Braises - projet "logorallyes"

Je n'écrirai pas aujourd'hui.

Quand l'écriture était absente, il n'y a pas si longtemps de cela, enfoncé que j'étais dans des blocages imbéciles, peur de ne pas être à la hauteur de l'idée, ou qu'elle ne soit finalement pas assez bonne, peur du regard des autres mais surtout du mien... à cette époque, écrire était le pilier dont je rêvais pour remettre ma vie debout.

Quand le physique pose problème, on fait de l'exercice pour l'entretenir. Quand la plume coince, on lui fait faire des exercices aussi. Dans les deux cas ce n'est pas tant muscler que l'on cherche à faire, mais rendre plus souple, plus en forme.

Je ne rêvais pas de gravir des montagnes, seulement de respirer un peu mieux, au jour le jour. Pouvoir avancer. Retrouver, à chaque nouveau pas, un peu de fierté, et ainsi ne plus avoir, à la fin, besoin de ce programme de remise en forme. Cela supposait quand même de le poursuivre assez longtemps et intensivement, pour qu'il porte ses fruits.

Mais évidemment j'en ai trop demandé, et depuis un mois je m'impose tous les jours un exercice après l'autre. Et ce qui devait rester un plaisir, un exutoire, est devenu peu à peu une habitude, joyeuse puis un peu casse-pied, puis lassante. Et finalement une contrainte.

Et ce soir je la refuse. Je n'écrirai pas aujourd'hui.

A force de puiser dans le jardin secret de mon inspiration les images pour continuer, encore et encore, à alimenter cette sorte de "journal intime" par fictions interposées (car écrire n'est jamais rien d'autre que ça, quoi qu'on en pense), je me retrouve devant un paysage qui n'a pas changé, mais sur lequel je ne parviens plus à poser le regard toujours pétillant de l'enfant qui redécouvre le monde à chaque regard. Même les plus belles plages inventées n'ont plus d'attraits parce qu'elles me sont imposées, comme toutes les autres histoires qui viennent à moi à la lecture de l'énoncé du jour, et violent mon esprit pour que je ne puisse les en déloger autrement qu'en prenant la plume.

Tant qu'il reste ce moyen, me direz-vous... ce n'est pas à proprement parler si invivable que cela. Et puis si l'idée est là, c'est qu'au fond de moi j'en ai quand même encore l'envie, d'écrire.

Et vous ne voyez pas le problème, quand je hurle que je veux retrouver ma liberté, vous me dites que je ne l'ai jamais perdue.
Mais je sais que vous avez tort et ce soir je pose la plume, pour ne pas succomber encore à l'obligation.

Demain, je la reprendrai peut-être, mais sans rien m'imposer, parce que je l'aurai voulue. Demain j'écrirai certaines suites en attente, de la poésie à nouveau, des réflexions. Demain je rêverai de tout ce que je peux écrire maintenant que je ne me confinerai plus aux exercices.
Demain j'arriverai même à vous faire comprendre la différence.

En attendant aujourd'hui... trop fatigué pour argumenter encore. Je ne me persuaderai pas ce soir, je sais.
Mais ce n'est pas nécessaire.
Le sommeil va venir et emporter cette journée trop lourde dans les limbes. Quand je me réveillerai, l'heure aura eu raison des chaînes que je m'étais imposées. Pas une seule ligne, pas un seul mot, dans les temps impartis.

Alors je serai vraiment libre, que je le veuille ou non !



Exceptionnellement je termine par les avertissements... Rassurez-vous, j'écrirai toujours !
Et je n'en ai pas tout à fait fini non plus avec les exercices (de la communauté ou les miens)
D'ailleurs ce que vous venez de lire en est la preuve... 10 mots imposés, ils y sont tous...

#024 Virginie Edensland
jardin, enfant, plage, journal, fierté, exutoire, pilier, montagne, proprement, demain.

J'espère que vous me pardonnerez cette fiction tellement autobiographique... ce n'est pas de vous que j'ai voulu rire ce soir... ;-)

et donc comme vous l'aurez sans doute compris...

