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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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5 septembre 2007 3 05 /09 /septembre /2007 13:39
#003 Tonia
réveil, hélicoptère, ascenseur, 7ème étage, buildings, vide, autoroute, grand-mère, ficelle, sac à main trop petit


L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.


Réveil difficile ce matin... 13h30 ok, ce n'est plus vraiment le matin. Mais il semblerait que j'aie encore fait la fête fort tard la nuit dernière. La chevelure blonde sur l'oreiller à côté de moi témoigne que j'étais plutôt bien accompagné... du moins vu d'ici. Je soulève le drap doucement pour juger mieux ... mmm, pas mal en effet.

Le téléphone sonne à nouveau. C'est sûrement ma grand-mère. Il n'y a qu'elle pour insister autant. J'avance à pas mesurés, baillant et m'étirant... Et je décroche.

Evidemment elle hurle. Comme toujours. Le jour où elle me parlera normalement, il faudra que je me fasse du soucis.
Mais aujourd'hui il y a quelque chose de plus. Je ne sais pas comment, mais elle est au courant, pour ma compagne d'un soir. Elle tempête qu'il va encore falloir payer pour qu'elle se taise, comme pour les autres... que ça n'est plus possible... qu'il faut qu'elle nous voit immédiatement.

Elle a bien dit "nous" ?

Soupir...

A peine le temps de réveiller Carla (je viens de me souvenir de son nom) et de nous préparer. Evidemment, je reste évasif sur notre destination, juste "une réunion de famille". Carla est flattée, elle parle tout le temps et rit toutes les 5 secondes, ça doit vouloir dire qu'elle est ravie.

Si elle savait...

Le pilote de ma grand-mère nous attend depuis 20 bonnes minutes quand nous apparaissons enfin. L'hélicoptère décolle, et le défilé des buildings commence, en dessous et autour de nous... le voyage passe vite, à peine 3 minutes à vol d'oiseau jusqu'au siège de la compagnie. Une balade assez agréable, mais gâchée par mes interrogations. Que peut-elle bien nous vouloir ?

Descente de l'hélicoptère. Carla continue à parler tout le temps, et elle est déjà moins ravie. Elle n'a pas arrêté pendant le trajet, et je ne lui ai pas répondu une fois. Avec son air de reproche vivant, elle ressemble à ma grand-mère, soudain.

Avec son sac à main trop petit qui la précède au dehors, à cause des pales de notre taxi des airs, et elle qui lutte pour le retenir, je me demande un instant qui tient l'autre

Je l'observe : talons hauts, petite fourrure très déshabillée et pratiquement rien en dessous pour le haut, la ficelle de son string qui dépasse de son short en jeans taille extra-basse... le sac, la coiffure "dernier cri". Si on ajoute la voix haut perchée qui ne s'arrête jamais... j'avoue que là, j'ai fait fort. Ma grand-mère va en avoir pour son argent !


Nous prenons l'ascenseur pour descendre au 7ème étage, où la secrétaire nous informe qu'Elle nous attend déjà.
Je m'attends à ce qu'elle nous reçoive tous les deux, mais il n'en est rien. Carla est emmenée presque de force vers le bureau du chef juriste de la compagnie, tandis que la secrétaire me guide vers la salle de conférence.

Où je suis accueilli par un regard de glace.

Je tente un "bonjour grand-mère", mais n'ai pas le temps de faire un pas. De sa voix tranchante, elle m'assène un "assis !" qui ne souffre aucune discussion. Je m'assieds.

Elle met la télévision posée à l'autre extrémité de la table en marche.
Et là je découvre un documentaire retraçant assez fidèlement mes soirées, et avec qui je les ai terminées, depuis trois mois que je suis ici "pour affaire".

5 minutes, puis le film s'arrête.

"Ton argent, Patrick, tu me le dois entièrement. Tu ne fais rien de ta vie, tu passes ton temps à sortir. J'ai voulu te faire venir ici pour essayer de te mettre le pied à l'étrier, et voilà comment tu me remercies ?

Je ne te parle même pas de ta femme, la pauvre... si elle savait... Tu te rappelles encore que tu as une femme, j'espère ? Ou bien ces trois mois de débauche ininterrompue t'ont complètement lobotomisé ?

Bon, tu me rassures !

Hé bien maintenant ta femme, tu vas aller la retrouver. Je viens de virer 50.000 dollars sur ton compte. Tes affaires ici ne te retiennent plus, tu rentres chez toi, et tu arrêtes définitivement de tromper ta femme, ou même simplement de sortir.

