Contraste avec la veille au matin, après une autre de nos nuits… tant de chaleur, et bien du mal à se séparer. Alors se préparer, parce qu’il le faut, parce que « l’amour et l’eau fraiche, ça ne marche que dans les romans ». Mais s’embrasser au passage, furtivement, puis gourmand, autant qu’on le peut. En essayant de ne pas perdre le fil, non, pas vers le lit , « sois sage chéri, il faut y aller ! ». Sourires. Alors allons y.
Quand elle se retourna comme chaque fois, j’étais prêt. Ca arrivait, parfois.
Nous descendîmes enlacés, puis en bas, au moment de se séparer pour rejoindre chacun sa voiture, je me retournai et l’embrassai encore, fougueusement. Nouveauté. Elle me repoussa, enchantée par la démonstration, mais se voulant sérieuse. « Je vais être en retard chéri ! ». Son sourire me dit que ça le valait bien.
Un baiser. A peine quelques secondes. Qui ont tout changé.
Elle prit l’itinéraire habituel à travers les petites rues, jusqu’au boulevard, puis l’autoroute, puis se dirigea tranquillement vers « sa » sortie, ni plus ni moins vite que d’habitude. Simplement la routine.
Mais soudain, juste devant elle, un accident. L’Accident.
78 voitures, 160 morts quand le camion de produits chimiques explosa.
Et elle, garée in extremis sur la bande d’arrêt d’urgence. Indemne.
Elle m’appela. J’étais déjà au courant, on ne parlait que de ça aux infos, et j’avais fait demi-tour, prévenant mon employeur que je prenais ma journée. Nous nous retrouvâmes chez elle.
Elle me dit que c’était son heure, pas celle de ce couple et des trois enfants, dans la voiture devant elle, qui aurait été derrière sans ces quelques secondes… Elle me dit ça puis se tut.
Je lui dis qu’elle avait eu une chance incroyable, qu’elle devait remercier Dieu plutôt que de se torturer ainsi, que si ça avait vraiment été son heure, je ne l’aurais pas embrassée … J’eu beau dire, crier même, et la serrer très fort, elle n’eut plus la moindre réaction. Regard absent, posée sans un geste dans le fauteuil. Moi à ses cotés. Sa tête sur mon épaule. Nos mains serrées.
Nous restâmes ainsi, sans un geste, sans plus un mot, tout le jour, et jusqu’au matin.
***
Je savais ce qu’elle avait en tête. J’aurais pu tenter de l’en empêcher, la retenir, lui faire voir un médecin, que sais-je … mais ça n’aurait fait que retarder l’échéance, j’en suis sûr.
Alors je l’ai laissée partir.
Elle a démarré à la même heure que la veille, moins le baiser. Elle a pris le même itinéraire que d’habitude, à la même vitesse, jusqu’à l’autoroute, puis vers « sa » sortie.
Enfin, arrivée là où elle « aurait du » se trouver, la veille, à la place de l’autre voiture, elle coupa simplement le moteur.
Persuadée que c’était ici que tout devait finir.
Le camion ne put pas l’éviter
***
Les experts cherchent encore à comprendre les raisons de la panne. Je pourrais facilement tout leur expliquer, bien sûr.
Mais « un simple baiser », personne ne le croirait.
Comme quoi un baiser peut tout changer... Je veux bien un bisou moi.
lol
pour le texte que je t'ai proposé, une idée saillante ? C'est un concept, ça.
Au plaisir.
Fais-moi savoir si cela fonctionne pour toi :-)
Par contre, je ne peux m'empêcher de m'étonner des derniers commentaires... L'inspiration... L'écriture forcée... Le devoir écrire à heures fixes... Bref, tout ce que je déteste, tout ce que j'exècre, désolée. Je ne comprends pas, il n'y a rien à faire, cela m'échappe totalement. Pourquoi chercher à vouloir se forcer, à vouloir écrire si ce n'est pas le bon moment ? C'est le devoir ? C'est la punition ? C'est la contrainte du littéraire ? Pour moi, c'est de la folie.
C'est à force de nourriture (lectures, observations, discussions, rêveries...) que pour moi l'inspiration vient. Je ne trouve jamais rien de bon en voulant forcer les choses. Si cela ne vient pas c'est qu'il y a un autre travail à faire avant. Est-ce du fatalisme pour autant ? Est-ce un abandon, un laisser aller ? Je ne crois pas. Enfin, c'est mon opinion, et oui, je sais, cela va en contradiction avec l'objectif qui semble être le tien.
