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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 19:11
Le passé qui s'invite
une photo, un sourire,
une larme qu'on évite
une page tournée, pour pas pire

tout a subsisté, juste là
ancré gravé, à coeur ouvert
on dit qu'il suffit de laisser le temps passer
et construire, pour que s'efface hier
pourtant les numéros, les mots
chaque moment, jusqu'au dernier
tout me revient et c'en est trop

je n'étais pas prêt à te revoir

mais ce sourire, je vais le garder
dans ma mémoire, ton sourire que j'espérais
dans ta vie, loin, moi qui ne pouvais que te détruire
ton sourire qui ne gomme rien, mais il est


peut-être pourrais-je enfin cesser
de perdre le mien quand me souvenir déchire
peut-être pourrais-je exister
hors de cette ombre qui ne me désire
pas, cette ombre où je n'avais pas ma place
cette ombre dont j'ai trop longtemps masqué
la beauté du monde autour

peut-être pourrais-je me souvenir
où j'ai jeté la clé
et libérer cette moitié de moi
fidèle seulement à un souvenir
une chimère

peut-être pourrais-je enfin être entier
pour cette vie à inventer d'urgence
et pour celle qui l'a tant mérité
qui m'accompagne dans chaque errance

et vaut bien un meilleur chemin...



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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 10:38
Autre guerre, mêmes horreurs... alors je republie ce texte, qui me paraît affreusement "de circonstances"...



Les bombes tombaient. Des fragments partout. Il courait, courait, sa cadette dans les bras, ses deux aînés devant ...
Sa femme ... il ne savait pas. Quelque part dans les fragments. De métal et de vie.

Ses fils criaient. Il lui semble en tout cas. Qu'il devait se dépêcher.
Toujours plus de bombes, toujours plus de fragments.
Ses pensées aussi se fragmentaient. Entre un présent trop rapide, que sa raison jouait pourtant comme au ralenti, et les images de ce qu'il laissait derrière. Les souvenirs. Bons comme mauvais.
Trop douloureux dans tous les cas.

Ses fils criaient. De nouvelles explosions. Dans son cœur, il sentait aussi qu'une bombe était tombée.
Sa femme ... un autre fils mort devant lui. A quoi bon continuer ?

Il déposa sa fille dans les bras de son cadet. Le poids était trop lourd dans sa tête.

Trop de fragments.

Il savait que s'il restait là, dans ce temps suspendu, il y en aurait bien un pour le tuer. D'un métal glacial, de toute la vengeance accumulée, ou d'un chagrin trop brûlant, qu'importe. Qu'importe aussi qu'Allah soit grand, quand il savait que sa mort serait salie, exploitée, statistique anti-occidentale pour ce pouvoir qu'il n'avait jamais soutenu, statistiques de combattants ennemis morts pour cet occident dont il n'avait jamais été l'ennemi, et finalement juste une mort abjecte pour ses proches.
De la douleur qui ne cicatriserait jamais.

Comme pour lui. Sa femme, son fils ...

La vraie foi était dans la volonté de vivre encore. Pour que mentent les statistiques et la « géopolitique ».


Longtemps après, les bombes cessèrent.


Il faudrait retrouver un abri avant que ça recommence. Car ça recommencerait, sûrement ...

Il trouverait. Par foi.
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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 15:15

Ci-dessus, vous pouvez entrapercevoir le résultat de 4 jours de travail intensif en début d'année pour créer le site, et encore de nombreuses heures depuis lors (et aujourd'hui même) pour y ajouter du contenu. Tout cela a été réalisé dans le but, finalement, de vous proposer un espace où vous aurez, j'espère, plaisir à venir lire quelques citations, classées par sujets, par auteurs, ou par ordre inverse d'arrivée. Peut-être commencerez-vous par la citation du jour, avant de vous balader au gré des rubriques, puis en proposant quelques unes de vos citations préférées dans "Vos citations", avant peut-être de laisser vos "Commentaires", pour nous dire ce que vous aurez pensé du site lui-même.