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici .

blablabla... ;-)
Ah ces belges, avec leurs fictions façon JT... ;-)
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#026 Marianne
livre brulé, puissance, fracture, cours, chamallow, teinture, araignées, monotone, terrain, accouchement

N'hésitez pas à consulter l'ensemble des listes que j'ai reçues jusqu'ici dans le cadre du projet "logorallye" - Recueil "braises", pour voir en détail ce que j'en ai fait. Vous pouvez également m'y laisser vos propres listes en commentaires.


Ce texte répond à l'exercice "Début & Fin" du 17/09/2007, organisé par la communauté Ecriture Ludique.
Il nécessite
la lecture préalable des textes précédents du "Cycle des Ombres". Vous pourrez en trouver la liste dans la présentation du recueil "Braises", dans la colonne de droite (il faut descendre un peu dans la fenêtre du navigateur...)



- Tout est Pur pour qui est Pur, Frère Carlyn... méfies-toi des apparences, elles trompent plus souvent qu'on ne le voudrait...

L'Archi-Prêtre Kendrick venait de prendre la parole à son tour, selon les règles ancestrales du Cercle. Comme Carlyn s'y était attendu, cela ne se passait pas bien. Pourtant, c'est avec la meilleure nouvelle possible qu'il était revenu de sa dernière expédition. Mais cela faisait si longtemps qu'il n'y en avait pas eu, sur Elona, qu'il doutait que ses Frères soient encore capable d'en reconnaître une. Et la réunion suivait son cours, imperturbablement, sans aucune avancée.

Il décida qu'il avait assez perdu de temps avec leurs hésitations, et enfreignit le Protocole.

- ... mais moins qu'on ne le croit parfois, Frère Kendrick ! N'oublies pas que c'est de l'Echelle des Ames qu'il s'agit, et c'est bien la Bénédiction que j'ai senti, aucun doute là-dessus !
Vous savez tous qu'Elle ne peut pas être imitée, ni se déployer en un lieu où l'Echelle n'est pas. Et seule une âme parfaitement sereine peut la remettre en place, ce qu'aucun zombie jamais ne pourra. Et encore moins un Passeur.


- Nous n'avons aucun doute sur tes affirmations, Carlyn. rétorqua Kendrick, en oubliant volontairement le titre de politesse qu'ils se devaient à chacun, marquant par là son courroux face à la violation du Protocole.

Mais tu reconnaîtras quand même que cette réapparition soudaine, sur l'itinéraire de ta fuite, semble un peu trop "à propos"... N'oublies pas que les Ombres façonnent la géographie comme elles l'entendent, pour servir leurs objectifs. Si nous n'avons pas retrouvé l'Echelle jusqu'ici, c'est qu'Elles l'ont voulu ainsi. Et maintenant, tu l'aurais sentie "par hasard" ?

Chacun médita sur ces paroles pendant un long moment. Carlyn ne pouvait nier qu'elles étaient frappée du sceau du plus élémentaire bon sens. En effet, les Ombres déplaçaient lieux et gens à leur guise. C'est ce qui rendait périlleux tout voyage dans les territoires qu'elles gouvernent, il fallait les pouvoirs d'un Archi-Prêtre pour s'y rendre, et  y trouver son chemin malgré tout.

Carlyn pensa alors au Conseiller, dernier des grands Phares qui tenaient ce monde unis, avant. Les Ombres les avaient tous détruits, pour que rien ne puisse plus s'opposer à leur infernale puissance. Mais l'Oracle, non loin du pied du Conseiller, Les avaient tenues à distance, un temps. Puis, le Cercle était né, et leurs pouvoirs additionnés semblaient encore au-delà des possibilités de l'ennemi. Akharia était tout ce qu'il restait du monde d'avant, et ils le protègeraient jusqu'à leurs dernières forces.

En dehors, Elona n'était plus désormais que fractures et divisions, des îles flottant dans un brouillard épais, sur les eaux de l'Oryx, seule force naturelle qui avait résisté à l'invasion.


Carlyn reprit finalement la parole.

- On ne peut exclure en effet que les Ombres aient tenté de me piéger... auquel cas le piège est toujours en place, je le sens, tout autant que vous tous d'ailleurs. L'Herbe ne leur ouvre pas la porte de L'Autre Monde, alors Elles espèrent que l'un d'entre nous vienne, lève La Bénédiction... et n'ait pas le temps de la replacer avant qu'Elles s'emparent de l'Echelle. Je ne suis pas encore devenu sénile, Frère Kendrick... j'y ai pensé.

