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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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15 septembre 2007 6 15 /09 /septembre /2007 21:30
Ce texte répond à la double contrainte d'une liste de mots, et de l'exercice du jour de la communauté Ecriture ludique, écriture autour d'une image, et tentera dans les prochains épisodes de répondre également à deux autres thèmes d'atelier d'écriture : introduire les notions d'"Equilibre" et de "Vide" comme axe central de tout ou partie du texte.

Ce texte est donc à suivre. Je ne saurais pas dire combien de parties il y aura, elles ne sont pas encore écrite. De la même façon, je ne peux pas donner de dates pour la parution de la suite, mais je ferai le plus vite possible.

#018 Marianne
miséricorde, vulgarisation, opium, pierre, lune, ordinaire, sensibilité, peuple, grenouille, responsable

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici .



Marc Dorin ne savait pas s'il devait regretter d'être venu à ce spectacle, dont pourtant il attendait tant. Les lumières n'étaient pas encore éteintes, et il venait seulement de s'installer à sa place réservée, sous la surveillance attentive des responsables de la salle. L'encadrement quasi militaire le mettait mal à l'aise, tout comme le résultat de ce placement si particulier des spectateurs, déterminé le jour de l'achat des billets : pas de voisin direct à gauche ou à droite, et pareil pour devant et derrière. Un siège d'écart minimum, c'était la règle. La salle n'était pas remplie au 10ème de sa capacité, les responsables oeuvraient en nombre pour que les gens restent à leur place. Les sièges "libres" avaient de toute façon était condamnés par un socle métallique qui paraissait inamovible sans avoir les bons outils... et impossible de s'assoir dessus. Il paraissait évident à Marc qu'il n'avait d'autre choix que de rester bien sagement à la place désignée... ou de partir.

Un regard vers l'endroit où Florence avait été placée, du côté droit de la scène, dans la tribune la plus proche de celle-ci, lui confirma qu'elle était installée, apparemment très détendue. Il décida qu'il ne ferait pas moins bien qu'elle, d'autant qu'à la base, c'était surtout lui qui avait voulu réserver pour le spectacle. Il n'allait pas abandonner maintenant.

Alors il s'assit, et patienta. Après tout, il avait une bonne place, presque au centre de la salle, à gauche de la ligne de séparation entre les sections A et B. La meilleure vue, incontestablement.



Tout avait commencé avec cette affiche, découverte au hasard d'une promenade. Une longue silhouette vêtue de noir sinuait en dessous du titre, intriguant, qui ne manqua pas de le fasciner : "Si tout va bien je meurs demain".

L'ironie de ces mots l'avait convaincu à la seconde. Florence, elle, semblait plus réservée. Pourtant, ils étaient tout deux à la recherche de spectacles originaux, blasés de ces pièces absurdes ou juste "ordinaires", ou ces comédies musicales ne privilégiant que la forme. Cette affiche semblait promettre une soirée peu banale... mais quelque chose avait semblé perturber Florence, que Marc ne comprit pas.

Il fallut quand même une discussion, un soir, après le diner, avec un ami proche, pour la décider tout à fait, plutôt par esprit de contradiction que par réelle adhésion cependant.

L'ami avait en effet tenu des propos très exagéré, qui n'avaient pas manqué de les faire réagir tout deux. Il soutenait que le peuple demandait toujours plus de son opium favori, les spectacles, et que plus l'on poussait la vulgarisation, misant sur une forme impeccable, des chorégraphies millimétrées, plus le public était content. Et surtout il ne fallait pas lui parler de signification, à ce public, pas lui casser la tête avec quelque chose de trop réfléchi ! Ils étaient là, tous, pour se détendre après une journée de travail ou d'obligations diverses, pas pour réfléchir.

Marc et Florence aurait pu tomber d'accord avec leur ami, mais celui-ci avait continué, affirmant qu'une telle affiche que celle qu'ils lui avaient décrites étaient juste un pas de plus dans le racolage organisé par les producteurs, pour faire oublier le vide total de contenu, tout était selon lui dans l'image... Que la troupe soit inconnue ne l'avait pas fait changer d'idées, au contraire. Pour lui, les petites structures, pour exister, devait renchérir encore par rapport aux grosses sociétés de production, aux grandes salles. Ils n'avaient pas le choix. Sinon, ils finissaient par couler, et c'était à ça que l'on reconnaissait un bon spectacle, qu'il n'était pas joué longtemps et provoquait la faillite des fous qui l'avaient tenté.

