Je lisais récemment un texte que Eryn a publié sur son blog, VSA -
Contre-addictions. Sous le titre "Ombre au tableau", elle développe avec un style parfait un ensemble de réflexions sur
notre société et nous-mêmes qavecui m'ont interpellé, et fait réagir.
Ne manquez pas de lire son texte, le choc qu'il provoque est vraiment salutaire.
Elle m'a donné l'idée de faire de mon commentaire un article, alors le voici, sans doute très décousu et je m'en excuse, mais trop de pensées se bousculent.
Nous vivons aujourd'hui, nous occidentaux "relativement" privilégiés dans le monde tel qu'il est, dans ce que l'on définit comme des démocraties, et fonctionnant comme telles. Et pourtant, dans le
même temps, nous y subissons une nouvelle forme de dictature, rampante bien que très peu sournoise : nous ne pouvons manquer d'en croiser les signes, mais pour la plupart nous ne les reconnaissons
pas comme tels.
Sous le couvert de ce que l'on nomme "presse", "journaux télévisés", "informations", "actualités", "dépêches", "magazines", et autres émissions, sites internet, etc, se cache en effet une grave
dérive, un phénomène qui porte même un nom, "
conscientisation", et que l'on peut résumer malheureusement dans bien des cas par "
tout savoir, n'y rien pouvoir".
"
j'étais là pourtant, j'étais là ... et je n'ai rien fait" comme le chante si bien Zazie, sans que l'on sache trop de quel côté de la balance il faut ranger ses mots, culpabilité ou
constat d'impuissance... Mais malgré l'engagement sans faille de l'artiste pour certaines causes, je ne doute pas qu'il y ait sans doute les deux, dans ses mots. Car devant tous les malheurs du
monde, nous citoyens ordinaires n'y pouvont souvent rien, ou pas grand chose. D'autant que les causes à défendre sont légions, alors comment s'occuper de toutes ?
Et pourtant, tout est fait pour nous culpabiliser.
Il serait urgent de sortir de cet engrenage à broyer les consciences sous le poids de notre "situation privilégiée", et réapprendre à vivre non pas pour soi seul, mais PAR soi, c'est à dire avec
ses aspirations, ce que l'on est, sans chercher à substituer des causes à nos propres raisons intérieures de tenir debout, en n'enterrant pas sous ce que nous pourrions apporter au monde ce
que nous aspirons à faire de notre vie.
Il n'y a pas d'égoïsme dans mes mots, seulement le constat que l'on ne peut donner aux autres que ce que l'on a, que ce que l'on est. Si l'on choisit de se coller le masque d'une cause sur le
visage, parce qu'il le faut, parce que si personne ne fait rien etc, parce qu'on y croit, mais sans savoir qui l'on est, et si l'on est vraiment fait pour cela... et bien le combat est vain.
Certains peut-être se révèlent dans l'action. Mais le plus souvent, c'est elle qui se révèle à eux, par l'envie, le besoin dévorant, l'élan. Et ceux qui n'ont pas cet élan, qui aspire à autre
chose, est-ce leur faute ? Rien n'est fait pour donner l'envie dans notre société, seulement de la culpabilité pour ceux qui se regardent en face avec leurs petites misères quand d'autres meurent
de faim, de répression, de catastrophes diverses...
Je reconnais l'importance qu'il y a à être informé de tout ce qui se passe sur la planète, de manière objective. Tout comme il me semble important que chacun choisisse d'écouter / regarder / lire
s'il le souhaite. Ce n'est malheureusement plus très possible, entre les manifestations, les démarcheurs à domicile, ceux qui distribuent des tracts dans les gares, les métros, les lycées, etc...
et bien sûr tout ce qu'il défende est juste, et c'est très bien qu'il puisse le faire savoir. Mais ceux qui n'ont pas le temps ou les moyens de les suivre dans leur cause, ou qui ont d'autres
visions des choses, ne doivent-ils pas être respectés aussi ?
Il faut abandonner l'extrémisme des idées, et en revenir à une vision plus positive de ce que nous pourrions apporter au monde en tant que citoyens, pleinement conscients de nos moyens et de nos
limites.
Je suis par exemple pour ces initiatives (parfois gouvernementales) visant à présenter des associations, des projets, des causes, à des écoliers / lycéens / chomeurs (pourquoi pas ?), de manière
pédagogique, tant que cela est fait sans banalisation NI dramatisation, que chaque individu reste libre de ce qu'il pense, de ce qu'il a envie de faire.
Dans les écoles, le but est de favoriser l'implication d'élèves dans des associations, à leur niveau. Il y a de beaux projets réalisés chaque année, dans nos pays ou ailleurs, par des élèves de
tous âges. C'est une belle méthode d'apprentissage, qui n'est pas forcée, parce que chacun trouve sa place dans un projet commun qu'il n'a pas l'impression de devoir porter seul ou au détriment
d'autre chose, et où il apporte ce qu'il est. Et ceux qui ne se sentent pas capables ou intéressés sont respectés.
Cette vision-là est à développer, tout comme une information (presse, etc) plus positive aussi, mettant en perspective les nouvelles, et les gens qui oeuvrent pour améliorer les choses, en donnant
au public les informations sur ceux qui s'impliquent, et comment les suivre s'ils le souhaitent, même par de petites choses.