Et ce ne sera, je l'espère, qu'une première visite en ce lieu géré par Béa et moi :-)

Allez, trêve de bavardage, je vous redonne le lien (pour ceux qui n'ont pas déjà cliqué sur l'image... )
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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 11:27
Ce poème est polémique, cela vaut un avertissement d'usage. Je revendique le droit à l'émotion devant l'horreur, et à l'exprimer sans censure. Je suis humain, et au naturel très tolérant, sauf avec le totalitarisme, ou avec les fous de tous bords qui attentent à la vie humaine.  Inutile donc de me taxer de racisme, ou autres mots doux.




Un jour, ils ont vu le pire
ils le disent haut et clair
aux quatre coins de la terre
de peur que l'on en déchire

si fragile, la mémoire
de peur que l'on se perde encore
dans une nuit trop noire
par la négation des corps

Un jour, ils ont vu le pire
nous ne pouvons qu'imaginer
à quoi alors la vie peut bien tenir
comment ne pas lâcher

C'est une leçon de ténacité
et d'horreur à bannir
une blessure d'humanité
à retenir


Un jour, ils ont vu le pire
nous n'oublierons jamais

mais eux, comment ont-ils pu n'en conserver
que la façon d'autrement le reproduire ?


Dites-moi qu'ils se sont juste trompé
de sens en cherchant la paix...

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 10:50

Ce texte a été écrit d'abord en version courte ( 1500 signes), puis allongé en incorporant :
- un début imposé par le thème d'un atelier d'écriture  ("le docteur Bonenfant" -> "... un miracle, la nuit de Noël)"
- le thème "apparences" de l'atelier imaginair (voir les liens de ce site)


 

 Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : " Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... ". Et tout à coup, il s'écria :

- « Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.
 
A vrai dire, ce n’était pas ainsi que le voyait l’homme qui me l’a raconté. Mais tout est relatif, bien sûr.
 
A l’époque, j’étais tout jeune médecin, et comme la nuit de Noël on manque toujours de personnel, j’étais de garde avec les infirmières. Affecté à « l’unité spéciale » comme ils disaient alors.
 
Qui ça ils ? ben les « spécialistes » qui y travaillaient.
 
J’avoue que j’ignorais en quoi consistait exactement leur travail. Mais ce n’était pas fondamental pour une garde. J’avais juste besoin que les dossiers de chaque patient soient en ordre, pour pouvoir parer à toutes éventualités.
 
Oui oui j’en viens aux faits… vous voulez votre miracle de Noël…
 
Les infirmières m’avaient raconté qu’il y avait eu beaucoup d’agitation dans la journée, au bloc d’opération 113, celui de « l’unité spéciale ». Elles n’en savaient pas plus, juste que le patient était maintenant dans une chambre, bien vivant, réveillé. Et qu’il appelait toutes les 5 minutes, pour tout et pour rien. Probable qu’il se sentait seul. Pas marrant de passer la nuit de noël à l’hôpital, en chambre individuelle, sans famille proche.
Je crois que sans l’avoir jamais vu, je le comprenais, cet homme. Aussi, quand il appela la fois suivante, j’annonçai à la chef infirmière que j’y allais, et que si elle avait besoin de moi, elle n’aurait qu’à venir me chercher.
 
Il voulait de la compagnie, et la soirée était fort calme. Je me sentais en fait aussi seul que lui, probablement. J’y allai donc. »
 
***
 
L’homme m’attendait, étendu sur son lit, le regard perdu au plafond. Dans un premier temps, je doutai qu’il m’ait seulement entendu entrer. Mais bientôt il me salua.
 
- tiens, un docteur… elles en ont eu assez de mes appels ? »
- Il faut les comprendre, monsieur… il n’y a pas que vous dans le service. Et puis, c’est la nuit de Noël
- oui je sais … je pense à ma famille, qui doit être occupée à fêter sans moi… ça me rend triste.
- A vrai dire, je pensais que votre famille viendrait vous voir ce soir. C’est le cas pour presque tous les autres…
- Ils ne savent même pas que je suis ici, Docteur. J’aurais bien aimé les prévenir, mais on ne me l’a pas permis. Et de toute façon, ça ne servirait à rien.
- On ne vous l’a pas permis ???? comment ça ????? et puis si, ça servirait ! Ils doivent être fous d’inquiétude !
 