Mais le Livre Dernier précise bien que ce n'est pas l'un d'entre nous qui devra rouvrir le chemin vers l'Echelle.


Les autres membres du Cercle hochèrent tous la tête en signe d'assentiment. Un autre qu'eux devait se mettre en route, son heure était venue.



"Revenu dix fois de la Mort, il la séduira quand elle voudra le prendre, puis l'écartera de sa route comme si elle n'avait jamais existé. Il sera au-delà des Rêves Eveillés et des autres Magies, sur un plan où Elles ne pourront l'atteindre. Lui seul alors pourra approcher l'Echelle, et la ramener à la raison, comme il est vrai que l'on ne peut perdre ce qui a décidé de fuir, ni retrouver ce qui ne veut pas l'être."

Accroupi au pied de l'Oracle, Mayron, le centième Initié, méditait. Par Les Grâces qui l'habitaient quand Les Qualrechs en lui s'éveillaient, il avait pu suivre l'assemblée du Cercle d'ici.  Il savait quelle serait sa mission avant même qu'ils l'aient évoquées. C'était ainsi, le temps des palabres touchait à son terme, et seul Carlyn le sentait.

Les autres n'aimeraient pas qu'il les ait espionné, cette fois encore... mais le Cercle n'avait plus son unité d'antan, et il préférait être prêt à pallier leur défaillance prochaine, inévitable, plutôt que se voiler la face.


Lentement, il se leva, l'esprit tout entier occupé par ses Visions Parallèles que l'Oracle lui avaient partagé, durant les heures qu'il avait passé ici. Le monde d'avant était merveilleux, même si la vie parfois y était monotone... il y avait le soleil au dessus d'Elona, tous les jours. Et ça n'avait pas de prix.

Il avait eu des visions d'accouchements, de cette époque où mettre au monde un enfant ne signifiait pas encore la mort instantanée pour la mère... car moindre sang versé à présent attirait les Ombres sur toi...
D'autres visions parlaient de veillées au coin du feu, avec du chamallow grillé sur des bâtons, des rires, des
danses, des chants...

Puis il y avait cette odeur de livres brûlés des premiers temps de l'Occupation, quand les êtres devenus zombies tombaient si profond dans la folie qu'ils détruisaient ce qu'ils avaient toujours chéri, inconscients de n'être plus que les marionnettes de quelque chose d'autre, profondément mauvais... inconscients mais pas tout à fait, et les hurlements d'une douleur indescriptible avaient commencé à meubler tout l'espace...

Telles des araignées tissant leur toile, les Ombres avaient progressé peu à peu, gagnant un centimètre de terrain, puis un autre encore, inexorablement, recouvrant d'une teinture noire aux reflets de sang ce qui avait jadis été un paradis verdoyant. Le ciel comme la terre étaient aujourd'hui unis par ces peintres fous en une même oeuvre morbide, qu'il allait falloir gommer, il était l'heure.


C'est conscient de cela que Mayron s'arracha à ses Visions et à ce lieu, libérant un bref instant Solis, Qualrech de l'espace et du temps. Il rouvrit les yeux sur la salle du Conseil, où tous l'attendaient, le regard plein de réprimandes et d'attente en même temps.

N'ignorant pas qu'il devrait encore un temps respecter les usages anciens et les règles de bienséance, Mayron s'agenouilla devant l'assemblée et joignit les mains. Se réjouissant à l'idée que c'était sans doute la dernière fois qu'il s'excusait ainsi d'être ce que, pourtant, ils attendaient de lui, il commença à voix haute la Prière de Purification de l'Initié.

"Devant vous aujourd'hui je confesse mes Grâces..."
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Voici les listes de mots reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait. Il ne s'agit pas de l'ensemble des listes, les premières, toutes résolues, ayant été archivées.
Pour une vue d'ensemble des textes écrits autour des listes, consultez la présentation du recueil "braises", mise à jour quotidiennement avec les nouveaux textes.