Sinon...
"

Elle laisse planer le "sinon" un instant. Je suis tétanisé. Sensation de vide intense, à l'intérieur...

"Je n'ai pas besoin de te dire ce qui arriverait, si je décidais d'arrêter de payer. Ce n'est pas avec le salaire de Myriam que tu pourrais assumer le remboursement de ta maison de milliardaire et de vos crédits si nombreux...

Ai-je été assez claire ?"

Un signe de tête. J'ai compris. Je confirme sans un mot, et elle n'en dit pas un de plus. La porte s'ouvre sur sa secrétaire, qui attend. Je suis congédié ainsi, à l'issue d'un entretien manifestement préparé et minuté, sans avoir pu dire quoi que ce soit.

Mais de toute façon, qu'aurais-je pu dire ?

Je suis vaincu.


Je remonte par l'ascenseur vers le toit, avec Carla, hurlante, sortie en même temps du bureau du chef-juriste. On lui a fait signer un papier de non-divulgation en échange d'une forte somme. Elle s'affirme humiliée comme jamais. Le garde qui nous accompagne ne fait pas un geste pour l'empêcher de me griffer et de me gifler.  Quand nous sortons enfin de l'ascenseur, je dois avoir une tête à faire peur. Mais je vois bien que lui s'amuse beaucoup.

Carla hurle toujours comme nous avançons vers l'hélicoptère. Soudain, il allume ses moteurs, les pales commencent à tourner... le sac à main s'envole, elle est trop distraite pour arriver à le rattraper. Elle se précipite, un pas, deux, trois, encore raté. Le sac passe par dessus la balustrade, direction l'autoroute, 30 étages plus bas... dommage.

Carla se retourne, folle de rage. Je sens que je vais encore passer un sale quart d'heure. Mais soudain elle trébuche. Un de ses talons vient de casser. Le vent la fait basculer vers l'arrière, comme au ralenti...

Fasciné par l'enchaînement surréaliste des évènements, je reste sur place, et regarde Carla suivre le même chemin que son sac.

J'entends ses cris décroître, et comme j'avance finalement, j'assiste à la fin de sa chute. On ne voit pas bien, de cette hauteur. Mais je ne tiens pas à voir mieux.

Le point final de ma vie de débauché, dont ma grand-mère a scellé le sort clairement, vient d'être placé par un corps s'écrasant en bas de l'immeuble.

La page est tournée. Je monte dans l'hélicoptère, et repars vers mon appartement "de fonction". Je pense à Myriam, qui sera folle de joie de me revoir.

Le soleil est haut dans le ciel. Je souris à cette très belle journée ...
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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 22:20
Voici la liste des exercices prévus dans le cadre de la communauté "Ecriture ludique".

N'hésitez pas, si votre blog est en V2 sur over-blog,  à rejoindre également la communauté "Ecriture ludique" pour pouvoir publier directement vos textes pour la communauté, et que les membres soient donc immédiatement informés de vos participations

Portrait de Madam'Aga :  Remise des copies Mercredi 05/09/07 avant Minuit
écrire le portrait d'un personnage nommé Clara.

Nouveau Les Mots de Motdit : Remise des copies Vendredi 07/09/07 avant Minuit
Petit – rugby – sang – table – fleur – chat – bougie – fortune – lit – amour

Nouveau Les Mots de Sottovoce : à écrire pour le mardi 11/09/07 avant minuit
vite, magique, rapide, dernier, contacter, prononcer, conseiller, sinistre, astuce, service


Nouveau Ecriture sur image de Polly : à écrire pour le 15/09/07
cliquez sur le lien pour plus d'informations


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4 septembre 2007 2 04 /09 /septembre /2007 09:28
#017 Atelier d'écriture créative (Proposition 20, valable jusqu'au 16/09/2007)
à écrire pour le 04/09/2007 (thème communauté "Ecriture ludique")


Il convenait, pour cette liste de mots, de préférer si possible le genre "théatral / sketch / monologue - dialogue", mais tous les genres sont néanmoins acceptés.
apprivoiser, autorité, brider, crachin, désillusion, griffonner, mélopée, persévérance, promouvoir, sucrer, tabou, thèse.



- Monsieur, il faut que je vous informe...
- chuuuuuuuut...

