Une version courte (environ 1500 caractères) de ce texte figure sur le site de fulgures.com . N'hésitez pas à la découvrir !
Ma dernière image d’elle.
Quand elle se retourna comme chaque fois, j’étais prêt. Ca arrivait, parfois.
Nous descendîmes enlacés, puis en bas, au moment de se séparer pour rejoindre chacun sa voiture, je me retournai et l’embrassai encore, fougueusement. Nouveauté. Elle me repoussa, enchantée par la démonstration, mais se voulant sérieuse. « Je vais être en retard chéri ! ». Son sourire me dit que ça le valait bien.
Un baiser. A peine quelques secondes. Qui ont tout changé.
***
Mais soudain, juste devant elle, un accident. L’Accident.
78 voitures, 160 morts quand le camion de produits chimiques explosa.
Et elle, garée in extremis sur la bande d’arrêt d’urgence. Indemne.
Elle m’appela. J’étais déjà au courant, on ne parlait que de ça aux infos, et j’avais fait demi-tour, prévenant mon employeur que je prenais ma journée. Nous nous retrouvâmes chez elle.
Elle me dit que c’était son heure, pas celle de ce couple et des trois enfants, dans la voiture devant elle, qui aurait été derrière sans ces quelques secondes… Elle me dit ça puis se tut.
Je lui dis qu’elle avait eu une chance incroyable, qu’elle devait remercier Dieu plutôt que de se torturer ainsi, que si ça avait vraiment été son heure, je ne l’aurais pas embrassée … J’eu beau dire, crier même, et la serrer très fort, elle n’eut plus la moindre réaction. Regard absent, posée sans un geste dans le fauteuil. Moi à ses cotés. Sa tête sur mon épaule. Nos mains serrées.
Nous restâmes ainsi, sans un geste, sans plus un mot, tout le jour, et jusqu’au matin.
Alors je l’ai laissée partir.
Elle a démarré à la même heure que la veille, moins le baiser. Elle a pris le même itinéraire que d’habitude, à la même vitesse, jusqu’à l’autoroute, puis vers « sa » sortie.
Enfin, arrivée là où elle « aurait du » se trouver, la veille, à la place de l’autre voiture, elle coupa simplement le moteur.
Persuadée que c’était ici que tout devait finir.
Le camion ne put pas l’éviter
Mais « un simple baiser », personne ne le croirait.










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