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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 10:50
A l'occasion du Sidaction, un texte écrit il y a déjà pas mal de temps, et qui peut-être parlera mieux que je ne le pourrais de cette foutue maladie, mais aussi de l'amour, qu'elle n'empêche pas, quand il est vrai...



Un éclat de vie dans ton regard fiévreux. Ta main dans la mienne. Mon cœur qui bat plus vite.
Comme la première fois que je t’ai vue, il y a 10 ans.
Rien n’a changé.

« Je t’aime, Valérie … ne dis rien, repose-toi »

Un baiser achève de te convaincre, tu me souris et fermes les yeux. Tu t’endors, heureuse.

J’attends un peu, je te regarde. Je ne pourrais pas imaginer ma vie sans toi. D’ailleurs le médecin est venu me dire que ce n’est pas encore le moment. Tu réagis bien au traitement. Sans doute sortiras-tu dans une semaine. Il parait que tu en aurais encore pour un an ou deux, au moins. Largement le temps de ne pas y penser.

Je remonte les couvertures sur toi, machinalement, puis je repars traîner un peu dans la salle d’attente. J’attends ton réveil. Tu voudras sans doute que je continue à te lire ce livre que tu aimes tant. « La demi-pensionnaire », de Didier Van Cauwelaert. Tu sens que c’est un peu toi, cette femme seulement à moitié vivante, mais profitant pleinement, pas comme tous ces gens qui ne savent pas leur chance …

Je me rappelle encore comment tu m’avais annoncé la nouvelle, peu après notre rencontre. Brutalement, pour me faire fuir. Parce que tu en avais marre d’espérer pour rien. Parce que tu ne croyais plus avoir le droit d’espérer. Tu préférais que je parte plutôt que ma pitié ou ma peur. Ou mon jugement.
Un baiser t’avait répondu, et un long regard souriant. Comme aujourd’hui, quand tu as voulu me dire que tu n’avais plus la force de te battre.

Je te connais si bien.

Il y a eu le regard des autres, ceux qui savaient et nous jugeaient. Les mots de mes amis, ma famille, pour me mettre en garde. Les moments d’abattement. Mais je n’ai jamais douté.

Il y a eu ta honte après les mois, parce que tu aurais bien voulu me dire de ne pas le mettre, ce préservatif. Parce que tu te sentais intensément malade, toi toujours si pleine de vie, chaque fois que je le mettais. Alors j’inventais des jeux pour que tu en ries, parfois aussi je le mettais sans que tu remarques le geste. Puis c’est devenu naturel.

Je me rappelle qu’on ne te donnait pas 6 mois à vivre. On ne nous donnait aucune chance, non plus. Et me voilà aujourd’hui, 10 ans après, à attendre que tu te réveilles.

Et plus je pense à nous, plus je sens que nous sommes heureux, pleinement, malgré ta maladie qui n’a jamais été un obstacle. Malgré cet hôpital quand je préfèrerais t’emmener voir la mer …


Ton murmure me tire de ma rêverie.
Si tu n’étais pas ma femme, si c’était le premier regard, je tomberais amoureux, là, mes yeux dans les tiens.

« Je t’aime »
Moi aussi, chérie …

29/04/2002

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Published by Michel - Faux rêveur - dans Recueil : Des vies
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commentaires

gazou 31/03/2008 08:52

très belle histoire d'amour qui redonne le goût de la vie

Michel - Faux rêveur 01/04/2008 13:45


Merci :-) Heureux que cela t'ait fait cet effet :-)


Muse 30/03/2008 18:51

Aucune maladie ne vaut un regard de mépris…même si cette épidémie est toujours là, ça avance, à petits pas, vraiment à petits pas.. Ce texte est chargé de respect et d’amour.

Michel - Faux rêveur 01/04/2008 13:45


Merci pour ce commentaire.
Personne n'est coupable d'être malade, non ça ne vaut pas le mépris ni l'exclusion. Mais l'ignorance provoque la peur qui mène au rejet, et tant que l'Homme sera ce qu'il est, cela existera,
malheureusement...


Marianne 29/03/2008 22:33

merci

Michel - Faux rêveur 01/04/2008 13:43


merci à toi...


harenatoche 29/06/2006 23:46

les mots que t'as choisi pour décrire les émotions et les sentiments font chaud au coeur, on les croit, on sens la même chose, on est triste et heureux, on aime....

Michel Bosseaux 30/06/2006 04:56

:)