Lui n'allait plus voir de spectacles depuis longtemps. En cela, ses propos étaient cohérents avec ses pensées réelles. Mais une telle étroitesse de vue avait poussé Florence, habituellement très posée, à sortir quelques horreurs bien senties, ce qui avait abrégé de beaucoup la soirée... elle n'aimait pas le sous-entendu derrière les propos tenus, qui la renvoyait au rôle de spectateur captif, abruti par les producteurs, sans aucun jugement propre, entièrement sous le contrôle des images, du son, du décorum...

Après que l'ami fut reparti, Florence lui avait dit que dès le lendemain, ils iraient acheter leurs billets. Il était précisé sur l'affiche qu'une seule place pouvait être réservée par personne, et les enfants non admis. Ils iraient donc tous les deux.



Et ils s'étaient rendus au théâtre, comme prévu, sans se douter des surprises qui les attendaient.

Tout d'abord, on leur avait remis un petit morceau de pierre, prétendument de lune, dont il faudrait absolument qu'ils se munissent pour venir au spectacle. Sans ce caillou, ils ne pourraient pas rentrer.

Ce genre d'étrangeté les amusant plutôt, ils n'y firent pas plus attention.
Ils eurent plus de mal quand on leur annonça que les places étaient numérotées, et déterminée pour eux par la responsable de la troupe, qu'ils allaient immédiatement rencontrer. On leur assura que cela ne durerait pas longtemps.

Ils furent alors conduits dans une petite pièce, ou une dame très grande semblait tenir assise par un miracle d'équilibre sur une chaise derrière un bureau où trônait la reproduction très fidèle d'une grenouille.

A leur entrée, elle se leva, un grand sourire illumina son visage comme elle leur serrait la main et les invita à s'assoir.

Une miséricorde (*) était accrochée à un des murs, qui capta toute l'attention envieuse de Marc, qui entendit à peine les premiers mots de la femme.

- Alors comme cela vous êtes intéressés par mon spectacle... merci beaucoup !

Marc trouvait la situation très incongrue, et ne savait pas quoi dire. Il jeta un regard à son épouse, qui le regardait également.

 - Je vois que vous êtes troublés... permettez que je vous explique pourquoi je tiens à rencontrer les spectateurs à l'avance. Mon spectacle est tout public, je vous l'assure, même s'il peut choquer les enfants, et donc nous l'avons réservé à un public adulte. Il n'y a rien dedans pourtant qui soit pornographique ou violent... mais je m'éloigne du sujet.
Disons que le spectacle peut, selon l'endroit où les gens se trouvent dans la salle, ne pas être perçu de la même manière. Ayant pris conscience de ce fait, je tiens à respecter la sensibilité de chacun, et donc je reçois chaque spectateur personnellement pour lui faire passer un petit test tout simple, qui me permet de déterminer l'endroit optimal où l'installer pour le spectacle, pour qu'il en profite au mieux.

Je ne vous cache pas qu'il peut arriver que je ne puisse pas placer deux personnes l'une à côté de l'autre, ni même les recevoir le même soir. J'espère que cela ne vous gênera pas, le cas échéant...


Florence commença à s'insurger, mais la femme leva une main apaisante, qui l'arrêté net dans ses protestations. Elle se rassit.
Marc avait du mal à reconnaître son épouse, habituellement tellement extrême dans ses réactions. Il continua à ne rien dire.

La femme derrière le bureau continua.
- bien, je ne vais pas vous retenir plus longtemps... seulement un petit test, et je pourrai vous donner vos billets, si vous les voulez toujours bien sûr...

Le couple hocha la tête avec une synchronisation parfaite.

- Le test, donc... je vais vous demander tour à tour de prononcer un mot, un mot tout simple. Mais avant de le prononcer, je vous demande de faire le plus possible le vide dans votre tête, de ne penser qu'au mot, puis de bien inspirer et de le prononcer clairement... vous êtes prêts ? Alors je vous demande simplement de me dire... OUI.