Le projet s'arrêtera dans quelques jours, au bout d'un mois plein, avec je l'espère toutes les listes résolues.
Merci à toutes les personnes qui m'ont envoyé une liste, et ont fait de ce projet  plus que je n'avais osé espérer en le lançant :-)

#032 Motdit
21/09/2007 -
Histoire courte (très très courte !)
choucroute, vacances, vent, délire, misère, bourrique, pantoufles, sexuel, matin, désarroi

#031
Azalaïs
Texte à écrire pour le 20/09/2007 (exercice de la communauté Ecriture Ludique)
19/09/2007 - Au coeur de la nuit
nigelle, pont, généalogie, soupière, mare, ossature, combiner, oublier, temporel, fondamental


#030 SAM (par mail privé)
20/09/2007 - Inquiétudes
ballerine, clairsemé, combler, labadens, promontoire, rougir, tournevis, trafiquer, saturer, synthétique


#029 Marianne
bébé, café, soleil, drôle, morgue, aléatoire, manuel, labrador, sabotage amoureux, froid, serpentine


#028 Sottovoce (thème "Ecriture ludique")
à écrire pour le 11/09/2007
11/09/2007 -
Espionnage (Cycle des Ombres)
vite, magique, rapide, dernier, contacter, prononcer, conseiller, sinistre, astuce, service


#027 Motdit (thème "Ecriture ludique")
à écrire pour le 7/09/2007
07/09/2007
- Une vie toute tracée
Petit, rugby, sang, table, fleur, chat, bougie, fortune, lit, amour


#026 Marianne
17/09/2007 - La fin des palabres (Cycle des Ombres)
livre brulé, puissance, fracture, cours, chamallow, teinture, araignées, monotone, terrain, accouchement


#025 Alaligne
étoile / étoiler, souquenille, macareux, promontoire, éphèbe, sabayon, nombril, aquatinte, brimbalement, caréner

une version alternative de cette liste est également proposée
étoile / étoiler, guenille, mouette, promontoire, éphèbe, sabayon, nombril, aquarelle, tremblement, caréner

#024 Virginie Edensland
18/09/2007 - Je n'écrirai pas aujourd'hui
jardin, enfant, plage, journal, fierté, exutoire, pilier, montagne, proprement, demain.


#023 Curieuse
Pyroclastique, pavés, rocambolesque, diaphane, chocolat, tachycardie, coiffure, voltage, perle, supercherie.

#022 Darkia (sur forum OB)
à écrire pour le 03/09/2007 (thème communauté "Ecriture ludique")
03/09/2007 - Cauchemar
cabine / favoriser / massacre / langage / lumière / accueil / ami / phénomène / patience / exquis.


#021 Chrystelyne
08/09/2007 - Un moment rien qu'à lui
écriture, jardin, mort, naissance , fauteuil, néant, nuage, stress, amitié, peau


#020 Wil. Becker (sur le forum d'OB)
Logorrhée, Rébus, Buanderie, Ribouldingue, Ingurgiter, Testicules, Culinaires, Nervis, Vivaquatre, Quat'chemins

#019 Kickoff (logorallye n°17, sur son blog)
16/09/2007 -
Paparazzi
clinique, otage, fenouil, séparation, pédalo, stéréo, réserver, grossier, pirate, comédien

#018 Marianne
15/09/2007 - Si tout va bien... (1ère partie)
miséricorde, vulgarisation, opium, pierre, lune, ordinaire, sensibilité, peuple, grenouille, responsable
 
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#019 Kickoff (logorallye n°17, sur son blog)
clinique, otage, fenouil, séparation, pédalo, stéréo, réserver, grossier, pirate, comédien

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici .



La journée avait plutôt mal commencé pour moi. Pourtant, les circonstances se prêtaient à merveille à un scoop : LE cliché qui montrerait le comédien le plus célèbre du moment, pirate mondialement connu pour ses exploits sur petits et grands écrans, comme un homme abattu. En effet, après des rumeurs de séparation d'avec son épouse, il aurait sombré dans une profonde dépression, aurait même peut-être tenté de se tuer, et se reposerait en ce moment à quelques centaines de mètres à peine, dans une luxueuse clinique privée au bord de la mer...

