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Ce blog et les écrits qu'il contient sont mis à disposition par Michel Bosseaux (l'auteur) selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.
 
 

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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 11:40
Texte basé sur une liste de mots proposée par Viviane / Russalka dans le cadre d'un atelier d'écriture par internet.

Nuit, oreille, murmure, aube, géante, courir, horloge, araignée, mort, mirage, incendie, lune, escalier sans marches



C'était une nuit sans lune, peuplée seulement des murmures de la rivière, et d'araignées courant en tout sens, comme affolées par quelque chose d'indéfinissable, quelque chose d'énorme, comme un sentiment de catastrophe imminente, comme une vibration au fond des oreilles, un tremblement de tout le corps. L'aube approchait, et nous espérions tous que ce mirage d'angoisse se dissipe au soleil... mais l'horloge géante de l'église ne tourna pas assez vite, et le cauchemar s'amplifia. Bientôt, la rumeur fut là, gonflant peu à peu jusqu'à tout déborder, et puis les premières lueurs confirmèrent le pire : l'incendie était là, et allait tout dévorer sur son passage...

Et c'était comme vouloir gravir un escalier sans marches, comme une longue chute immobile au fond des pires horreurs. Nulle part où aller assez vite pour changer une virgule à un destin auquel ne manquait plus que le point final. Il ne resta rien de notre village. Rien non plus des autres habitants. Certains pensaient, en sautant dans la rivière, échapper aux flammes. Ignorant qu'elle en était l'origine.

Quelques kilomètres plus loin, un camion de produits chimiques hautement inflammables était tombé dans la rivière, et l'explosion avait mis le feu à la forêt... mais aussi à la nappe qui s'étendit bien vite, apportant, au fil de l'eau, la mort comme seul message aux vastes étendues qu'elle traversait...


Et moi, si je suis encore là pour en parler, c'est par pur hasard. Il y avait un vieux puits, près de ma maison, datant d'une époque où la rivière était asséchée... je me jetai au fond sans réfléchir, les pompiers me retrouvèrent là... Vivant, et me demandant bien pourquoi j'avais tout fait pour l'être.

Je me pose toujours la question. A quoi bon ? Ma vie a brûlé entièrement ce jour-là...

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29 août 2006 2 29 /08 /août /2006 10:20
Petit matin un peu glauque. Pas longtemps que j'ai ouvert les yeux. Là, je fume une cigarette sur le balcon. Pas dormi plus d'une heure, l'alcool fait son effet, mais je suis bien, simplement bien.

Je me retourne et le contemple. Non, ce n'est pas un rêve, il est là, bien là. Chaleur dans mon ventre. Et ce n'est vraiment pas un rêve, c'est en fait beaucoup mieux que ça... la réalité est ce que j'ai voulu en faire. Et lui, je l'ai voulu, vraiment voulu...

Ca n'a pas été simple. 3 ans qu'il ne me regardait pas, qu'il courait après ses chimères, après cette fille inaccessible... pourquoi ? Avait-il donc besoin de souffrir autant pour se sentir vivant ? Et moi, quel besoin de m'accrocher ainsi à lui ?
J'ai d'abord cru que c'était le plaisir de la conquête, un défi que je me lançais... comme toutes les autres fois... d'ailleurs c'est ce qui l'a fait reculer, longtemps. Ma réputation. J'ai très vite su que ça allait beaucoup plus loin. Il a mis plus de temps à le comprendre.
Mais à force de présence, d'écoute, de douceur... nous voilà maintenant.

Dans son demi-sommeil, il me regarde.
Ce qu'il est beau...

J'achève ma cigarette et doucement, je vais me recoucher tout contre lui.

Instant suspendu.
Se retournera, se retournera pas ... ?

Il se retourne.

La suite n'appartient qu'à nous. Et encore la suite...

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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 23:15
Ce texte a été écrit sur base d'une liste de mots suggérée par Cathy (que je remercie vivement), et illustré en m'inspirant des superbes photographies d'Harenatoche, que je vous invite vivement à découvrir à votre tour.

Mots imposés : Illusion / chimère / fleur / nature / liberté





Illustration : Harenatoche

Quand certains se bercent d'illusions
bâtissent des chimères
dans des tours de bétons
- antichambre de l'enfer -

inhumaines et austères

une fleur pousse doucement
à la lumière
là où il y a encore de l'air
là où personne en ces temps

ne vient plus respirer

la nature vit encore, là, derrière
notre mécanique "réalité"
une fleur pousse, en liberté

et personne pour la couper


Il reste de l'espoir sur cette terre...