Henry Wiatt se tût, en attente. Il savait que rien ne servait d'insister, quand Charles Dumont donnait un ordre, on obéissait, tout simplement. A moins d'avoir des tendances suicidaires. Il est des hommes dont on ne peut contester l'autorité, à aucun prix, et il était incontestablement de ceux-là.

A ce moment précis, Charles était profondément absorbé par une musique d'un genre étrange, africaine peut être... il avait les yeux à demi-clos, et semblait complètement ailleurs.

Soudain, la musique s'achèva.

- mmm ... Voyez-vous Henry, j'ai toujours eu une passion sans réserve pour ces mélopées... cela me permet d'ignorer le crachin des soucis, les désillusions que je dois subir à longueur de journée par la faute de tous ces incompétents qui m'entourent...

"Voilà qui commençe fort mal", pensa Henry

Charles continua

- mais je vous en prie, je ne voudrais pas vous faire plus longtemps perdre votre temps si précieux... Dites-moi donc ce que je peux faire pour vous, mon cher Henry ?

Charles Dumont avait un air cynique démentant la douceur de ses propos. Henry déglutit avec difficultés, soupira... puis se lança.

- Et bien voilà, monsieur... nous avons tenté d'apprivoiser... vous savez. Comme vous nous l'avez demandé.
- Oui Henry, je me rappelle très bien, je ne suis pas encore gâteux ! Mais qu'y a-t-il donc, pourquoi venez-vous me parler de cela avec une telle tête d'enterrement ?
- Hé bien monsieur... c'est que... voilà, nous avons tout fait pour brider son ... tempérament. Mais malgré toute notre persévérance, sans résultats aucun je le crains.

Henry s'interrompit. Le pire restait à venir, mais il ne pouvait pas tout dire comme ça, d'une traite. Il ne voulait pas mourir sur place.

Charles soupira.

- Ainsi donc, vous venez m'annoncer que, malgré tous mes efforts pour prouver son existence, la trouver, la ramener ici, l'entourer des soins attentifs de mes meilleurs hommes... malgré tout le temps, l'argent, et les espoirs investis... une vie, henry, une vie entière bon Dieu ! ... malgré tout ça, donc, vous ne parvenez pas à terminer la toute petite tâche que je vous avais confiée pour que mon rêve se réalise ?
Alors vous aussi finalement, vous allez me décevoir ?
Faudra-t-il vraiment que je fasse tout moi-même, dans cette maison ?


Henry recula de deux pas. Il valait mieux ne pas être trop près, si jamais son maître venait à s'énerver vraiment. Les prémisses étaient là, clairs comme de l'eau. Henry pensait néanmoins qu'il pouvait encore inverser la situation avant qu'elle ne devienne incontrôlable.

- Monsieur ... si je puis me permettre... je sais que votre thèse est qu'elle est unique, qu'il faut que ce soit elle, sinon... je ne puis même pas imaginer les conséquences si elle n'était pas...
- Ne cherchez pas à l'imaginer, Henry, cela vaut mieux pour vous, murmura Charles, dans une rage glaciale, se rapprochant de son serviteur.
- Je ne cherche pas à vous contrarier, monsieur... je voudrais seulement vous faire part d'une découverte étrange effectuée par le docteur Folin, pendant ses expériences.
Il en aurait trouvé une autre.

Charles Dumont était tétanisé, incapable du moindre geste, de la moindre pensée structurée. Les mots résonnaient dans sa tête... "une autre"... mais comment était-ce donc possible ? Le simple fait d'évoquer qu'il puisse en rester une était un sujet complètement tabou... alors plusieurs...

Henry poursuivit.

- Je vois bien que la nouvelle vous rend perplexe, monsieur, dit-il en se retenant de sourire. Pourtant il est formel. Tenez, il m'a confié ce papier pour vous...

Charles attrapa la note, manifestement griffonnée à la va-vite. Maudit Folin, l'information la plus importante qui soit, et il fallait encore une fois qu'il la rende illisible ! Un jour, il faudrait qu'il lui en parle en tête à tête...

Henry interrompit le cours de ses pensées

- Le docteur Folin dit que la deuxième serait plus coopérative... beaucoup plus. Pas du genre à nécessiter des drogues, ou des méthodes artificielles, et à compromettre le programme... Il a une certaine expérience du mental humain, et ...
- Oui Henry, je sais, je sais... il est le meilleur dans son domaine, je ne le paye que trop, mais je sais pourquoi. S'il dit qu'avec elle ça peut marcher, et naturellement, alors je le crois sur parole !