Vue de là où j'étais, la clinique ressemblait à un luxueux bateau de croisière. L'agitation du côté du parking, à gauche, montrait la prise d'assaut, j'oserais même dire la tentative d'abordage, par des nuées de journalistes, photographes de presse écrite ou télévisée, et paparazzi en tous genres. Une inversion des rôles très révélatrice, le pirate était désormais prisonnier de cette clinique, otage de sa célébrité, qui ne lui permettait même pas de se reposer en paix.

S'il n'avait pas quelques centaines de millions de dollars en banque, j'aurais presque pu le plaindre.

Et les gens sensés rendre compte "sérieusement" de l'information se comportaient comme des brutes épaisses, se bousculant entre eux, agressant le personnel de la clinique, le tout dans la plus indescriptible des cohues auxquelles il m'ait été donné d'assister.

Je profitai de ma position, assez idéale malgré les circonstances, pour prendre quelques clichés du début d'émeute sur le parking. Faute de mieux, ce serait toujours ça.

J'avais, comme je le fais toujours, cherché l'idée que mes "confrères" n'auraient pas pour réussir l'image que je serais seul à avoir. Etonnamment, ce que j'avais imaginé n'avait rien de très original, mais j'étais bien le seul à l'avoir mise en pratique : arriver par la mer.

Oui mais voilà, nous étions en pleine saison touristique, et il n'y avait absolument aucun petit bateau, vedette rapide, ou quelconque engin à moteur, maritime ou aérien, disponible pour que je puisse couvrir l'évènement. Ceux qui étaient là étaient tous réservés, peut-être par l'entourage même de l'acteur... Ce type de manoeuvre était assez fréquent dans ce genre de cas, je n'en étais pas particulièrement étonné, mais assez contrarié néanmoins.
Mon idée serait-elle tombée à l'eau avant même les premiers mètres ?

Heureusement que mon humour ne m'avait pas abandonné...

En désespoir de cause, et parce que j'avais quand même encore de bonnes jambes, puis que c'était la seule solution restante (un oubli de l'entourage, il faut croire...) j'avais loué un pédalo... 10 km de mer plus loin, j'essayais de ne pas me faire déporter par les vagues assez fortes à cet endroit, et j'observais la clinique et ses alentours avec mon téléobjectif... pas facile de travailler dans ces conditions, mon appareil craignait par dessus tout l'eau, j'avais donc du lui improviser un étui de protection le plus étanche ET transparent possible... cela donnait malgré tout des clichés assez grossiers, pris comme au travers d'une forte pluie. Mais quelques filtres correctifs appliqués par ordinateur, et on n'y verrait que du feu, j'avais l'habitude des conditions "limites", j'avais confiance.

Sur ces entrefaits, mon baladeur stéréo, que j'emportais toujours pour réussir à faire le vide dans ce genre de traque solitaire, décida de me jouer la panne de batterie... décidément, on n'était pas aidé...
Il ne manquerait plus qu'en voulant aborder près de la petite falaise contre laquelle était appuyée la clinique, je ne tombe nez à nez avec de la Criste marine, sorte de fenouil fort répandu sur ce genre de paysages des bords de la méditerranée, et que je déclenche une réaction allergique...

Je m'efforçai de chasser cette pensée, avant qu'elle ne me fasse éternuer anticipativement.


Je restai quelques temps dans le secteur, finissant par aborder, prenant discrètement quelques clichés de la clinique et de ses occupants, installés au bord de la mer sur la plage privée. La star n'y était pas.

Quand je décidai finalement de reprendre la mer, j'étais néanmoins assez satisfait : mes photos seraient sûrement retenues par la plupart des magazines peoples, car différentes de ce à quoi on s'attendait. Il y avait potentiellement une ou deux vues "de carte postale", capable de faire rêver le public, et que demandait-on finalement à ce genre de photos ? Il ne fallait pas forcément du sexe ou de la célébrité. Le luxe, la mer, le soleil, et l'ombre d'une star en pleine déchéance planant au dessus de tout ça, pouvait amplement suffire...