- Détrompez-vous, docteur… Ne vous agitez pas ainsi, vous me donnez le tournis.
Asseyez-vous, et laissez-moi vous raconter une histoire.
 
Comme vous me voyez là, je suppose que vous me donneriez une trentaine d’années… oui, je m’en doutais. On dit souvent que le physique est trompeur, qu’il ne reflète pas ce qu’on a dans la tête. Dans mon cas, rien n’est plus vrai.
Pourtant, dans cette vie qui vous apparaît comme plutôt courte, comme tout le monde j’ai aimé et détesté. Souffert, prié, souffert encore. Je me suis émerveillé, et ennuyé aussi. J’ai connu le dégoût. Je n’ai rien oublié de la faim, la soif, les maladies, le désir. Tout me revient clairement comme je vous parle, là, même si pas forcément dans cet ordre. Et pour tout dire, je ressens certaines de ces choses, là, maintenant. Mais il y a une différence entre maintenant et avant.
 
A l’époque, j’étais vivant.
 
- Si je puis me permettre… vous l’êtes toujours, monsieur.
- Oui je sais. Je le suis toujours. Enfin, il paraît. Mais écoutez-moi jusqu’au bout.
 
J’ai mené ma vie un peu comme tout le monde, sans rien en faire qui l’aurait rendue « inoubliable ». Je n’ai été ni artiste, ni savant, ni sportif, homme politique, riche homme d’affaires. Ni roi ni héros. J’ai juste été moi, et ça m’a suffi. Mes enfants parleront de moi à leurs enfants. S’en souviendront-ils ? Deux générations, et on n’en parlera plus, de l’ancêtre !
 
Oui, j’ai des enfants, docteur. Une femme qui m’aime, aussi. Non je vous ai déjà dit, ils ne s’inquiètent pas du tout. Pas dans le sens où vous pourriez le penser. Laissez-moi continuer.
 
Malgré l’apparence de jeunesse du corps que vous avez devant vous, il me semble quand même qu’elle a été bien remplie, ma vie. Rien qui justifie des regrets. Rien qui vaille des prolongations. A vrai dire, depuis quelque temps, je suis un peu fatigué…
 
Donc c’est avec soulagement que j’ai accueilli la mort, quand elle est passée me chercher.
 
***
 
A ce point du récit, le docteur Bonenfant s’arrêta, savourant l’effet de la dernière phrase. Un homme bien vivant, qui prétend que la mort est venue le chercher, il fallait le temps que l’idée fasse son chemin dans l’esprit de ses petits-enfants.
Il en profita pour allumer un bon cigare… mmm, un délice
 
- Papy, il était fou le monsieur alors ? Et c’est quoi, le miracle ?
- Oh là, pas si vite les conclusions, mes petits… dans la vie, il ne faut jamais se fier aux apparences. J’en ai eu une parfaite démonstration ce soir-là.
- Raconte, papy, raconte !
 
Alors, il raconta
 
***
 
- D’après votre dossier, vous ne présentez qu’une légère arythmie consécutive à l’anesthésie, mais sinon vous n’avez jamais risqué la mort, monsieur…
- Docteur, arrêtez de penser avec vos yeux et écoutez-moi.
Je vous affirme que la mort est passée me chercher. Je sais, ça a l’air incroyable. Mais vous allez comprendre.
 
Donc là, en ce moment paradoxal, je pense à ma vie, terminée je vous le répète. Et c’est ma mort qui commence.
Sauf que rien n’a changé.
 
A nouveau j’aime, je déteste, rien ne manque. Sauf la vraie mort.
 
Oui, je vois que vous êtes soulagés, je ne suis pas complètement fou, je sais bien que là je ne suis pas ce qu’on peut appeler mort. Je vous parle, j’ai un cœur qui bat. Tout va bien, oui.
 