- Oui monsieur, le meilleur... avec des méthodes surprenantes, parfois même... contestables. Mais indéniablement efficaces.

- J'ai toute confiance en ses capacités, Henry... s'il dit qu'il y en a une autre, alors c'est que c'est vrai. Mais alors ça veut dire que pendant tout ce temps où je me focalisais sur elle... j'étais dans l'erreur...
- Permettez-moi monsieur... Folin semble penser que si vous ne l'aviez pas trouvée, on n'aurait jamais pu comparer l'autre, et donc ... peut-être ne l'aurions-nous jamais su. Maintenant, Folin dit que nous pourrons peut-être en trouver d'autres. Beaucoup d'autres.

Un sourire illumina les traits de Charles Dumont. "Beaucoup d'autres..." le monde allait l'aduler pour cela. Il allait leur donner ce qu'il y avait de plus précieux, un espoir. Et en ces temps troublés, ça n'avait pas de prix ! Après cela, il n'y aurait plus besoin de rien à faire pour promouvoir sa candidature au poste de Commandeur, cela coulerait de source.
Oui, décidément c'était là une très bonne nouvelle, vraiment.

Pour la fêter dignement, il se servit quelques fraises dans un petit ravier, et entreprit de les sucrer, l'oeil gourmand.

Henry Wiatt, comprenant alors que la conversation venait de prendre fin, se retira sans un bruit.

Dans quelques mois, pour la première fois depuis 2000 ans, un enfant allait naître "comme avant" sur cette planète, un enfant conçu naturellement et pas in vitro, qui aurait grandi dans le ventre de sa mère et pas dans une incubatrice. Un enfant désiré, qui ne naîtrait pas stressé dès la conception par une mère dépressive ou hystérique, qui ne serait pas bourré avant même la naissance de toutes ces drogues de synthèse utilisée pour forcer la vie... Un bébé parfaitement sain qui pourrait servir d'exemple pour prouver que l'infertilité n'était pas totale, ni définitive, qu'il suffisait qu'on aide un peu, que les bonnes décisions soient prises, et alors...

alors cet enfant ne serait que le premier de la nouvelle humanité à naître...




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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 09:30
#022 Darkia (sur forum OB)
Ce texte était à écrire pour le 03/09/2007 (thème communauté "Ecriture ludique")
cabine / favoriser / massacre / langage / lumière / accueil / ami / phénomène / patience / exquis.


L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



L'eau coulait sans discontinuer depuis des heures déjà. Du fond de la cabine de douche, plus le moindre bruit ne se faisait entendre à travers le déferlement furieux du phénomène liquide. Au début, elle avait hurlé longuement, puis pleuré, les deux ensemble. Maintenant, Marie était recroquevillée en position foetale, se balançant à peine, d'avant en arrière, bouche grande ouverte, sans plus émettre le moindre son.

Son regard était fixe, et comme planté en dedans d'elle-même, profondément. Elle n'avait plus la moindre conscience de l'eau, qui allait peu à peu lui détruire la peau, pas plus que de la pièce autour restée sans lumière, et plus loin encore, des bruits diffus de coups à sa porte, comme les voisins avaient commencé à s'inquiéter de cette douche ininterrompue.

Quelque part au fond d'elle, il restait une toute petite partie à peine lucide, qui n'aurait su dire pourquoi il lui fallait se lever maintenant, sortir de là où elle était, où que cela puisse être, et aller se coucher. Une petite voix qui n'aurait su les mots pour convaincre le reste de son esprit, désormais au delà de tout langage, de toutes pensées.

Elle continuait à se balancer, imperceptiblement, encore et encore et ...

Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes finalement, sans qu'elle perçoive la différence.
Elle s'endormit, là, sous la douche toujours ouverte.



Ils avaient défoncé la porte. Les voisins. Le propriétaire était en vacances, impossible de trouver une clé, et un dimanche soir, pour un serrurier...
Ils avaient coupé l'eau. Puis, le SAMU était venu, et l'avait emmenée.

Marie avait la peau, les chairs, affreusement gorgées d'eau et brûlées. Cela allait être difficile de la soigner, et sans doute la peau ne se réparerait-elle jamais. "Un vrai massacre", avait dit un médecin, la pensant inconsciente, à quelqu'un qu'elle n'avait pas reconnu.