Une semaine après, j'étais comme je l'avais imaginé riche et en couverture de tous les magazines. Du moins mes photos, retravaillées et parfaitement réussies comme je l'avais supposé. On avait fini par apprendre que la star n'était pas là, que le suicide n'était qu'une rumeur, qu'il n'y avait même jamais eu de séparation (mais s'il fallait croire sur parole l'équipe de comm de son ex-femme, on raterait tous les scoops les concernant). Pour preuve, de nouveaux clichés des deux tourtereaux dans leur maison de Malibu (s'embrassant, puis dinant romantiquement sur leur terrasse, avant de profiter des joies de leur piscine privée pour un bain de minuit assez chaud...) commençaient à circuler sur internet, et seraient sans doute très vite reprises.

Mais pour moi, cela ne changeait rien : j'avais fait mon travail, et j'avais été payé. Que tout ça ne soit que du vent, ce n'était pas mon affaire... dans ce genre de métier, 90% du temps ce n'est rien d'autre que des apparences trompeuses, des faux semblants, des pièges tendus, du fabriqué.

Les chiffres sur mon relevé de compte, eux, étaient vrais. Et c'est bien là tout ce qui compte, non ?
Publié dans : Braises - projet "logorallyes" - Communauté : Ecriture Ludique
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Ce texte répond à la double contrainte d'une liste de mots, et de l'exercice du jour de la communauté Ecriture ludique, écriture autour d'une image, et tentera dans les prochains épisodes de répondre également à deux autres thèmes d'atelier d'écriture : introduire les notions d'"Equilibre" et de "Vide" comme axe central de tout ou partie du texte.

Ce texte est donc à suivre. Je ne saurais pas dire combien de parties il y aura, elles ne sont pas encore écrite. De la même façon, je ne peux pas donner de dates pour la parution de la suite, mais je ferai le plus vite possible.

#018 Marianne
miséricorde, vulgarisation, opium, pierre, lune, ordinaire, sensibilité, peuple, grenouille, responsable

Ce texte fait partie du recueil "Braises" (projet "logorallyes").
L'ensemble des listes reçues dans le cadre du projet, et ce que j'en ai fait jusqu'ici, est consultable ici .



Marc Dorin ne savait pas s'il devait regretter d'être venu à ce spectacle, dont pourtant il attendait tant. Les lumières n'étaient pas encore éteintes, et il venait seulement de s'installer à sa place réservée, sous la surveillance attentive des responsables de la salle. L'encadrement quasi militaire le mettait mal à l'aise, tout comme le résultat de ce placement si particulier des spectateurs, déterminé le jour de l'achat des billets : pas de voisin direct à gauche ou à droite, et pareil pour devant et derrière. Un siège d'écart minimum, c'était la règle. La salle n'était pas remplie au 10ème de sa capacité, les responsables oeuvraient en nombre pour que les gens restent à leur place. Les sièges "libres" avaient de toute façon était condamnés par un socle métallique qui paraissait inamovible sans avoir les bons outils... et impossible de s'assoir dessus. Il paraissait évident à Marc qu'il n'avait d'autre choix que de rester bien sagement à la place désignée... ou de partir.

Un regard vers l'endroit où Florence avait été placée, du côté droit de la scène, dans la tribune la plus proche de celle-ci, lui confirma qu'elle était installée, apparemment très détendue. Il décida qu'il ne ferait pas moins bien qu'elle, d'autant qu'à la base, c'était surtout lui qui avait voulu réserver pour le spectacle. Il n'allait pas abandonner maintenant.

Alors il s'assit, et patienta. Après tout, il avait une bonne place, presque au centre de la salle, à gauche de la ligne de séparation entre les sections A et B. La meilleure vue, incontestablement.



Tout avait commencé avec cette affiche, découverte au hasard d'une promenade. Une longue silhouette vêtue de noir sinuait en dessous du titre, intriguant, qui ne manqua pas de le fasciner : "Si tout va bien je meurs demain".

L'ironie de ces mots l'avait convaincu à la seconde. Florence, elle, semblait plus réservée. Pourtant, ils étaient tout deux à la recherche de spectacles originaux, blasés de ces pièces absurdes ou juste "ordinaires", ou ces comédies musicales ne privilégiant que la forme. Cette affiche semblait promettre une soirée peu banale... mais quelque chose avait semblé perturber Florence, que Marc ne comprit pas.

