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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 18:33
... par dessus tout, on cherche à se trouver ...

Calogero - "Partir ou rester"
et merci à Chrystelyne d'avoir ramené dans ma mémoire
cette citation, et la superbe chanson qui la contient,
à l'occasion d'un article-poésie sur la fin de vie,
dont je vous conseille vivement la lecture...
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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 15:04

J'ai décidé pour les prochains jours de corser un peu le défi que je me lance, en prenant les listes dans l'ordre où je les avais reçues (sauf exercices de la communauté "Ecriture ludique" évidemment) pour combler certains trous et ne pas faire attendre plus longtemps ceux qui me les ont proposées.
Cela donnera donc #004, #028 (communauté), #008, #012, #015 (pour savoir à quoi ces numéros correspondent, voir les listes que j'ai reçues jusqu'ici dans le cadre du projet "logorallye - Recueil "braises / et ce que j'en ai fait)
Et l'exercice d'écriture sur base d'une image planifié pour samedi (voir le planning sur le blog de la communauté "Ecriture ludique") sera couplé avec la liste
#018 confiée par Marianne ... et qui peut s'y prêter (le hasard faisant bien les choses, je trouve).
Rendez-vous donc dans les prochains jours pour lire les différents résultats...


#004 Alex (reçu par courrier direct / pas de lien)
feuilles, métal, cuisson, photoshop, visage, coupé, rasoir, talc, vernis, chiffons, pâtes, coton-tige


Il avait toujours aimé le contraste des feuilles avec la surface de métal, autant par la couleur que la texture. Il les détachait une à une du bloc pour les poser à même le plan de travail, pour sentir en écrivant le contact rude mais si stimulant.

Quand il avait vu cette plaque métallique inutilisée à l'atelier de son frère, Vincent l'avait voulue, immédiatement. Il savait très bien où il allait la placer. Et de fait, elle était maintenant solidement ancrée au mur, dans la seule pièce de la maison qui n'avait pas été terminée. Il y avait donc un autre contraste, entre la nudité des murs, l'absence de revêtement au sol, et puis ce bureau, surface uniformément peinte en noir, mais un noir brillant dans lequel il aimait contempler, le soir, la lueur de la petite lampe qu'il posait sur le coin gauche, reflétée, et qui prenait des apparences presque fantomatiques, idéales pour l'inspiration.

Cette pièce devait être le bureau de Pam, à l'origine. Puis elle avait décidé qu'elle était mieux là où il avait envisagé de placer le sien, une grande pièce bien éclairée où elle pouvait s'épanouir autour de ses multiples bureaux, étagères, fours. Pam était une artiste complète, qui maîtrisait toute la gamme de la création, des premiers pré-projets sous photoshop, jusqu'à la cuisson des pâtes diverses ou la pose du vernis, sur des bijoux, figurines, ou des toiles. Elle avait vite recouvert toutes les surfaces inoccupées avec un invraisemblable empilement de chiffons, boites de cotons-tiges, et matériaux divers dont il ne savait plus si elle avait même un jour pris la peine de lui expliquer à quoi ils pouvaient bien lui servir. Tout juste avait-il retenu que ce qu'elle appelait "stéa", "stéatite, ou "pierre à savon" était cette matière gris-verte, rugueuse au toucher, dans laquelle elle sculptait certains objets, pour "s'amuser" entre deux projets plus sérieux, avant de retrouver la vraie flamme créatrice. Sa femme ne mettait pas de talc sur les fesses de ses enfants, elle taillait dedans pour en faire naître ses créations. L'idée l'avait beaucoup amusé quand elle lui avait expliqué la nature de cette matière. Elle avait été étrangement vexée de sa réaction.