Mais ce corps n’est pas le mien. Ils m’en ont trouvé un autre, « compatible ».
Ils m’ont volé ma mort.
 
Vous ne comprenez pas, docteur ? Normal. C’est encore top secret, ils doivent encore faire des tests pour être sûrs avant de présenter les résultats de leurs travaux.
 
Voilà, je suis le premier « transplanté mental ». Le même homme, mais dans un autre « habitacle » de chair, si vous voulez.
 
J’ai 50 ans de moins, « toute la vie devant moi ». Quelle ironie.
 
***
 
Le docteur interrompit à nouveau son récit. Les enfants étaient plus attentifs que jamais, mais lui, il avait besoin de boire un petit verre. Se souvenir n’était pas chose facile.
Mais bien vite, il continua.
 
- Je … bon, je sais, ici c’est « l’unité spéciale », on doit vous l’avoir dit… et je n’ai pas la moindre idée de ce qui la rend « spéciale »… mais vous avouerez quand même que votre histoire est dure à croire, non ?
 
L’homme sourit, compréhensif.
 
- C’est pourtant simple, docteur.
J’ai 79 ans. Je ne les fais plus, mais ce n’est pas la réalité, ce corps, je vous l’ai déjà dit.
J’ai fait une crise cardiaque. Banal, à mon âge. Ma femme a appelé les secours, ils sont arrivés vite, mais n’ont rien pu faire. Je suis mort peu après mon arrivée à l’hôpital. Et normalement l’histoire aurait dû s’arrêter là, une banale fin de vie pour une personne âgée.
Sauf qu’avant même que je décède, « l’unité spéciale », comme vous dites, m’avait déjà pris en charge. Mon décès était prévisible à l’arrivée, ils avaient besoin d’un cobaye... voilà.
 
Pour le corps, c’est une autre histoire. Un homme jeune, qui s’est effondré brutalement. Rupture d’anévrisme, hémorragie cérébrale. Il est arrivé vivant ici, mais malgré l’opération, le drainage du sang et que sais-je encore, il ne s’est pas réveillé. Bien vite, l’activité cérébrale a cessé. Mystères du cerveau.
C’était idéal pour les médecins. Ils voulaient voir si avec une autre « âme », le cerveau redémarrerait.
La technique a l’air au point, vous ne trouvez pas docteur ?
 
- C’est… oui en effet, très au point, c’est un vrai miracle !!! La science a vaincu la mort !
 
***
 
Les enfants, fascinés par le récit, acceptèrent mal une nouvelle interruption. Mais le docteur Bonenfant ne pouvait pas leur raconter la fin telle quelle. Il emprunta donc un raccourci, enjoliva quelque peu, expliqua que si la technique n’avait finalement pas été adoptée, c’est qu’elle ne marchait que dans des cas très rares, que ça entraînait des complications… ce qui n’enlevait rien à ce miracle de la science. Que ce soit un cas unique ne lui donnait que plus de valeur.
 
Les enfants firent de beaux rêves cette nuit-là.
 
Le docteur, quant à lui, ne put pas dormir, se souvenant.
 
***
 
- Un miracle ? oui, on peut voir ça comme ça.
Mais mettez-vous un instant à ma place, docteur.
Toute une vie à apprendre à me connaître, à apprivoiser ce corps, à me construire une vie, une famille.
Et puis là, vous vous enthousiasmez et je subis. Vous souriez, et moi, je ne me reconnais plus.
Personne ne le pourrait, d’ailleurs.
J’imagine la réaction de mes enfants, ma femme, même avec des preuves.
Je n’ai plus personne que moi, et l’image que je vois dans ce petit miroir me dit que ce n’est pas moi.
 
Alors c’est sans doute excitant, l’idée de tout recommencer depuis zéro, mais… moi j’aimais bien ma vie avant, vous savez ? Je n’avais pas envie d’en changer comme ça. Pas avec mes souvenirs d’avant, non. De mon vivant, j’acceptais l’idée de la réincarnation, pourvu qu’il y ait l’oubli, béni soit-il.
 
