Faux rêveur - Site d'écriture
Sur une liste de mots proposée par Claire Ogie, un texte qui, je l'espère, vous plaira.
Elle s'appelait Diane. Quand il l'avait vue pour la première fois, c'était dans ce musée, où elle observait le squelette d'un dinosaure de taille appréciable. Et quand, l'espace d'une seconde, son regard avait glissé vers lui, ce n'avait pas été pour plus qu'une rapide évaluation, comme on effeuille une marguerite en rêvant à autre chose, mais sans vraiment la voir. Et le sourire qu'il lui tendait alors n'y changea rien.
Il s'était senti glacé jusqu'au sang, vidé de toute son énergie.
Il avait soif, et le besoin de boire qu'il avait si bien combattu ces derniers mois se refaisait impérieux. La plume, redevenue par le fait d'une seule seconde tonne de plomb, ne lui chatouillait plus le visage. Le manque l'étouffait, le consumait au plus profond... En un regard, elle avait révélé ce qu'il y avait de plus intense en lui, sur la palette des émotions.
Il avait pris une table, sorti tranquillement son brûle-gueule, qui lui avait si souvent servi de talisman pour contrer les poussées. Il aimait le rituel tranquille, du nettoyage au bourrage lent, méthodique... au fil des gestes mesurés, il retrouvait le contrôle de lui-même, peu à peu.
Il s'apprêtait à allumer sa pipe, mais elle fut plus rapide que lui.
Elle le regardait en souriant.
- Je ne vous offre pas un verre, bien sûr... il vaudrait mieux éviter. Et ne vous posez pas la question... je ne bois pas non plus.
- mais ...
- non, pas un mot... vous avez cru que je ne vous avais pas vraiment vu, tout à l'heure, pas vrai ?
- ...
- votre silence parle pour vous... C'est bien, le silence... ça permet de se dire tellement plus de choses...
Ils avaient beaucoup parlé en silence, ce jour-là, assis autour de cette table, rien qu'à se regarder tandis que le soleil baissait lentement. Il n'avait pas su comment elle avait compris son malaise, comment elle l'avait retrouvé. Il n'avait rien demandé, ce n'était pas vraiment nécessaire. Dans son regard il y avait la trace d'une brisure, un peu jumelle de la sienne, et ce n'est pas le domaine des questions de lever ce voile-là. Seul le temps, et la confiance...
Et avec elle assise à ses côtés, il avait tout son temps...
n. m. (pl. Brûle-gueules). XVIIIe siècle. Composé de brûle, forme verbale de brûler, et de gueule.Fam. Pipe à tuyau très court.
Elle s'appelait Diane. Quand il l'avait vue pour la première fois, c'était dans ce musée, où elle observait le squelette d'un dinosaure de taille appréciable. Et quand, l'espace d'une seconde, son regard avait glissé vers lui, ce n'avait pas été pour plus qu'une rapide évaluation, comme on effeuille une marguerite en rêvant à autre chose, mais sans vraiment la voir. Et le sourire qu'il lui tendait alors n'y changea rien.
Il s'était senti glacé jusqu'au sang, vidé de toute son énergie.
Il avait soif, et le besoin de boire qu'il avait si bien combattu ces derniers mois se refaisait impérieux. La plume, redevenue par le fait d'une seule seconde tonne de plomb, ne lui chatouillait plus le visage. Le manque l'étouffait, le consumait au plus profond... En un regard, elle avait révélé ce qu'il y avait de plus intense en lui, sur la palette des émotions.
Il avait pris une table, sorti tranquillement son brûle-gueule, qui lui avait si souvent servi de talisman pour contrer les poussées. Il aimait le rituel tranquille, du nettoyage au bourrage lent, méthodique... au fil des gestes mesurés, il retrouvait le contrôle de lui-même, peu à peu.
Il s'apprêtait à allumer sa pipe, mais elle fut plus rapide que lui.
Elle le regardait en souriant.
- Je ne vous offre pas un verre, bien sûr... il vaudrait mieux éviter. Et ne vous posez pas la question... je ne bois pas non plus.