Je sais que cela vous surprend, prenez le temps nécessaire pour que cette surprise disparaisse de votre esprit, faites le vide, inspirez... quand vous êtes prêt, prononcez le mot.

Il leur fallut 10 minutes pour s'apaiser suffisamment. Ce fut Florence qui y parvint en premier. Puis ce fut son tour. Ce n'était pas si simple de dire "oui" comme cela, à rien, sans raisons. La surprise était violente, mais la présence magnétique de la femme les avait maintenus captif du moment, et ils l'avaient vécu jusqu'à son terme.

Une fois le mot prononcé, l'atmosphère sembla devenir moins pesante. Le sourire de la femme s'élargit.

- Laissez-moi regarder le planning... il semblerait que je puisse vous recevoir dans une semaine exactement, tous les deux le même soir... cela vous convient-il ?


Ils avaient encore approuvé d'un simple hochement de tête. Il semblait décidément impossible de prononcer le moindre mot devant cette femme sans qu'elle l'ait explicitement demandé.

Elle leur avait alors remis leurs billets, et leur avait souhaité une bonne journée, "et à bientôt !".

Il leur avait fallu plusieurs heures, à se regarder, incrédules, pour retrouver l'usage de la parole. Tout cela était décidément très étrange. Ils étaient enthousiasmés par l'originalité de la démarche, dont ils avaient du mal à saisir le sens exact.
Mais toute cette organisation promettait beaucoup. Et puis avec une telle directrice pour la troupe, ça devait valoir le déplacement !

Ils avaient payé sans sourciller un prix astronomique dont ils n'avaient pris conscience qu'une fois rentré chez eux. Comme s'ils avaient été hypnotisés.




Marc repensait à tout cela, tentant de se calmer, attendant que le spectacle commence. Encore une ou deux minutes d'après sa montre... ce n'était rien par rapport à l'impatience qui s'était emparé de sa femme et lui durant la semaine écoulée, impatience aujourd'hui disparue, pour lui du moins, bien que la curiosité fut encore là, au fond... pas loin. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'elle allait prendre le dessus dans quelques secondes, et qu'il passerait une bonne soirée si le spectacle le valait, oubliant complètement les "contraintes" de l'organisation.

Il s'agita un peu sur son siège, cherchant la position la plus confortable. L'ayant finalement trouvée, il ne bougea plus.

Soudain, les lumières s'éteignirent, et la musique prit possession de la salle, figeant le public par sa beauté.

Le spectacle venait de commencer.

(à suivre)



(*) La miséricorde est une sorte de dague ou poignard à lame mince, à deux tranchants ou à section carrée. Il est question de cette arme dès le XIIIe siècle.
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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 23:39
L'âme résiste bien plus aisément aux vives douleurs qu'à la tristesse prolongée.

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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 13:38
#015 Yara
Bicarbonate, Fiévreux, Orphelins, Haricots rouges, Défenestrer, Soupir, Ecrin, Diamant, Caricature, Cambriolage, Secret


Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici .



Max était paralysé par ce qui venait de se produire sous ses yeux. C'était un cauchemar, rien d'autre, impossible autrement. Tom allait sortir de sa cachette et lui expliquer que ce n'était qu'une autre de ses farces stupides. Il lui chuchoterait alors (pas le moment de hurler) que franchement il vaudrait mieux s'en tenir au plan initial, sans ajouts, surtout pas de ce genre... et ils pourraient terminer ce maudit cambriolage et déguerpir d'ici au plus vite, avant que leur identité ne soit plus un secret pour personne, et que toute cette histoire tourne vraiment à la caricature.

Mais Tom n'était caché nulle part, et ça venait vraiment de très mal tourner.

Il ne faut surtout pas paniquer, rester concentré, pensa Max, s'autorisant un long soupir. Ca avait toujours réussi à le calmer. Et même dans le contexte, où ça ne pourrait qu'être insuffisant, cela l'aida à ne pas craquer.