En s'installant devant son bureau ce jour-là, Vincent pensait à sa femme, à tout ce dont elle avait besoin pour créer, et à sa façon de se plaindre encore si souvent qu'elle n'avait pas tout ce qu'il fallait, que ça n'allait pas, qu'elle n'arrivait à rien, la technique la trahissait, l'inspiration se refusait... elle inventoriait alors pendant des heures les moindres tubes, boîtes, flacons, pensant peut-être que ce qu'elle avait perdu s'y trouvait... plus sérieusement, une sorte de rituel, le seul qui parvenait à l'apaiser, avant de se remettre au travail.

Vincent, lui, n'avait besoin que de ce papier précis, posé sur cette table, à l'exclusion de toutes autres choses sauf la lampe. Et le même stylo, toujours, mais plus par superstition. Il avait déjà écrit avec d'autres accessoires, et avait également obtenu de bons résultats. Mais ce qui comptait, c'était la porte de cette pièce fermée, le son qui ne passait pas de l'énervement de sa femme devant son chantier permanent... et son bureau en métal.

Il avait essayé au début, de travailler dans le salon, sur un ordinateur portable. Il avait choisi de s'isoler parce que Pam était impossible à ignorer, et elle, il lui fallait la porte grande ouverte, parce que pendant qu'elle travaillait, elle se sentait vite claustrophobe.  Il était donc venu ici, mais l'incongruité de l'ordinateur  posé sur une simple table pliante au milieu de la pièce lui avait vite semblé insupportable. Et puis il avait vu cette plaque métallique... et ça avait été comme une évidence. Elle l'avait appelé plus qu'il ne l'avait choisie. Sa finalité telle qu'il l'avait perçue immédiatement avait été irrésistible. Depuis, son impatience à commencer sa journée d'écriture ne s'était jamais démentie, les idées surgissant à flot à la simple évocation du métal sous son stylo, et lui procurant un plaisir quasi charnel d'une intensité indescriptible.
Quand il écrivait, il était comme un fou. Le reste du temps, comme un drogué en manque qui ne pense qu'à sa prochaine dose.

Il y pensait si fort ce matin, devant la glace, que le rasoir avait eu du mal à trouver son visage, puis avait choisi le mauvais angle, et qu'il s'était coupé. Trop rasé par endroits, pas du tout à d'autres. Cela lui arrivait souvent. Pam adorait ce côté "grand distrait rêveur" de son homme, ne soupçonnant pas qu'ils faisaient un tout avec d'autres aspects qu'elle supportait beaucoup moins, et que la source était ici, dans cette pièce, où il oubliait tout, y compris elle, parfois pendant plus de 10 heures d'affilée. Son mari n'avait pas de maîtresse, il avait juste Le Bureau Parfait ... en tout cas pour lui.  En quelque sorte, c'était pire.
Tout écrivain, ou artiste, à du mal à sortir de son oeuvre à heure fixe. Vincent avait en plus un bureau très exclusif dans leur relation, qui exigeait de lui tout ce que son mental pouvait donner. Au point qu'il s'endorme parfois la tête posée sur lui, complètement épuisé, après un troisième marathon consécutif, seulement séparés par un repas sommaire et quelques grommellements distraits en guise de réponses à Pam.

Elle ne supportait pas plus cet aspect de leur relation qu'il ne comprenait le travail qu'elle faisait et l'état dans lequel elle se mettait. Mais ils s'adoraient. Quand il s'endormait ici, c'est à côté d'elle qu'il s'éveillait, sur le matelas qu'elle avait installé dans le fond de la pièce, pour ce genre de circonstances. Elle le rejoignait, le soutenait jusqu'au matelas dans le semi-coma où il était plongé, passait son bras autour de lui, et la nuit passait ainsi. Au matin, ils se regardaient longuement, puis, sans un mot, rejoignaient la chambre, bien plus confortable, où ils s'octroyaient une journée d'agréables retrouvailles. C'était leur rituel, et après 5 ans ensemble, malgré leurs insupportables caractères, leur goût de la solitude, les passions extrêmes qui les rongeaient tous deux dans leurs domaines respectifs, ils s'aimaient encore plus qu'au premier jour. ils avaient su, à défaut de se comprendre l'un l'autre, respecter mutuellement leur territoire, et s'admirer pour les résultats obtenus. 