Elle s'était réveillée à l'hôpital, sans savoir précisément quand ni où elle était, ni pourquoi d'ailleurs. Mais une force en elle lui avait imposé la patience. Alors, elle n'avait pas fait de bruit, pas ouvert un oeil, guettant la moindre bribe de voix à son chevet, écoutant son corps également lui raconter sa part de l'histoire, au travers de douleurs qui, malgré les calmants, dépassaient tout ce qu'elle avait pu endurer dans sa vie... pour autant qu'elle s'en souvienne en tout cas.

Elle sortit peu à peu de l'épais brouillard qui avait, un temps, pris sa place dans son esprit.

Pour favoriser sa guérison, les médecins l'avaient entièrement recouverte d'une sorte de bandage absorbant. Il fallait d'abord que l'eau s'évacue pour pouvoir juger de l'étendue des dégâts, elle avait compris le principe dans les mots de ce médecin, continuant à parler à cette autre personne... peut-être sa mère. Elle n'en était pas complètement sûre, mais cette voix lui parlait de famille, d'un lien profond auquel elle ressentait un besoin immense de se cramponner pour ne pas couler.

C'est quand ils parlèrent des traces de coups qu'elle se souvient de tout.



Ce furent d'abord des flashs sans continuité, des sensations éprouvées comme au travers d'un épais manteau cotonneux, diffuses et fuyantes. Elle sous la douche brûlante, hurlant de désespoir... deux corps nus sur un lit, la chaleur des ébats, mais une mauvaise chaleur, le malaise, le refus... un visage dans l'encadrement de la porte, souriant... des vêtements qu'on déchire, des mains qui frappent, contraignent...

Elle sentait monter les larmes, comme la scène se précisait lentement, et que les différentes pièces du puzzle sordide s'agençaient dans le bon ordre.

Elle avait tout préparé pour lui, pour lui faire bon accueil. Ils étaient amis, mais elle n'excluait pas que les choses aillent plus loin entre eux, au contraire. Il lui fallait seulement un peu de temps. Un mariage raté, un ex envahissant, quelques amants de passage arrogants et brutaux, l'avaient incitée à plus de prudence dans ses relations. Elle voulait se reconstruire dans la douceur, ne plus être une chose, mais quelqu'un. Elle voulait tant de choses, et le regard de son ami lui disait qu'il avait bien compris.

Les premiers moments de la soirée avaient été exquis. Ils avaient diné, parlé, ris... un peu bu, aussi. Peut-être trop. Les souvenirs l'emmenèrent vers le canapé, elle et lui verre à la main, riant presque sans interruption.

Puis elle fut prise de nausées violentes, et lutta pour ne pas se rappeler. Mais la mémoire était trop lourde de ces secondes qui avaient bien failli la rendre folle, alors elle ne put que revivre tout, impuissante à endiguer le flot.

Il avait posé son verre, l'avait regardée très longuement, intensément. Puis, ils s'étaient embrassés. Et ce baiser avait été si doux...

Ses mains l'avaient enveloppée de caresses, et elle se sentait au paradis. Ce n'est que quand il avait tenté de lui déboutonner son chemisier qu'elle avait reculé, un peu honteuse, en lui demandant pardon. Elle n'était pas encore prête pour ça.

Lui, si.

Il avait insisté, sans douceur cette fois. Elle avait alors tenté de le repousser, puis, prenant peur, avait couru vers la chambre pour s'enfermer. Et appeler à l'aide. Son portable était là, sur la table de nuit.
Mais il avait été trop rapide pour la suivre, plaçant son pied de manière à bloquer la porte.



Marie était secouée de sanglots maintenant. Bientôt, les médecins allaient l'entendre, et accourir. Elle, toute entière replongée dans l'horreur, revivait seconde après seconde la fin de la soirée. Mais les images se faisaient de plus en plus imprécises, les sensations distantes. Et elle ne voulait pas qu'il en fut autrement. 
A quoi bon en effet retrouver la précision des faits, la chronologie exacte ? Aucun mot qui apaise, aucune image qui remplace, même un seul instant, la souffrance du viol. Ses émotions la submergeaient, et elle leur laissait libre cours. Elle devait lâcher complètement prise cette fois, ne pas sombrer encore plus bas en voulant lutter. Il n'était plus l'heure des combats, seulement celle de survivre. Malgré lui.