L'écriture dans l'effort, penché sur sa table de travail, ce n'est pas du tout mon fonctionnement. Il faut croire qu'il y a plusieurs variantes possibles, heureusement. ;-)
Quand l'inspiration est en panne, je n'arrive à la retrouver qu'en me fixant l'écriture à heures déterminées. Et pendant un temps (relativement court), j'écris de la m... parce que je me force. Et le résultat, je l'oublie dans le fond d'un carnet, je ne le partagerai jamais. Mais au final l'inspiration sait où me trouver, et elle me trouve. Evidemment, si elle me trouve en dehors des heures, je n'attend pas que ce soit l'heure. Et si je ne suis pas dans une période de panne, j'abandonne les heures fixes... Parce que je trouve aussi cela trop rigoureux. Mais c'est VRAIMENT une bonne manière de relancer la mécanique quand elle bloque... Et je l'utilise quand le besoin d'écrire est là, impérieux, mais que le blocage persiste et me rend malade (physiquement et moralement).
Maintenant, chacun sa méthode... il y a sans doute des gens qui ressentent moins la nécessité pressante d'écrire, ou qui savent la gérer mieux. Je fais comme je peux par rapport à ce que je ressens...
J'ai dans mon sac un petit bloc note, il m'arrive de garer ma voiture sur une place de parking rien que pour noter une idée qui me vient tout aussi brutalement. C'est tout le temps comme ça. Juste quelques phrases ou quelques mots qui sont le déclencheur de l'histoire ou du texte à venir.
J'espère que je ne te parais pas trop agressive, mais cela faisait longtemps que j'avais envie de discuter de celà avec une personne qui ne fonctionnait pas comme moi, et c'est tombé sur toi ! Désolée... lol
sauf que certaines "circonstances de vie" ont cassé la mécanique de mon inspiration, il y a quelques années, et que depuis c'est un combat avec des périodes absolument insupportables de manque / étouffement, parce que l'envie est là, les idées sont là, mais les mots refusent de couler. Et le besoin monte, monte, et c'est invivable. Alors j'en arrive à me forcer (ce que j'ai toujours haï, parce que je sais qu'on n'écrit pas quand on se force, on gribouille, sans +). Je déteste ça, mais au final ça débloque les mots, l'inspiration revient... parfois pour plusieurs mois et je peux respirer. Parfois juste l'espace d'un jour ou deux et j'enrage.
Je te souhaite de ne jamais connaître ce genre de périodes sans...
Mais c'est curieux, car des auteurs anciens parlaient également de ce besoin de se mettre à une table de travail à heures fixes, de plancher du matin au soir. Je ne sais pas...
Pour moi, c'est comme si tout venait de l'extérieur et que je servais de filtre à formuler et à placer les idées. Ca peut paraître prétentieux, mais c'est vraiment l'impression que j'ai. Ca vient de l'extérieur pour se transfomer à l'intérieur avant de ressortir.
C'est vrai qu'il est difficile à notre époque de se dégager du temps...
Je peux situer les éléments déclencheurs de ce blocage, mais je n'ai pas encore trouvé le moyen d'en sortir. Peut-être simplement réfléchir moins et laisser venir. Ce serait tellement plus facile si le besoin d'écrire n'était pas aussi pressant...
Pour la méthode, en effet, même des auteurs actuels en parlent. Je l'ai essayée après avoir lu "Ecriture" de Stephen King, qui en parle à peu près dans les termes de mon commentaire initial auquel tu as répondu. J'avais du mal à y croire, mais j'ai essayé... est-ce la méthode qui marche, ou bien d'y croire ? Après tout, chacun ses recettes de sorcier... ;-) Et l'important est que ça fonctionne :-)
ahah je sens que ta newsletter va finir entre mes mains... ^^!
merci pour ces moment de pur plaisir à lire ^^
bisous
Rien de t'empêche d'écrire bien, Il ne faut surtout pas croire qu'écrire est inné, que ça vient comme ça, du jour au lendemain, et que ceux qui ne savent pas ne saurons jamais !
J'écris depuis l'âge de 16 ans. Uniquement des poèmes pendant plus de 10 ans, puis timidement quelques nouvelles, puis un peu plus souvent... J'ai 35 ans et ne suis encore que rarement vraiment satisfait de mon écriture en prose, je trouve que je ne l'exploite pas assez, que c'est "trop court", "trop petit"... et surtout je rencontre d'autres auteurs via internet, bien plus jeunes, écrivant bien mieux... alors je me dis que je ne suis sûrement pas à prendre en exemple. Je dois me situer dans la moyenne... sans plus. Ecrire c'est beaucoup de travail, et il m'en reste beaucoup...