Ils exposaient ensemble, les écrits de Vincent illustrant les oeuvres de Pam, ou l'inverse, les oeuvres se recoupant, se complétant, dans la plus intime des fusions. A l'image de leur couple. Leurs passions s'étaient comprises à leur place, et les tenaient debout, main dans la main.

Ils le resteraient pour la vie.


C'est à cette pensée que, finalement, Vincent posa son stylo sur la feuille, et commença à écrire.

Un jour de plus commençait. Un jour de plus était comme terminé, déjà...

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 13:04
Pour une meilleure organisation (et pour cesser d'égarer les bloggeurs intéressés entre divers lieux pour tenter de trouver les informations sur comment participer, pour quand, à quoi, ...), la communauté "Ecriture ludique" vient de se doter d'un blog qui publiera régulièrement, outre le planning des exercices (catégorie "plannings"), le récapitulatif des participations, au fur et à mesure du déroulement des exercices.

Ceci devrait donner à toutes les activités une meilleure visibilité, et permettre à ceux qui hésitent encore à participer de prendre conscience de ce qu'est vraiment la communauté, de son ampleur exacte.

En espérant que ces nouveautés plairont à tous les membres actuels... et permettront d'en attirer de nombreux autres :-)


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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 14:45
Il y a des moments où l'on ne peut s'empêcher de faire des bêtises : cela s'appelle l'enthousiasme.

Henri Meilhac
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9 septembre 2007 7 09 /09 /septembre /2007 12:41
#006 Gazou (lien non spécifié)
s'accorder, musique, vie , authentique, oser, revenir à soi, se régaler, merveille, amour, délicatesse

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Marc n'avait jamais su faire semblant. Une vie qui ne soit pas authentique, avec de vrais partages, de l'amour quel qu'en soit le degré, des âmes qui s'accordent sur les mêmes notes, la même musique universelle de l'humain, écoute, compréhension, reconnaissance, lui paraissait vaine.
Il ne cachait rien de ses émotions, et savait lire à la perfection celle des autres dans les regards, les voix, sur les visages, dans les attitudes. Il pensait que l'écoute ne s'arrête pas aux mots, que l'on peut tout se dire de tellement de manières, il suffit d'être attentif...

Ce soir, Marc aurait voulu pourtant pouvoir se taire par tous les pores de sa peau, ne plus faire le moindre geste, chasser la moindre expression, éteindre ses yeux. Ne pas montrer à Annie qu'il n'en pouvait plus de cette existence, qu'elle reparte en paix de cette visite amicale. Marc haïssait plus que tout déranger, être un poids, faire perdre leur temps à des gens qui avaient infiniment mieux à faire. On lui disait souvent qu'il fallait qu'il ose aller plus vers les autres, accepter d'être leur égal, pas inférieur, qu'il n'avait pas à se cacher, à se retrancher en lui. Que souvent le plus court chemin pour revenir à soi, quand tout semble s'effondrer autour, passe quand même par les autres. La solitude n'est pleine que d'elle-même, il ne le niait pas. Mais Marc avait trop de délicatesse dans ses rapports avec les rares personnes qui l'entouraient pour tenter ce pas, faire peser son fardeau.

Quand il fermait les yeux, Marc s'imaginait le monde comme un immense lac, paisible, au milieu d'une forêt millénaire. La quiétude du lieu était infinie, et l'ensemble était une vraie merveille. Il aurait voulu laisser tous ses sens se régaler de cette vision... mais des sons répétés, insistants, venaient bien vite gâcher la vision.

Sur la rive, il y avait des silhouettes qu'il distinguait mal, qui lançait des cailloux vers le lac... il y avait des milliers de lanceurs, peut-être des millions... quand il s'approchait un peu, le vacarme était insupportable, de ces pierres lancées dans leur course folle, ricochant une fois, deux, dix, mille, faisant des ronds dans l'eau avant de couler. Le lac avait à peine le temps de retrouver le repos, les cercles n'avaient même pas fini de disparaître, que d'autres cailloux déjà venaient troubler la surface ainsi perpétuellement violée de cet éden.

