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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 15:30
Agnès Schnell est belge d'origine, française d'adoption, et habite le pays de Rimbaud. Elle a déjà publiée à quatre reprises, et un cinquième recueil rejoindra ses ainés en 2008.
Elle n'a ni site, ni blog, préférant publier (sous son nom ou sous pseudonyme) sur divers sites d'écriture, ou chez des amis quand ils l'y invitent.

Depuis quelques temps, elle me fait l'honneur de me lire, et me laisse quelques commentaires. C'est au détour de l'un d'eux, offert en réponse à une citation de Charles Juliet (j'ai depuis publié "
Ecrire" de Charles Juliet en intégralité) que j'ai découvert un extrait de "Mots, mots, mots".

Merci, Agnès, du cadeau que tu me fais en m'autorisant à le publier ici en intégralité...



Tous ces mots dont on avorte par rage, par colère ou dégoût, tous ces mots qui nous brisent de l’intérieur, sournoisement, sans éclats, sans rien laisser paraître sinon peut-être une soudaine matité du regard, une lenteur du geste, tous ces mots inquiétudes taraudantes qui minent insensiblement…

Tous ces mots que l’on crache par dérision, par rejet.
Un semblant de détachement qui ne laisse que sable et cendres dans la bouche, amertume, morosité, nostalgie qui racle et creuse parce qu’on veut plus encore, parce qu’on veut jusqu’au bout.

La tête saturée, les mains déjà vidées à peine remplies, il faudrait donner sans cesse et recevoir quoi ? Le vide des autres, leurs masques usés ou difformes, leur cœur atrophié de trop d’amour d’eux-mêmes… A donner tant, on reçoit quoi ? Courants d’air, asphyxie, remontées d’aigreur, caresses à rebrousse-poil, aspirations brutales, irrésistibles et blessantes…

Tous ces mots qui empoisonnent et qu’on se jette et se lance de l’un à l’autre par crainte d’être brûlé, sans craindre l’incendie pour les autres.

Ces mots qui devraient nous porter, nous haler, nous tracter vers les angles, puis vers la lumière, tous ces mots deviennent poison, venin, ciguë par dépit, par crainte d’un abandon, par désespoir. Ces mots, que l’on voulait caresses, se rebiffent, se redressent et crachent de leur gueule reptilienne des salves de violence, de barbarie.

On s’asphyxie, comprends-tu ? On s’asphyxie avec nos mots-amours toujours larvaires. On suffoque, on étouffe, on s’étrangle, on se noie quand l’autre nous assomme de mots fossiles, creux, inutiles, quand l’autre nous bombarde de mots contondants, durs, anguleux, rebelles. On a mal, tu sais. On a mal à l’âme.

Alors, on n’a plus envie d’entendre, d’écouter, de comprendre. On se ferme, on se clôt, on se mure. On est sourd, aveugle, muet, insensible. On boucle son cœur à double tour, on se cloître, on s’isole.

On est de pierre, de marbre, de basalte. On est minéral. On ne perçoit plus rien si ce n’est la palpitation obsédante de notre cœur qui bat pour l’autre, pour les autres et qui attend le moment où il va se donner encore et encore… Au risque de s’épuiser.

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commentaires

ayme 06/04/2012 18:31


Bravo à Agnès pource texte fort intense intransigeant que j'ai envie de dire, de "gueuler" haut et fort!

Ana 15/04/2008 13:08

Bonjour, Ces mots... d'Agnès, je viens de les relire, ils sonnent toujours de la même façon. Si juste. Du moins le sont-ils en ce qui m'habite en les relisant, ...avec cette impression parfois d'usure perpetuelle, comme si le quotidien effaçait tout au jour le jour, comme si ce qui perdurait, n'était qu'une impression encrée en nous, sentiments intérieurs que personne ne remarque. Pourtant,  le doute, revient et revient, parce que malgré les murs auxquels on se cogne, les bleus que lon soigne, on y croit toujours, on continue, on en oublie l'abcès qui nous ronge. On poursuit, et d'une façon si crédule, que cela en devient étrange parfois, comme si cette continuité, pleine d'errance nous forçait à avancer avec abnégation, laissant pourtant à dépend, notre coeur battre encore pour l'autre... Salutations Michel, et pardon pour cette "incrustation"... un peu hors du temps, puisque cet article est paru il y a un moment, mais en relisant ce texte d'Agnès Schnell, les mots sont un peu remontés à "ma surface"...Meilleurs salutations.Ana

Michel - Faux rêveur 21/04/2008 10:47


Oui, ce texte est vraiment exceptionnel :-) Agnes sera sûrement contente de tes mots...


agnes 28/10/2007 13:12

Ana, Nadouce, je vous remercie vraiment. Je suis toujours touchée quand un lecteur comprend mon intention... Oui Nadouce, ce sont des mots d'amour... ;-)Oui, Ana, ils ont été écrits d'un souffle, ils venaient du tout profond , un jour de tristesse...Encore merci à vous 2 et peut-être à bientôt si Michel veut m'accueillir encore...

nadouce 26/10/2007 10:31

On ne s’épuise pas d’aimer….. JAMAIS !Les mots d’Agnès ne sont que des mots d’amour !Béni, soit le jour ou je t’ai découvert, car par toi, je vais vers d’autres, vers d’autres mots qui sont si beaux.

Michel - Faux rêveur 26/10/2007 10:52

merci à toi de venir lire... j'envisage de publier prochainement d'autres textes d'autres auteurs... je cherche, en ce moment...

Ana 26/10/2007 10:05

Ces mots, ses mots, sont magnifiques, ils sortent des tripes...

Michel - Faux rêveur 26/10/2007 10:52

impossible d'en douter en effet...