A bientôt
Cela fais trois jours que je navigue au gré de tes mots. Cinq minutes par ci, un quart d’heure par là. Je te prends un mot et je l’emmène avec moi dans le quotidien de ma vie. Je le pense.. Parfois le rêve.. souvent je l’interroge… Pourquoi ce mot et pas un autre.
Je l’avoue…. Depuis quelques mois je te cherchais et par hasard je fus attirée par ce titre « un simple baiser ». Sûrement pour le baiser !!!… ou plutôt pour le mot simple additionné à baiser qui fait que le baiser n’a pas tout à fait la même saveur… et qu’importe par ce que je fus attirée. Je t’ai trouvé… enfin !
Je ne voulais pas te déranger, ou plutôt vous déranger, toi et tes lecteurs… Je voulais juste vivre tes mots… de loin… sans bruits…. Oui surtout sans bruits… Mais voilà, ce matin je clic sur un nouveau texte « La mort, la vie ».. J’ai eu peur, comme d’habitude de ces deux mots. Pourtant à chaque fois je ne peux m’empêcher d’aller voir ce qu’il y a derrière … Donc j’ai plongé… Et puis j’ai eu mal…mal de tes mots. Ensuite j’ai refusé d’aller jusqu’au bout de ton texte…. Mais non, c’est plus fort que moi, il a fallu que je sache où ton imagination allait t’emmener. Et elle t’a emmené très loin. Je n’ai pas pleuré de tes mots… Non !.. Car j’aime la façon dont tu écris… même si je trouve que la mort que tu décris est bien douce. La mort c’est autre chose… C’est la mort.
Je suis sur que « lui » il aurait souri de ton imagination… Aurait-il eu peur ? Peut-être pas !! Moi oui.
Merci de ce que je découvre de toi… Continus…… pour le plaisir des mots, pour le plaisir de nous…. pour le plaisir de « lui » aussi, même si ça fait mal….. surtout si ça fait mal.
Juste une question : je ne comprend pas bien ce que tu veux dire par "Je l’avoue…. Depuis quelques mois je te cherchais"
Se connait-on ?
A bientôt ? :-)
Est-ce que jamais nous connaissons « l’autre » ?
Je sourie de ta réponse… Non ! nous ne nous connaissons pas du tout. J’ai juste voulu te dire que je cherchais des mots pour me raccrocher à la vie… Très peu ont retenu mon attention, sauf les tiens qui me tiennent chaud lorsque j’ai froid.
J’espère que tu n’es pas choqué de mon tutoiement, moi qui tutoie très difficilement.
Je prendrai de toi ce que tu offres et ce que tu offres saches que c’est beaucoup, puisque se sont tes mots.
Et pourtant.
J'y crois, moi, à cette histoire.
C'est la deuxième nouvelle que je lis ... et là, encore, je suis emmenée à la porte de la voiture, dans la voiture écoutant la radio, redoutant aussi...
bravo !
crédible, il l'est, dans la réaction psychologique de la femme. Peut-être pas dans l'interaction entre les personnages... mais je cherchais l'exactitude psychologique avant tout... et il me semble que l'ensemble "fonctionne"...
ce texte m'a touchée
Pour ce qui est de l'histoire, j'hésite à donner un point de vue et duc oup à me retrouver plongée dans des délibérations sur le temps en général. Même si je l'aurais fait toute seule... Bref, moi je dis qu'elle n'avait pas à se suicider car si c'était vraiment son heure et bien elle serait morte.
Elle n'avait pas à le faire, non, mais la culpabilité des survivants après une catastrophe est un phénomène psychologique réel et brouille complètement le jugement... ce que l'on peut faire, "sous le choc" (ou comme ici, en état de choc réellement) est souvent complètement illogique, ce n'est plus la raison qui gouverne...
Cette nouvelle est magnifique, aussi me suis-je permise de la mettre dans mon blog (http://jecris-pour-me-taire.skyblog.com) qui réunit de nombreux textes que j'ai écrits ou appréciés, en ajoutant, bien sûr, un lien vers ce site.
Néanmoins si cela dérange, il suffit de me le faire savoir et je l'enlèverais, bien qu'avec regret...
Encore bravo,
AnneCaro
ce que nous ecrivons n'est que la véritable pensée de notre ame..nos reves nos doutes nos peur...par ces ecris aucun mensonge notre coeur parle et là est toute la beauté
très beau texte
I KISS YOU