Il venait juste de finir de découper la vitre de protection quand l'accident était survenu... il acheva le mouvement commencé alors, sortant l'écrin contenant le Vizir, le plus fabuleux diamant connu, pour lequel Ludovic Van Sand, milliardaire collectionneur, et vieil ami de leur famille du temps où Tom et lui n'étaient pas encore orphelins, leur offrait un bon prix.

Il rangea le tout dans son sac à dos, réajusta les brides, et entrepris de descendre par où ils étaient venus, la fenêtre de droite vue de l'extérieur... et donc celle de gauche maintenant.
Avec les ventouses, cela se passa aussi bien qu'à la montée. Mais son esprit ne pensait qu'à ce qu'il allait trouver en bas.

Heureusement que la voiture n'était pas loin, pensa-t-il.
Et aussi que le bruit de verre n'ait pas encore alerté les gardiens, décidément bien laxistes


Arrivé en bas, il fonça vers la voiture, démarra, et revint se garer pile en face de la fenêtre de gauche. Il sortit, observa. Tout allait bien, toujours pas d'alerte.

Il se dirigea alors vers le corps, qu'il chargea prestement dans le coffre de la voiture.

Tout ça à cause de ces foutus haricots rouges !



Tom avait toujours été très gourmands pour ce plat, son préféré. Quitte à être malade après, il pouvait en manger jusqu'à 1kg, avant de passer des heures à avaler du bicarbonate de soude pour aider à digérer...

Là, il n'avait pas eu des heures. Tom était fiévreux, mais avait juré que cela irait. Max avait voulu le croire.

La montée avait déjà été assez hasardeuse. Puis il avait fallu qu'il découpe la fenêtre pour entrer... ils avaient suivi le plan, Tom s'occupant des caméras de sécurité (lampes neutralisantes), Max se concentrant sur les systèmes de protection autour du diamant.

Et puis il fallut que Tom, trop près de la fenêtre, fasse un malaise, tombe vers la vitre et soit défenestré.


Ne sachant pas encore ce qu'il allait faire du corps (il avait vérifié rapidement - pas de pouls, le compte était bon), Max remonta en voiture et démarra.
La nuit allait être longue...



A une des fenêtres, un gardien venait de prendre une nouvelle photo, avec cette fois la plaque d'immatriculation. Pratique, ces nouveaux appareils numériques sans flashs, avec correction automatique de la luminosité par après...

Il reprit le téléphone, et donna l'information au policier responsable du dispositif de bouclage du quartier.
L'arrestation ne serait qu'une formalité...
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14 septembre 2007 5 14 /09 /septembre /2007 12:55
La quiétude... C’est le bien de ceux qui ont à jamais choisi une part de leur destin, et rejeté l’autre.

  Colette - Paix chez les bêtes
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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 12:34
#012 Marianne
grabataire, piano, lac, luminaire, pièce, potager, cérébrale, transe, arc-en-ciel, je t'aime

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici.



Depuis que je suis grabataire, comme ils disent quand ils pensent que je dors et que je ne les entends pas, j'écris. Je passe mes journées à écrire, ça remplace le soleil qui me chauffait le dos quand je sortais pour m'occuper de mon potager.

Ca remplace également le piano, dont je jouais souvent. Les mots aussi sont des notes, d'une autre gamme qui s'apprend avec le temps, pareillement.

Coincé dans ce lit, dans la maison de repos où je suis depuis maintenant deux mois, j'ai tout mon temps, alors j'apprends. Je profite que l'attaque cérébrale m'ait rendu ma tête et mes mains, tant pis si les jambes n'y sont plus, au moins je peux encore tenir une plume et en faire bon usage. Je sais la chance que j'ai de pouvoir prétendre à cette renaissance, même diminué, différent. Tant ne l'ont pas eue... alors je profite autant que je peux.

Parfois, il arrive qu'écrire remplace aussi un arc-en-ciel, quand la transe est assez profonde, quand la lumière s'échappe des lignes alignées, plus puissante que celle du luminaire posé sur la table à côté de mon lit, et dont j'use et j'abuse toutes les nuits. Mon attaque m'a également privé de dormir, trois heures par nuits me suffisent. Je suis dans une chambre individuelle, alors je ne dérange personne. Je passe la nuit à écrire, ou je fais la lecture à Monique, la jeune infirmière qu'on a mis d'astreinte toutes les nuits pendant un mois, pour la punir de je ne sais trop quoi. Elle a, depuis, choisi de continuer son travail dans ces horaires, juste pour m'entendre.

