. C'était l'alibi parfait, le tueur ne serait pas assez fou pour rester sur les lieux, pas vrai ?

Au matin, la police viendrait sûrement frapper à la porte et les réveilleraient. Les questions seraient de pure forme, ils n'avaient rien entendu, ils avaient un peu trop bu et dormaient quand c'était arrivé... mais qu'est-ce qui était arrivé, d'ailleurs ?

Vraiment parfait.

Marco ne niait pas qu'il avait toujours adoré mêler travail et plaisir. Il n'avait pas l'intention d'en rester là avec Jessica. Mais sans elle, il n'aurait jamais pu entrer dans la résidence, avec les gardes à l'entrée. Les risques, ce n'était pas pour les hommes comme lui, il laissait cela volontiers à ses collègues. Lui était là pour la finition. Les détails n'étaient pas de son ressort, ni avant ni après.



Marco rentra discrètement dans l'appartement de Jessica. Elle dormait toujours. Il s'allongea à ses côtés, et passa un bras protecteur autour d'elle. Elle s'agita un peu, lui prit la main, et se rendormit.

Dans quelques jours, quand la police aurait cessé de tout retourner dans la résidence, ils partiraient tous les deux pour son chalet dans les montagnes, pour quelques mois, deux ou trois. Et elle serait à lui. Il allait le lui soigner, son coeur... en douceur naturellement, il n'était pas une brute. Jamais avec une femme...

Un soir de travail et des mois de vacances... vraiment un métier de rêve...
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31 août 2007 5 31 /08 /août /2007 11:39
Un baiser apaise la faim, la soif. On y dort. On y habite. On y oublie.
Jacques Audiberti
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