Il fallut quand même une discussion, un soir, après le diner, avec un ami proche, pour la décider tout à fait, plutôt par esprit de contradiction que par réelle adhésion cependant.

L'ami avait en effet tenu des propos très exagéré, qui n'avaient pas manqué de les faire réagir tout deux. Il soutenait que le peuple demandait toujours plus de son opium favori, les spectacles, et que plus l'on poussait la vulgarisation, misant sur une forme impeccable, des chorégraphies millimétrées, plus le public était content. Et surtout il ne fallait pas lui parler de signification, à ce public, pas lui casser la tête avec quelque chose de trop réfléchi ! Ils étaient là, tous, pour se détendre après une journée de travail ou d'obligations diverses, pas pour réfléchir.

Marc et Florence aurait pu tomber d'accord avec leur ami, mais celui-ci avait continué, affirmant qu'une telle affiche que celle qu'ils lui avaient décrites étaient juste un pas de plus dans le racolage organisé par les producteurs, pour faire oublier le vide total de contenu, tout était selon lui dans l'image... Que la troupe soit inconnue ne l'avait pas fait changer d'idées, au contraire. Pour lui, les petites structures, pour exister, devait renchérir encore par rapport aux grosses sociétés de production, aux grandes salles. Ils n'avaient pas le choix. Sinon, ils finissaient par couler, et c'était à ça que l'on reconnaissait un bon spectacle, qu'il n'était pas joué longtemps et provoquait la faillite des fous qui l'avaient tenté.

Lui n'allait plus voir de spectacles depuis longtemps. En cela, ses propos étaient cohérents avec ses pensées réelles. Mais une telle étroitesse de vue avait poussé Florence, habituellement très posée, à sortir quelques horreurs bien senties, ce qui avait abrégé de beaucoup la soirée... elle n'aimait pas le sous-entendu derrière les propos tenus, qui la renvoyait au rôle de spectateur captif, abruti par les producteurs, sans aucun jugement propre, entièrement sous le contrôle des images, du son, du décorum...

Après que l'ami fut reparti, Florence lui avait dit que dès le lendemain, ils iraient acheter leurs billets. Il était précisé sur l'affiche qu'une seule place pouvait être réservée par personne, et les enfants non admis. Ils iraient donc tous les deux.



Et ils s'étaient rendus au théâtre, comme prévu, sans se douter des surprises qui les attendaient.

Tout d'abord, on leur avait remis un petit morceau de pierre, prétendument de lune, dont il faudrait absolument qu'ils se munissent pour venir au spectacle. Sans ce caillou, ils ne pourraient pas rentrer.

Ce genre d'étrangeté les amusant plutôt, ils n'y firent pas plus attention.
Ils eurent plus de mal quand on leur annonça que les places étaient numérotées, et déterminée pour eux par la responsable de la troupe, qu'ils allaient immédiatement rencontrer. On leur assura que cela ne durerait pas longtemps.

Ils furent alors conduits dans une petite pièce, ou une dame très grande semblait tenir assise par un miracle d'équilibre sur une chaise derrière un bureau où trônait la reproduction très fidèle d'une grenouille.

A leur entrée, elle se leva, un grand sourire illumina son visage comme elle leur serrait la main et les invita à s'assoir.

Une miséricorde (*) était accrochée à un des murs, qui capta toute l'attention envieuse de Marc, qui entendit à peine les premiers mots de la femme.

- Alors comme cela vous êtes intéressés par mon spectacle... merci beaucoup !

Marc trouvait la situation très incongrue, et ne savait pas quoi dire. Il jeta un regard à son épouse, qui le regardait également.

 - Je vois que vous êtes troublés... permettez que je vous explique pourquoi je tiens à rencontrer les spectateurs à l'avance. Mon spectacle est tout public, je vous l'assure, même s'il peut choquer les enfants, et donc nous l'avons réservé à un public adulte. Il n'y a rien dedans pourtant qui soit pornographique ou violent... mais je m'éloigne du sujet.
Disons que le spectacle peut, selon l'endroit où les gens se trouvent dans la salle, ne pas être perçu de la même manière. Ayant pris conscience de ce fait, je tiens à respecter la sensibilité de chacun, et donc je reçois chaque spectateur personnellement pour lui faire passer un petit test tout simple, qui me permet de déterminer l'endroit optimal où l'installer pour le spectacle, pour qu'il en profite au mieux.