Elle semble en effet trouver plaisir à ces moments, s'émerveille à mes modestes histoires. Je me découvre compris, attendu, dans cette vie que je me réinvente par le seul pouvoir des mots, et son visage qui s'illumine ou s'attriste au rythme de ma prose vaut tous les "je t'aime" du monde. Dans cette pièce, presque chaque nuit, je suis sur scène et je tiens tous les rôles. A la fin, le public applaudit, et je m'endors heureux. Même si ce n'est que pour trois heures, elles valent bien les huit heures des autres, et la fatigue ne me rattrape pas.


Le regard de mes petits-enfants sur les pages que je noircis est bien différent. Je les vois souvent comme un lac dont je n'ai pas encore fait le tour, une étendue d'eau immense où il fait bon se retrouver, où deux endroits ne seront jamais ni tout à fait dissemblables, ni tout à fait pareils, mais en tout cas indéniablement liés. Eux me disent que dans ce lac, ils s'y noient, que c'est trop long, toujours trop long mes histoires. Mes petits-enfants lisent des romans de plusieurs centaines de pages sur des apprentis-sorciers dans une école, mais quelques pages de mon écriture leur font peur on dirait, même s'ils reconnaissent que j'aurais quelque talent pour l'écriture, et qu'il faut que je persévère...

Peut-être faudrait-il plus de méchants, et plus de sexe aussi, dans mes écrits ? Je me demande parfois si ça ne les feraient pas lire jusqu'au bout, un peu de piment supplémentaire. A notre époque, ce n'est plus le plat seul qui compte, la sauce est pour 90% dans l'opinion des critiques, qu'ils soient gastronomiques ou autre. Alors je rêve à ces histoires que j'écrirais et qu'ils liraient enfin... mais j'en ris bien vite, tant elles ne me correspondent pas.

Mes enfants, eux, ne me lisent pas plus que je n'ai fais attention à eux pendant toute leur vie, paraît-il. Je les vois rarement. Quand ils sont là, je veille soigneusement à ne pas sembler trop différent de ce père qu'ils dépeignent, ça les perturberait trop, les pauvres, de se découvrir aimés, mauvais fils autant que j'ai pu être père imparfait. J'ai toutes les raisons de leur épargner ça.


D'après les médecins, je ne serai jamais en état de quitter ce lieu. Ca ne m'empêche pas d'écrire, et de communiquer avec l'extérieur, via l'ordinateur portable que je m'étais offert avant l'attaque, et la connection wifi du home. Je sépare bien les deux, pour la création il faut le papier, l'ordinateur c'est pour le deuxième jet et l'extérieur. Les visions qui me viennent sont trop fragiles, trop fugaces, pour accepter tout de suite l'électronisation. Elles se réchauffent d'abord sur les feuilles, prennent corps... puis je peux sans risque les transposer dans l'autre monde, où elles s'épanouissent dans des espaces entièrement dédié aux mots et à leur mise en page...

Je suis ici pour tout le temps qu'il me reste, mais je fais contre mauvaise fortune bon coeur.
Sans le dire à ma famille, j'ai contacté un éditeur. Son opinion n'est pas celle de Monique, mais pas non plus celle de mes petits-enfants. Il y a du travail, mais il veut bien le faire avec moi. Je ne demande pas mieux, et c'est ce que je fais une bonne partie de la journée, quand je n'écris pas de nouvelles pages.

J'avais toujours pensé que sans mes jambes, moi l'homme qui ne tenait pas en place une seconde, la vie s'arrêterait. Mais la vie s'adapte à tout. J'ai eu 65 ans pour courir, aujourd'hui je suis dans ma tête un tout autre chemin.
Je suis heureux, pleinement, rien ne me manque.

Sauf Monique, ses nuits de repos. Mais ce manque-là est doux, qui me permet de lui préparer de belles surprises pour son retour...
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