Il ne l'avait pas brisée. Malgré les insultes, les coups répétés, les tortures diverses... elle avait tenu, sur le fil ténu d'une rage croissante. Et quand il avait eu fini, que le silence était revenu, seulement troublé par leurs respirations, et les bruits qu'il faisait en se rhabillant, cette même rage avait pris le contrôle et lui avait fait payer cher ce qu'il venait de lui faire subir.

Pendant tout le temps qu'il tentait par la force de se l'approprier, n'y parvenant que trop imparfaitement à son goût, ce qui avait redoublé la violence des coups, elle n'avait eu qu'une seule idée en tête, une idée très sombre, tranchante, qui l'avait fait tenir jusque là.

Le revolver dans la table de nuit.

Alors quand il se retourna un instant, cherchant son pantalon, elle bondit sans hésiter, sortit l'arme, et, comme il la regardait à présent, acheva de vider le chargeur avant même qu'il ait réalisé qu'il mourait.
Son regard affolé de bête traquée prise au piège l'avait vengée, au delà de ses espérances les plus folles.
Mais elle se sentait si sale, tellement insupportablement...

Ils l'avaient retrouvée sous la douche, elle se souvenait maintenant. De tout.



Marie ignorait tout de ce qui allait lui arriver, maintenant : son corps détruit par l'eau, la police, son geste... beaucoup de conséquences à assumer, beaucoup d'heures à traverser qui demanderaient une volonté de fer, mais ne dépendraient pourtant plus d'elle.

Prenant sa respiration à fond, elle décida néanmoins qu'il était temps qu'elle affronte, qu'elle fasse le premier pas sur le long chemin qui, peut-être, un jour, si elle avait enfin un peu de chance, l'éloignerait du cauchemar.

Alors elle ouvrit les yeux, à l'instant précis où le médecin entrait dans sa chambre, suivi de sa mère...



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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 17:32
#014 Yara
électronique, guacamole, labyrinthe, Icare, Agora (ou forum), consoler, dépendance, coqueluche, hilarant, endurance


L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Ce fut une soirée étrange.

Nous avions décidé ce soir-là de tenter l'aventure du "Labyrinthe", nouveau restaurant mexicain (comme son nom ne l'indiquait pas - la femme du propriétaire était grecque) qui était en deux semaines à peine devenu la coqueluche de la jeunesse "branchée" de la ville. Nous n'en faisions pas vraiment partie, mais l'endroit était suffisamment accueillant pour que les différences de classe sociale s'oublient vite.

J'étais venu avec Marissa, ma compagne, qui tenait absolument à ce que nous sortions un peu plus souvent. Je n'étais pas très chaud j'avoue, ni pour la sortie, ni pour le type de cuisine, mais je ne pouvais pas toujours dire non. Et c'est ainsi que nous avions atterri, après un petit parcours dans le labyrinthe (le nom du restaurant correspondant au mode d'agencement des boxes pour les clients), à cette table, avec un bon vin dans nos verres, du guacamole dans les assiettes, et une musique douce offerte par l'orchestre maison. Tout se passait divinement bien.

La décoration intérieure mettait en scène divers mythes grecques, le labyrinthe bien sûr, le minotaure, Ariane, ainsi que Icare, que l'on voyait tomber en direction des cuisines, ramenant sans doute de son voyage près du soleil certaines nouvelles idées de recettes qui nous enchanteraient bientôt les papilles.
Au centre du restaurant, il y avait l'Agora, ou chacun pouvait venir prendre la parole. En fait c'était la scène idéale pour présenter une chanson de sa composition, un sketch plus ou moins hilarant, annoncer la création d'une nouvelle association locale... en fait, tous les usages étaient possibles, cela ne dépendait que de ce que l'on avait à exprimer.
Evidemment, les propriétaires veillaient à ce qu'aucun apprenti orateur n'utilise cet espace pour des revendications politiques, qui auraient été bien déplacées en ce lieu.

L'orchestre finissait  justement sa prestation, et la soirée Agora allait pouvoir commencer.

Un homme plutôt petit, très mince, en tenue décontractée, cheveux noirs mi-longs, yeux immenses profondément enfoncés dans un visage très pâle, s'avança vers les marches, semblant presque flotter au dessus du sol plutôt que marcher. Il monta, et prit tout son temps pour s'installer. Il vérifia la chaise, puis le micro, par quelques tapotements, arrachant des diffuseurs de désagréables sons électroniques. Puis il s'assit, et pendant un long moment, ne bougea plus.