Là, je sais que j’ai presque 80 ans, et c’est faux. Que j’ai une famille, et c’est faux. Que je suis mort, je l’avais bien senti, l’impression de flotter au-dessus de mon corps.
Avant de me retrouver piégé dans un autre.
Donc, même ma mort est fausse.
Que me reste-t-il ? Cette vie ?
 
Ce n’est pas la mienne. Mes souvenirs ne collent pas à ce corps qu’on m’a donné.
Ca n’a rien d’un miracle. C’est un cauchemar.
 
- Beaucoup de gens donneraient tout pour qu’on les ramène, ainsi, après leur décès.
- Non, docteur, non… qu’on les ramène le plus à l’identique possible. Personne n’est prêt à un changement aussi radical, même ceux qui veulent « changer de vie ».
 
- Je ne sais pas quoi vous dire… vous devriez bénir la vie, en profiter… je sais, ce sont des mots très « convenus », mais…
- Vous avez raison, docteur, parfaitement raison. Il faut juger la vie à sa juste valeur.
A nouveau je vais attendre la mort sans impatience, vivant chaque instant qui m’en sépare pleinement.
 
Mais cela durera exactement jusqu’à ce qu’on me débranche de cette machine, là, et que je sois enfin autorisé à me lever.
 
Alors, quand ils ne surveilleront pas, j’ouvrirai la fenêtre, et je sauterai.
Le temps qu’ils réagissent, je serai vraiment parti cette fois.
 
Vous me regardez horrifié, mais comprenez-moi bien. La vie est un bien précieux. Mais la mort en fait partie, et c’est le cycle normal. Le corps s’use, l’esprit aussi, les expériences se font et ne sont plus à faire, les moments s’accumulent en souvenir, tout cela fait une vie qui vaut la peine d’être vécue parce qu’elle s’inscrit dans un parcours logique, parce que malgré les circonstances extérieures c’est bien nous qui contrôlons.
On m’a changé de corps, mais quand je ferme les yeux je sais qui je suis, quel âge j’ai. Ce n’est pas une question de « comment je me vois » mais comment je me sens, ce que me disent mes souvenirs, le sens de mon parcours. J’ai 79 ans et je suis mort, et c’était le moment. Oui, j’aurais savouré avec joie encore un an ou deux auprès des miens. Mais c’est fini, de toutes les façons. On m’a donné un autre parcours à suivre, sans me demander mon avis.
Pourquoi devrais-je accepter ?
 
***
 
Le docteur Bonenfant repense à tout ça. La fin de la conversation… il a tout tenté pour faire changer d’avis le patient. Mais ses convictions étaient ébranlées.
Il a noté dans le dossier « tendances suicidaires ». On n’a pas lâché le patient d’une semelle. Puis, une semaine après, la nuit du Nouvel An, à minuit juste, on le retrouva mort dans son lit, juste comme ça. Mort cérébrale.
 
Est-ce que la greffe mentale n’avait pas tenu, un rejet, ou Dieu avait-il entendu la dernière prière de cet homme ? Il demandait simplement le droit de mourir, à son heure.
 
Depuis lors, le docteur a toujours voulu croire que le vrai miracle, c’était ce 1er janvier qu’il avait eu lieu. Quand la vie avait repris son cours normal, malgré les manipulations.
 
Bien sûr, les chercheurs de « l’unité spéciale de réanimation » (le nom complet qu’on avait fini par lui donner) se sont acharnés. Des dizaines de tentatives, autant d’échecs, beaucoup plus cuisant. Plus jamais ils ne parvinrent à « réanimer » un homme, ne fusse que quelques heures.
 
Finalement, on abandonna le protocole.
 
Le docteur s’était quant à lui réorienté vers la médecine palliative, l’accompagnement aux mourants. Il avait compris que l’homme pouvait avoir besoin, aussi, de ne pas être seul sur ce chemin, d’avoir prêt de lui quelqu’un qui comprenne, accepte, écoute sa souffrance et ne cherche pas à tout prix à changer les choses.
Juste être compris et accepté, jusque dans son agonie.
 
Tout homme y a droit.
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