- mais ...
- non, pas un mot... vous avez cru que je ne vous avais pas vraiment vu, tout à l'heure, pas vrai ?
- ...
- votre silence parle pour vous... C'est bien, le silence... ça permet de se dire tellement plus de choses...
Ils avaient beaucoup parlé en silence, ce jour-là, assis autour de cette table, rien qu'à se regarder tandis que le soleil baissait lentement. Il n'avait pas su comment elle avait compris son malaise, comment elle l'avait retrouvé. Il n'avait rien demandé, ce n'était pas vraiment nécessaire. Dans son regard il y avait la trace d'une brisure, un peu jumelle de la sienne, et ce n'est pas le domaine des questions de lever ce voile-là. Seul le temps, et la confiance...
Et avec elle assise à ses côtés, il avait tout son temps...
n. m. (pl. Brûle-gueules). XVIIIe siècle. Composé de brûle, forme verbale de brûler, et de gueule.Fam. Pipe à tuyau très court.
Sam 18 aoû 2007
8 commentaires
J'aime dans ton texte le silence des mots. Il vient toujours le moment où les mots sont superflus... et se font brûle-gueules.
Ernest J. Brooms - le 18/08/2007 à 12h18
;-) Bien dit !
Michel Bosseaux
pour moi parfait ! à la mesure de mes ressentis...subtil, le concert de silence habité en prime, que demande le peuple, bravo !
ceci dit en pasant une rencontre de ...rêve !
ceci dit en pasant une rencontre de ...rêve !
d\\\'éli cieux - le 18/08/2007 à 12h22
je trouve aussi oui :-)
Et je savais que le moment de silence te plairait, j'ai pensé à toi en l'écrivant :-)
Merci pour ta lecture attentive :-)
Et je savais que le moment de silence te plairait, j'ai pensé à toi en l'écrivant :-)
Merci pour ta lecture attentive :-)
Michel Bosseaux
C'est gé-nial !!! Bravo !
Tu vois que tu as trouvé pour le brûle-gueule... ;-)
Tu vois que tu as trouvé pour le brûle-gueule... ;-)
Claire Ogie - le 18/08/2007 à 13h08
Heureux que ça t'ait plu :-)
C'est pas tout de caser un mot, il faut encore lui donner un sens dans le contexte. S'en servir comme talisman contre la rechute alcoolique, et comme point d'ancrage de la rencontre entre ces deux êtres, m'a semblé à la hauteur :-)
C'est pas tout de caser un mot, il faut encore lui donner un sens dans le contexte. S'en servir comme talisman contre la rechute alcoolique, et comme point d'ancrage de la rencontre entre ces deux êtres, m'a semblé à la hauteur :-)
Michel Bosseaux
Merci pour ton passage, Faux Rêveur!
Et bravo pour ton site... j'aime ceux qui jouent et se délèctent des mots
SysTooL
Et bravo pour ton site... j'aime ceux qui jouent et se délèctent des mots
SysTooL
SysTooL - le 18/08/2007 à 15h08
:-) Merci beaucoup !
Michel Bosseaux
on aime prendre son temps en lisant ce texte......
wassy
wassy - le 18/08/2007 à 15h28
c'est la meilleure façon de l'aborder à mon sens :-)
Michel Bosseaux
joli texte, avec une première partie de la vie d'un peu tout le monde, qui pourrait se suffire à elle-même (tout les mots y sont), et une deuxième partie "bonus" (pour tout le monde, personnage ou lecteur) !
pi - le 08/01/2009 à 11h38
content que tu prennes la deuxième partie comme un bonus, et non comme en trop :)
Merci pour ce commentaire :)
Merci pour ce commentaire :)
Michel Bosseaux
j'ai eu plaisir à lire ce texte
à bientôt
à bientôt
Bataillou - le 15/01/2009 à 08h55
Merci :)
Michel Bosseaux
Votre texte est vraiment magnifique. le rythme des phrases, la manière dont le texte progresse. J'ai beaucoup aimé.
Ninon Dorêve - le 04/06/2009 à 07h49