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27 août 2006 7 27 /08 /août /2006 13:04
Brutalité, cauchemar, sont au rendez-vous de ces textes inclassables ailleurs, qui méritaient bien leur rubrique. Heureusement courts, ils peuvent choquer, et le feront sûrement. Ils l'ont déjà fait.

Il faut dire qu'en choisissant de sonder le mental d'un homme, au moment où il bascule dans une pulsion de folie, ou juste après... je m'exposais !

Vous voilà donc prévenus...



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23 août 2006 3 23 /08 /août /2006 09:31
Et la poussière retourne à la poussière... mais la transition est progressive. D'abord la vie dissout, dilue peu à peu. Et ce qui résiste, la mort le brise. Mais en vérité il ne reste que peu, car, au fil du temps, le vent souffle, la foudre fragmente l'âme, des pans entiers s'égarent on ne sait trop où...

Ils disent qu'on n'y perd ainsi que des illusions, en chemin. Moi, je sais que c'est le goût de vivre lui-même qui se décompose. Juste comme une petite gorgée d'un alcool très fort : on fait durer, on sent toutes les nuances, mais à la fin il ne reste quand même que la brûlure, et un mauvais goût en bouche.
L'alcool a ses gueules de bois, la vie son cercueil. C'est plus définitif, mais ce n'est pas la même matière pour rien.

On perd l'envie, donc... et derrière, la mort qui vient est une délivrance, et plus même : une raison d'espérer et craindre, encore, à nouveau. Une nouvelle aventure, un peut-être. Plus du tout une fin.

Tout est relatif.

Pourtant, il reste la peur, au moment d'éteindre la lumière. Pas de mes propres pensées, oh non... Depuis le temps, on se connait trop bien elles et moi, on se respecte je dirais. Chacun sa tranche horaire, et tout va bien dans le meilleur des mondes. Non, c'est plutôt l'angoisse diffuse que ce soit la dernière fois : ne plus jamais ouvrir les yeux sur la lumière, ne plus me sentir respirer, ni le moindre craquement dans les os, la moindre douleur.
Et puis le lever du soleil. Etonnant comment au crépuscule d'une vie, on en vient de plus en plus à guetter l'aube, à s'en emplir jusqu'à déborder, comme s'il était encore possible de tout recommencer, comme si...


Mais non, je ne pleure pas, fils ! Seulement un peu mal aux yeux
Apporte-moi mes lunettes, s'il te plaît.


Voilà... Où en étais-je ? Ah oui, le lever du soleil.
Ce matin, pour la première fois depuis 30 ans, je l'ai manqué. Pas très grave, peut-être, mais c'est maintenant, alors que les heures me sont comptées, précisément maintenant que j'en aurais eu le plus besoin. Comme de toutes ces petites choses que l'on vous refuse si "raisonnablement" ici. Et rien n'est jamais très grave, non, personne pour s'en plaindre de ceux qui sont passés entre ces murs.

Et pour cause !

Mais ne perdons pas de temps avec ces détails. L'essentiel est ailleurs, qui n'attendra plus très longtemps.

Je me suis souvent interrogé sur les dernières minutes de la dernière heure. Nous y voilà.


Non, ne pleure pas s'il te plaît. Sinon je vais recommencer aussi...


Tu es là, à mes côtés, mon enfant, le plus beau cadeau que la vie puisse faire à un homme. Parfois amer, surtout quand on a tellement peur de mal faire que l'on fait n'importe quoi.
A te voir, là, on dirait quand même que je ne m'en suis pas si mal tiré. Mais il faut bien avouer que si ta mère n'avait pas été là pour rectifier le tir...

Maria.

Elle m'a tant manqué, tu sais ? Ne pleure pas. Il y a un après, bien sûr qu'il y en a un. Aujourd'hui, c'est le début de mon éternité auprès d'elle.
Nous t'attendrons. Le plus longtemps possible.


Allez, embrasse-moi, et laisse-moi faire mon dernier pas, seul, comme je pense qu'on doit tous l'être pour pouvoir le réussir. Je ne voudrais pas arriver devant ta mère en trébuchant ! Tu la connais, avec sa façon de se moquer, si douce...



Le vieil homme est seul maintenant. Avec son grand verre d'eau, ses toutes petites pilules, sa vie entière dans un prénom qu'il murmure, une dernière fois, avant d'avaler.

Son cancer déjà loin derrière lui.

Son fils juste à côté, derrière la vitre, le regarde les yeux noyés. Et lui respire à fond. Encore une fois.

Puis ferme les yeux.

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