Je ne vous cache pas qu'il peut arriver que je ne puisse pas placer deux personnes l'une à côté de l'autre, ni même les recevoir le même soir. J'espère que cela ne vous gênera pas, le cas échéant...


Florence commença à s'insurger, mais la femme leva une main apaisante, qui l'arrêté net dans ses protestations. Elle se rassit.
Marc avait du mal à reconnaître son épouse, habituellement tellement extrême dans ses réactions. Il continua à ne rien dire.

La femme derrière le bureau continua.
- bien, je ne vais pas vous retenir plus longtemps... seulement un petit test, et je pourrai vous donner vos billets, si vous les voulez toujours bien sûr...

Le couple hocha la tête avec une synchronisation parfaite.

- Le test, donc... je vais vous demander tour à tour de prononcer un mot, un mot tout simple. Mais avant de le prononcer, je vous demande de faire le plus possible le vide dans votre tête, de ne penser qu'au mot, puis de bien inspirer et de le prononcer clairement... vous êtes prêts ? Alors je vous demande simplement de me dire... OUI.

Je sais que cela vous surprend, prenez le temps nécessaire pour que cette surprise disparaisse de votre esprit, faites le vide, inspirez... quand vous êtes prêt, prononcez le mot.

Il leur fallut 10 minutes pour s'apaiser suffisamment. Ce fut Florence qui y parvint en premier. Puis ce fut son tour. Ce n'était pas si simple de dire "oui" comme cela, à rien, sans raisons. La surprise était violente, mais la présence magnétique de la femme les avait maintenus captif du moment, et ils l'avaient vécu jusqu'à son terme.

Une fois le mot prononcé, l'atmosphère sembla devenir moins pesante. Le sourire de la femme s'élargit.

- Laissez-moi regarder le planning... il semblerait que je puisse vous recevoir dans une semaine exactement, tous les deux le même soir... cela vous convient-il ?


Ils avaient encore approuvé d'un simple hochement de tête. Il semblait décidément impossible de prononcer le moindre mot devant cette femme sans qu'elle l'ait explicitement demandé.

Elle leur avait alors remis leurs billets, et leur avait souhaité une bonne journée, "et à bientôt !".

Il leur avait fallu plusieurs heures, à se regarder, incrédules, pour retrouver l'usage de la parole. Tout cela était décidément très étrange. Ils étaient enthousiasmés par l'originalité de la démarche, dont ils avaient du mal à saisir le sens exact.
Mais toute cette organisation promettait beaucoup. Et puis avec une telle directrice pour la troupe, ça devait valoir le déplacement !

Ils avaient payé sans sourciller un prix astronomique dont ils n'avaient pris conscience qu'une fois rentré chez eux. Comme s'ils avaient été hypnotisés.




Marc repensait à tout cela, tentant de se calmer, attendant que le spectacle commence. Encore une ou deux minutes d'après sa montre... ce n'était rien par rapport à l'impatience qui s'était emparé de sa femme et lui durant la semaine écoulée, impatience aujourd'hui disparue, pour lui du moins, bien que la curiosité fut encore là, au fond... pas loin. Il se connaissait suffisamment pour savoir qu'elle allait prendre le dessus dans quelques secondes, et qu'il passerait une bonne soirée si le spectacle le valait, oubliant complètement les "contraintes" de l'organisation.

Il s'agita un peu sur son siège, cherchant la position la plus confortable. L'ayant finalement trouvée, il ne bougea plus.

Soudain, les lumières s'éteignirent, et la musique prit possession de la salle, figeant le public par sa beauté.

Le spectacle venait de commencer.

(à suivre)



(*) La miséricorde est une sorte de dague ou poignard à lame mince, à deux tranchants ou à section carrée. Il est question de cette arme dès le XIIIe siècle.
Publié dans : Braises - projet "logorallyes" - Communauté : Ecriture Ludique
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