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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 09:46
#021 Chrystelyne
écriture, jardin, mort, naissance , fauteuil, néant, nuage, stress, amitié, peau

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").

L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Il ne faisait pas très beau, cette après-midi-là. Le soleil, comme souvent ces derniers temps, jouait à cache-cache avec les nuages, et le vent en profitait pour glacer les corps jusqu'aux os. Il en allait de même dans le jardin, balayé en tout sens par des bourrasques hésitant sur une direction précise.
Pourtant, Harry venait de prendre place, comme tous les jours à la même heure, dans ce même fauteuil où il avait, envers et contre tout,  vécu tant d'aventures ces dernières années. La cour était protégée par un simple toit, lui évitant la pluie ou la neige, selon les saisons. Le reste, il ne le sentait même pas, tout absorbé qu'il était déjà au premier pas posé dehors, avant même de s'installer, par l'ampleur de ce qu'il voulait réaliser.

Pas de rituel particulier, rien de plus que ce fauteuil à cet endroit précis, avec en vue direct le grand chène au bout du jardin. Cette vue achevait de l'apaiser, chaque fois, replaçant toute chose à sa juste valeur.
Il sortit son carnet, dernier en date d'une longue série, puis le même stylo qu'il utilisait depuis 20 ans.

Un frisson d'anticipation lui parcourut la peau, comme il ouvrait le carnet à la première page vierge. Ce fut comme si le monde extérieur disparaissait complètement, laissant la place toute entière à l'écriture.

Dans la maison, des pas se faisaient entendre, une voix s'emportait contre des voix plus petites, un problème de devoirs pas fait, de chambres pas rangées. Le stress était perceptible, ce stress auquel Harry avait choisi de se soustraire depuis longtemps. Avant les enfants, il y avait eu d'autres raisons, toujours d'autres... il y en aurait encore après. Il savait que l'affrontement ne servait à rien, il avait essayé. Tout comme la voix avait tout fait au début pour le voler à son moment journalier. Sans plus de succès. Ils en étaient arrivé finalement à un status quo. Et chaque après-midi à la même heure, c'est seule que la voix choisissait de s'énerver... c'était dans sa nature, tout comme pour lui de poser de l'encre sur le papier.

En ce moment précis, Harry n'entendait rien de tout ça, il était retranché en lui-même. confronté une nouvelle fois à à cette mort particulière de l'écriture, à la naissance tantôt douloureuse ou jubilatoire d'un autre monde sous sa plume, au néant qui guette au détour des lignes, attendant l'émotion trop intense qui ferait basculer l'écrivain dans un spleen abyssal...
il n'y a que ceux qui n'écrivent pas qui peuvent penser que ce ne sont que des mots, que l'auteur qui prétend "vivre" son texte en le composant est un fabulateur. Harry, lui, ne connait que trop ces "réveils" difficiles d'après le dernier mot, quand la porte refuse de se fermer, quand chaque pas se fait au travers d'une épaisse masse cotonneuse assourdissant toutes pensées, gommant toutes émotions autre que ce "spleen". Et cela peut durer des heures d'une "remontée" lente, si lente...

Rien de tout ça aujourd'hui. Après deux heures exactement passées à écrire, Harry referma son carnet, remis son stylo dans sa poche, et se leva. Il était temps de rentrer et d'aider sa femme à préparer le repas. Ce soir, Ils recevaient le meilleur ami de celle-ci à diner.
Sans doute voudrait-il savoir si le fauteuil qu'il avait offert continuait à faire office, aussi longtemps après. La question était la même chaque fois, lui offrant ces jours-là une heureuse prolongation à ses moments de paix. Patrick était devenu avec le temps son ami autant que celui d'Helen, et c'est en toute conscience qu'il posait la question, pas dupe de la joie gourmande qui illuminait alors les trais de Harry, ni de la résignation muette d'Helen. Elle n'aimait pas se sentir ainsi exclue d'une partie de la vie de son mari. Mais malgré toute l'amitié qu'il avait pour elle, il savait qu'elle pouvait être épouvantable, par moments, et ne comprenait que trop bien le besoin qu'avait Harry de s'offrir une pause dans le flot, un moment rien qu'à lui. Ils en avaient parlé très franchement, un soir, pendant qu'Helen répondait au téléphone. Il y avait 20 ans de cela. Cela ne faisait que quelques jours qu'il avait commencé à fuir.
Une semaine après, pour son anniversaire, Patrick avait offert à Harry ce fauteuil, lui disant qu'ainsi il serait mieux que sur une chaise de jardin.