Une information donc qui redeviendrait objective, responsable, qui ne présenterait plus seulement les drames mais les réussites. Et je reconnais que certains le font, mais toujours pas sur un pied
d'égalité, les informations dramatiques passent toujours en premier.
Il faut sortir de ce sensationnalisme généralisé. La vie n'est pas une série hollywoodienne où le rebondissement est la réponse à tout, le "toujours plus" un mode de pensée pour cacher les
faiblesses du scénario.
La vie est complexe, multiple, le monde est infiniment varié, alors sortons des schémas réducteurs.
Et respectons le fait que tous les humains sont différents, et que ne pas s'impliquer ne veut pas dire "indifférence" ou "non-respect" des causes.
J'y reviendrai peut-être...le temps et l'énergie me manquent :-)
Bises
Flo
J'ai essayé de transcrire ce que je ressentais, qui avait la forme d'un raz-le-bol total, et d'essayer de lui donner forme plus construite... je n'y serais jamais arrivé sans l'article d'Eryn il faut dire...
Chacun prend dans mes mots ce qu'il veut, on peut même tout jeter et me dire que je suis égoïste et que si j'écris tout cela c'est parce que je ne fais rien pour sauver la planète / aider le darfour / etc... sur ce coup-là , j'ai décidé de respecter tous les points de vue ( ironie - je le fais toujours ), même ceux que je choquerais dans leurs convictions (et ce n'était pas le but).
Merci pour tout.
ta plume n'est pas paresseuse et ton texte est une révélation que beaucoup de gens qui ne se posent pas de questions pourraient avoir du mal à assumer, mais sûrement pas à comprendre.
Je ne me crois vraiment pas plus explicite... j'essayais seulement de prolonger un aspect... ton texte est infiniment plus riche que le sujet que j'en ai tiré.
ce que tu dis des initiatives dans les écoles, ok, mais attention toutefois à certains effets pervers : une récente engeance ministérielle qui se nomme "note de vie scolaire" doit tenir compte du comportement, de l'esprit d'initiative mais aussi du civisme de l'élève, Y COMPRIS le fait qu'il participe ou non à ces activités bien-pensantes. Ca tient du formatage du futur individu grave et culpabilisé, ou je me trompe ?Â
moi aussi j'vais me faire lyncher à force ;-)
En bref, c'est de la répression plutôt que de l'incitation, de la politique spectacle plutôt qu'une réforme intelligente.
Nous n'avons peut-être que les mots mais au moins ils servent de signes de reconnaissance et font leur chemin.
Un grand MERCI Ã vous deux.
Au plaisir de te lire à nouveau dans tes pages...
Je suis de plus tellement d'accord avec ce qu'Eryn a ajouté sur le milieu scolaire, ce qu'elle a soulevé me parle d'autant plus étant moi-même enseignante. Ces questions ne sont que trop rarement ou hypocritement posées dans "La grande Maison", comme on dit! :-)
Enfin...il y aurait encore tant à dire...
Merci à vous
Flo
Merci encore à Eryn de m'avoir permis d'exprimer...
Et n'hésite pas à dire, justement ! Pourquoi pas un article, toi aussi ?
Mais, je suis quelqu'un "qui dit", donc, je pense que lorsque le besoin s'en fera sentir, je ne manquerai pas l'occasion qui est donnée ici de s'exprimer en liant le plaisir d'écrire et l'envie de "dire"...
Merci Michel!
Flo
Iil m'est arrivé plusieurs fois de copier/coller un com' pour en faire un article.
C'est à  mes yeux plutôt bon signe quant à la qualité d'un article lorsqu'il inspire de longs commentaires.
En ce qui concerne l'enchaînement entre le texte d'Eryn et le tien je trouve une réelle complémentarité entre les deux.
Ils s'appuient à mes yeux l'un sur l'autre et renforcent les idées émises de part et d'autre.
Merci pour ta lecture et ce commentaire approbateur :-)
..Ce que dit Koulou est très important, être en tant qu'individu épanoui et vivant contribue tt autant au progrès que membre de bonne conscience ds une assos.Pourquoi suis-je là ds ces assos pour eux ou pour MOI?Il faut se méfierde ce genre d'altruisme. VITA
Oui, derrière l'altruisme se cachent parfois d'autres formes d'asservissement, on se réduit à une cause alors qu'on pourrait en étant entier en servir plusieurs, peut-être pas les mêmes, peut-être moins "importantes", mais vitales pour soi.
Si, soit disant, les causes sont pour que les hommes vivent mieux, pourquoi faudrait-il en être esclave ? Le "dévouement" de quelques uns pour l'amélioration de la vie de millions justifie-t-il tout ? Une vie en vaut une autre, personne ne doit s'oublier pour les autres.
A bientôt, donc :-)
Le fait d'être des nantis parce que la chance nous a donné un jour l'oportunité de travailler dans des bonnes conditions ne nous donne ni supériorité ni infériorité.
Notre richesse il est vrai c'est celle du travail et nous ne pouvons pas facilement la partager.Nous n'avons pas à culpabiliser d'être du bon coté mais au jour le jour les spectacle de notre société nous donne les oppoortunités de faire au quotidien le geste ou le sourire peut etre dans le vide , peut être pas qui aidera celui qui n'a plus que cela comme bagage.Je dis bien fort à tous ceux qui n'ont pas eu de chance ils ne sont pas seuls même si parfois ils le croient .