A vrai dire, son regard ne fixait rien en particulier, il semblait dirigé vers les tables devant lui, mais restait brumeux, absent.
Et il ne disait absolument rien.

Nous avions été prévenu dès l'entrée que, parfois, les "représentations" pouvaient être fort surprenantes, voire parfois même dérangeantes, et que quoi qu'ils se passent, nous ne devions pas intervenir, sauf si c'était la volonté de l'orateur d'un soir. En cas de problème, ils interviendraient. Nous attendîmes donc, achevant en silence notre repas.

Soudain, le regard de l'homme se concentra, et balaya lentement toute la salle. Il se leva, pour pouvoir faire un tour complet, et ainsi capter l'attention de l'ensemble des clients.
Ceci fait, il prit le micro, et prononça, d'une voix très basse mais qui résonna dans toute la pièce mieux que s'il avait hurlé, ce qui allait être son unique mot de la soirée.

"Maintenant".

Plus rien ne bougeait dans le restaurant. Les clients semblaient tous comme suspendus à ses lèvres, guettant un autre mot, une explication. Mais rien ne venait. Seulement ses yeux posés sur nous tous, tour à tour, comme il continuait de tourner lentement sur lui même, nous jaugeant d'un regard impossible à déchiffrer.
Et bien vite ce regard a commencé à créer une dépendance. Quand il s'éloignait d'un côté de la salle, des soupirs de désolation se faisait bien vite entendre; là où il se posait, c'est comme si une peine insurmontable venait d'être consolée comme par magie, les sourires illuminaient les visages, les yeux brillaient de mille feux.
L'homme nous avait tous en son pouvoir, y compris Marissa, tantôt rougissante, puis désespérée, et moi-même, ayant l'impression que mes émotions étaient entrées dans un manège, et ne cessaient de repasser par les mêmes points, en boucle, sollicitant mon endurance dans les moments durs, anéantissant toute résistance dans les très bons.

Puis soudain, l'homme s'arrêta de tourner, son regard se braqua vers le sol et s'éteint.
Il s'assit à nouveau, pour un moment long. Nous ne pouvions détacher nos yeux de lui, attendant la suite.

Finalement, il claqua dans les mains. Une seule fois. Et c'est comme si nous n'avions jamais, nous tous, été de meilleure humeur. Il y avait partout des rires, des visages radieux, des hommes embrassant des femmes, leur caressant la main. Une joie de vivre inouïe s'était emparée de nous, nous faisant tout oublier.

A tel point que personne ne vit l'homme quitter la scène, ni sortir du restaurant.

Ce soir-là, personne ne prit sa place.


Nous sommes souvent retournés, Marissa et moi, au "Labyrinthe". C'est devenu notre restaurant préféré, et même à vrai dire l'unique que nous fréquentons. Nous avons assisté à beaucoup de soirées Agora, vu des humoristes, chanteurs, danseurs, poètes ou romanciers, des gens plein d'idées pour améliorer la vie... il y eut beaucoup de moments d'émerveillement, de douce tristesse... des déceptions aussi. Mais rien ne fut à la hauteur de ce premier soir, de cet homme que personne ici n'a revu depuis.

Seule la joie qu'il avait fait entrer en nous est restée. Notre vie s'est illuminée ce soir-là, et depuis, rien n'a pu entamer l'optimisme et l'harmonie qui règne dans notre couple. Je sais qu'il en est de même pour tous les clients qui étaient présents. Nous nous sommes revus, souvent, et avons sympathisé. Une fois par mois, nous réservons même le restaurant, nous tous, pour recréer un peu de l'ambiance de ce fameux soir.
Mais évidemment il manque toujours quelque chose, et si nous ne repartons pas vraiment déçus, le vide est là, présent, plus comme une question que comme un poids.

Nous savons la chance que nous avons eu ce soir-là. Et en ce moment, d'autres, ailleurs, vivent la même expérience. Nous avons l'impression de les sentir, parfois, les autres que l'homme a visité depuis, comme nous nous ressentons les uns les autres depuis ce soir-là, sachant en permanence où sont les autres et leurs émotions du moment.

Nous aimerions bien les connaître eux aussi, un jour. Les rencontrer au détour du labyrinthe de la vie, les ressentir instantanément, et ne plus jamais se perdre de vue.

Nous ne cesserons jamais de l'espérer.
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