Souvent, deux cailloux ou plus venaient se télescoper, précipitant leur descente vers les profondeurs du lac. Les lanceurs semblaient heureux de ces hasards qu'ils voyaient comme une chance. Marc ne comprenait pas quel était le but, mais ses sensations, peu à peu, commençaient à lui apporter les réponses.

Soudain, une silhouette se retournait vers lui, puis deux, des centaines... Il sentait alors le mouvement s'emparer de lui... il était un caillou lancé vers le milieu de ce lac, vers là où nous allons tous, la mort.

A chaque ricochet, il craignait de couler, puis reprenait espoir à ce nouveau sursis. A chaque autre pierre vite croisée, il se prenait à rêver faire plus de chemin avec une, peut-être...
Puis il entrait en collision avec une pierre, au sommet de sa trajectoire de rebond... elle tombait et coulait à pic, malgré toute sa volonté de la sauver. Puis il replongeait vers le lac... et ricochait encore. Avant d'entrer en collision à nouveau, encore et encore et encore.

Marc sentait que dans le grand plan qui régissait ce lieu, il était un destructeur. Il aurait déjà du couler lui aussi, après un choc, mais il ricochait toujours, continuant sa course folle, certes de moins en moins vite, mais causant toujours autant de dégâts, n'ayant jamais le bonheur de couler lui aussi avec cette pierre dont il avait croisé la trajectoire. Il sentait pourtant que c'était là le seul bonheur possible, l'union totale jusqu'à la fin, la paix d'être ensemble, là, au fond. Couler n'était pas la mort, pas tout de suite, si l'on n'était pas seul pour le faire. Mais malheur à ceux qui entraient dans ses eaux avec leur solitude... malheur à ceux qui ne savaient pas construire, donner un sens à ces rencontres...

Il se sentait envahi par un désespoir intense devant les ravages qu'il causait, les existences qu'il abrégeait, et le vide croissant, l'immense froid, là, au fond de son âme... C'était uniquement la faute du lanceur, tentait-il de se dire... mais était-ce bien vrai ?

Arrivait toujours le moment où il prenait conscience, soudain redevenu humain au milieu de ce lac, et regardant vers la rive, qu'il était aussi le lanceur. Et que les autres s'éloignaient de plus en plus de lui, craignant ses tirs. Alors le désespoir explosait, et il lui fallait rouvrir les yeux avant que de nouvelles images, plus proches de l'enfer, ne viennent hanter son esprit déchiré.


Ce soir, Marc avait fermé les yeux à nouveau, revu tout ça encore, et rouvert les yeux un peu trop tard. C'est le regard noyé de larmes qu'il avait du aller accueillir Annie, qui ne vit rien. Dans l'intervalle, il avait épongé ce qu'il avait pu, par politesse, pour ne pas déranger...

Elle ne vit rien, mais les minutes passant, elle sentit le trouble de son ami. Elle ne le connaissait pas depuis longtemps, mais pensait souvent qu'ils étaient trop pareils, qu'ils ne pouvaient rien se cacher.
Elle insista encore et encore, jusqu'à ce qu'il finisse par s'ouvrir à elle. Il ne voulait plus continuer à ricocher ainsi, rejeté par le lac autant que par les autres, dont il ruinait la vie quand il essayait d'être plus proche...

Le prenant dans ses bras, Annie pleura avec lui, ne sachant comment apaiser une douleur aussi forte.

Se faisant, elle coula avec lui. Et quand les larmes s'apaisèrent enfin, se regardant, ils comprirent qu'en effet ce n'était pas la mort, et que le bonheur était là.

Il fallait juste ouvrir son coeur pour cesser de ricocher sans fin...
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