A ce souvenir, un sourire flotta sur le visage de Harry durant un instant. Il était toujours heureux des visites de Patrick, c'était une des rares choses qu'il partageait vraiment à 100% avec Helen, et qui ne risquait pas de provoquer de dispute.
Il soupira à cette pensée, le sourire disparut tout à fait.

Il rentra.
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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 13:46
#027 Motdit (thème "Ecriture ludique")
Ce texte était à écrire pour le 7/09/2007
Petit, rugby, sang, table, fleur, chat, bougie, fortune, lit, amour

L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.


Tout petit déjà, Vincent avait l'amour du rugby chevillé au corps. Il était devenu "accroc" de ce sport devant un match, où son père avait presque dû le traîner de force. Son père, grand fan de rugby, ne concevait pas que son fils puisse ne pas aimer tout autant que lui-même. Il ne savait pas alors à quel point cet entêtement à transmettre sa passion serait déterminant dans la vie de Vincent.

Bien vite, avec ses parents, il avait joué carte sur table : il voulait intégrer un club. Son père était fou de joie, mais sa mère avait un peu peur qu'il ne se blesse, elle avait tendance à le surprotéger depuis sa naissance. Elle finit pourtant par accepter, à la condition qu'il fasse bien attention.

Il revenait de ses entrainements les genoux en sang, au grand désespoir de sa mère les premières fois. Mais le sourire qui illuminait ses traits était impossible à comparer avec les autres moments, même les plus joyeux, de son existence. Pas une minute ne passait pour lui où le sport, les partenaires, le prochain entrainement, les tournois, n'occupent entièrement ses pensées. Ses résultats scolaires s'en ressentaient, mais son père montra autant de détermination à le faire travailler ses cours que ce fameux soir, pour l'emmener au stade.

Vincent finit par intégrer un cycle sport-études. Il faisait déjà partie des quelques meilleurs, d'après les sélectionneurs. "Mais à cet âge-là, ça ne veut rien dire" avaient-ils ajouté. S'il voulait continuer à croire en sa bonne fortune, qui le mènerait un jour en équipe de France, il devrait apprendre la rigueur, la discipline, adopter une bonne hygiène de vie et ne pas s'autoriser le moindre petit écart. Les entraineurs n'étaient pas là pour lancer des fleurs ou faire des cadeaux. Et à la moindre incartade, il devrait rentrer chez lui.

Il sut se faire une place dans cet univers aux règles quasi-militaires, qui ne parvinrent pas à le détourner de ses rêves.

On finit par le surnommer "le chat", par sa façon toute particulière de se saisir de la balle, sa course pleine de grâce, puis sa façon de sauter. Tout en lui évoquait le félin, et même son physique, inhabituellement fin pour ce sport, et la moustache qui vint orner son visage vers les 17 ans.

Il sortit premier de sa promotion, et n'eut aucun mal à trouver un club professionnel. Il souffla ses 18 bougies avec son contrat pour le Stade Toulousain en poche. Tout lui souriait.

Il lui fallut à peine deux ans pour être sélectionné pour la première fois en équipe de France, lors du dernier match de qualification pour la coupe du monde, où une défaite serait synonyme d'élimination.
Ce match restera à jamais dans les mémoires, car c'est à lui seul que Vincent donna la victoire à son équipe, marquant la moitié des points du match, et parvenant à la dernière minute à redépasser les anglais d'un point.
Il fut le héros d'une nation sportive en délire.

La coupe du monde se passa moins bien. Blessé au deuxième match, il ne put qu'assister à la progression de son équipe jusqu'à la demi-finale, où les mêmes anglais prirent leur revanche, avant de s'écrouler en finale devant la Nouvelle-Zélande.

Il eut cependant de nombreuses autres occasions de briller, totalisant en fin de carrière 10 titres de champion de france, plus de 100 sélections en équipe nationale, et deux coupes du monde. Il était un joueur comblé.


Un soir, au fond de son lit, Vincent se rappela du moindre moment depuis qu'il avait découvert le rugby. Et malgré qu'il venait d'annoncer sa retraite en tant que joueur, le moindre de ses projets tournaient encore autour de ce sport.

Il serait désormais entraineur du Stade Toulousain. Il venait de signer pour 3 ans.

Vincent était en paix avec lui-même. Il avait accompli presque tous ses rêves, était encore en âge d'espérer réaliser les autres, et d'en faire de nouveaux.

Regardant sa femme, paisiblement endormie, il sourit. Le plus beau de tous leurs rêves était dans son ventre pour encore quelques mois.

Il se blottit contre elle et s'endormit. Il rêva de leur vie à venir...
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7 septembre 2007 5 07 /09 /septembre /2007 12:28
Penser, c'est regarder au fond d'un puits et y laisser filer un seau relié à une chaîne, et avoir le plaisir de le ramener plein à ras bord d'une eau noire où se reflètent toutes les étoiles.

Christian Bobin
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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 16:40
A elle seule la vie est une citation.

Jose Luis Borges
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6 septembre 2007 4 06 /09 /septembre /2007 11:04
#002 d'eli cieux
rentrée, stress, poupées, marionnette, harmonie, feutré, pétillant, verdure,sable, arbre....


L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet "logorallyes", et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Raphaël observa le théâtre un long moment, ne parvenant pas encore à le quitter vraiment, à monter en voiture et partir vers sa nouvelle vie. Il en avait rêvé, pourtant, de ce jour, où il pourrait laisser les fils de ses marionnettes en d'autres mains, plus jeunes et pleines d'idées neuves que les siennes.  Plus jamais le stress de la rentrée, quand le spectacle est tout neuf et qu'on ne sait pas s'il plaira, ainsi que les nouveaux personnages... Plus jamais non plus les critiques de ceux-là qui lui demandaient, cyniquement moqueurs, ce que ça lui faisait d'encore jouer avec ses poupées, à son âge...

A 70 ans désormais, il avait décidé qu'il était temps, même si l'envie était encore là, même s'il y avait trouvé toute sa vie durant une paix et une harmonie avec lesquelles les plus belles plages de sable blanc, et tous les arbres et la verdure du monde, auraient bien du mal à rivaliser...

C'est à pas feutrés, le regard pétillant à nouveau au souvenir de tous les spectacles passés, de la joie des enfants et des plus grands aussi, des immenses triomphes populaires qu'il avait connu, qu'il avait fait le tour une dernière fois, des loges à la scène,  de la salle aux guichets.  Toute l'équipe était là, peut-être encore plus émus que lui. Ils ne disaient rien, il n'y avait pas besoin de mots pour exprimer. Il les avait tous recrutés, formés... ils avaient appris avec lui l'art du spectacle de marionnettes, raconter une histoire qui puisse plaire à tous, sans forcément être "simplifiée". L'humour, c'est facile, mais il leur avait aussi appris à exprimer la tendresse, la colère, la douleur... Il avait toujours voulu un vrai théâtre d'ambiances.  Les réservations à chaque fois complètes lui avaient donné raison.

Avant de rejoindre sa voiture, il les avait longuement embrassés, serrés dans ses bras. Puis, symboliquement, il avait donné la clé des lieux à Manuel, son propre fils. Le nouveau directeur.

Il savait qu'il n'avait aucuns soucis à se faire, Manuel était meilleur qu'il ne l'avait jamais été. Les 5 dernières saisons, il avait écrit quasiment tous les spectacles, supervisé la création des marionnettes, aidé à la formation des nouveaux ... lui, vieillissant, était là dans le rôle du patriarche, pour souder l'équipe, partager son expérience, et à l'occasion animer l'un ou l'autre personnage, comme il avait toujours tant aimé le faire.

Il pouvait facilement se passer d'être le patron, mais pourrait-il vraiment ne plus être ce clown tantôt hilarant, tantôt triste, par marionnettes interposées ?
Parviendrait-il à reprendre les fils de sa vie, qu'il n'avait à vrai dire vécue qu'ainsi, par procuration, et réaliser tous ces projets qui lui tenaient tant à coeur ?

Seul l'avenir le dirait... mais sa femme avait bien mérité cette retraite dorée à laquelle ils pouvaient prétendre. Le théâtre était plus que rentable, leurs économies en témoignaient. Ils n'auraient à se soucier de rien.

C'est en pensant à Maria, son épouse, que Raphaël parvint à détourner les yeux de SON théâtre, qui n'était plus le sien désormais.
Il monta en voiture, et démarra, sans un regard de plus, qui aurait risqué de le pousser à continuer, encore.

Il y a un temps pour chaque chose, se répéta-t-il pendant plusieurs minutes, en s'éloignant...



Il lui fallu plusieurs mois pour s'en convaincre tout à fait.

Il revint souvent sur les lieux, pour assister discrètement aux premières des nouveaux spectacles. Ce n'est qu'en voyant ainsi son oeuvre se poursuivre, les triomphes de son fils et de toute l'équipe, qu'il finit par trouver la paix.

En effet, il y avait un temps pour chaque chose. Et pour celle-là, il avait bien profité de tout son temps.
Il n'avait rien à regretter.
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